ADDHÉMA

C'était, nous venons de le dire, une beauté merveilleuse, et je ne

sais comment exprimer cela: les débris de paille qui souillaient sa

chevelure en désordre lui seyaient comme une parure, ses vêtements

affaissés dessinaient mieux l'adorable perfection de ses formes.

Elle était pâle, mais son visage et son sein n'avaient point cette

lividité qui dénote l'absence de la vie. La blessure qui l'avait tuée

formait un trou rond à la tempe, et s'entourait d'un petit cercle

bleuâtre à peine visible.

Un regard semblait glisser entre ses paupières demi closes.

Germain se mit à la contempler. Sa physionomie, marquée au sceau de

l'intelligence la plus vive, disait sa pensée comme une parole.

Et sa pensée, ou plutôt l'impression qu'il subissait, était si

complexe et si subtile, que lui-même peut-être n'aurait pas su

l'exprimer.

Du moins ne se l'avouait-il point à lui-même.

Il y avait un grand trouble en lui...

Le plus grand trouble, le premier peut-être qu'il eût éprouvé en sa

vie, mises à part les émotions de la science.

Son pouls battait la fièvre, et il s'étonnait de l'oppression qui

pesait sur sa poitrine.

Au bout de quelques minutes, et sans savoir ce qu'il faisait, il

enleva brin à brin la paille accrochée aux cheveux ou prise dans les

plis des vêtements. Il fut longtemps à faire cette toilette.

Quand il eut achevé, il poussa un grand soupir.

--Il n'y a pas au monde de femme si belle! murmura-t-il.

A l'aide du propre mouchoir de la comtesse, une fine batiste dont la

broderie sortait à demi de la poche de sa robe, il essuya son front

amoureusement.

Ce premier contact lui procura une sensation si violente, qu'il eut

peur de se trouver mal.

Elle était froide,--elle était morte,--et cependant tout le corps du

jeune homme vibra sous cet attouchement.

Malgré lui, il porta le mouchoir à ses lèvres.

Un doux parfum s'en exhalait avec une mystérieuse ivresse.

Le mouchoir se déplia et montra un écusson brodé autour duquel courait

une devise, et Germain lut, en points clairs sur le fond mat: _In vita

mors, in morte vita_.

Le mouchoir s'échappa de ses doigts.

Il approcha un siège, car ses jambes défaillaient sous son corps.

Il s'assit.

Le vent de mars soufflait de dehors et pleurait dans les vitres de la

croisée.

D'en bas montait la musique vive et criarde d'une guinguette voisine

où des étudiants dansaient.

Germain resta un instant faible et cherchant sa pensée qui le fuyait.

Sa pensée était la science. Il avait sacrifié ses livres, ses chers

livres, pour chercher jusqu'au fond d'un étrange secret: tous ses

livres, jusqu'à l'_Organon_ de Samuel Hahnemann, dont la lecture avait

été pour lui une seconde naissance.

Il croyait fermement que sa pensée était la science, et il répétait

comme on murmure malgré soi-même un entêté refrain:

--Vais-je savoir?... vais-je enfin savoir?...

Il rouvrit sa trousse avec un grand soupir et y choisit le plus affilé

de ses scalpels.

Le contact de l'acier lui donna un frisson.

--La vie dans la mort, dit-il, la mort dans la vie! Y a-t-il là une

erreur décrépite ou une progidieuse réalité? Le mystère est là, sous

cette soie, derrière ce sein adorable, dans ce coeur qui ne bat

plus et pourtant conserve une vitalité terrible et latente. Je puis

trancher la vie, ouvrir le sein, questionner le coeur...

Et c'était là, songez-y, pour lui chose toute simple, occupation

quotidienne. L'anatomie n'avait déjà plus pour lui de secrets.

Pourquoi la sueur froide baignait-elle ainsi ses tempes?

Sans y penser, il étancha son front mouillé avec la même batiste qui

venait d'essuyer le beau visage de la morte.

On dit qu'un roi de France devint fou d'amour en respirant ainsi les

subtils parfums d'un voile qui gardait les émanations du corps divin

de Diane de Poitiers.

Germain ferma ses yeux éblouis.

Mais c'était un enfant résolu. Il eut honte et serra convulsivement le

manche de son scalpel.

--Je veux! fit-il. Je veux savoir!

Il trancha la soie de la robe d'un geste brusque, il trancha la

chemise et mit à nu l'exquise perfection du sein.

Il se leva, oscillant comme un homme ivre, afin de porter le premier

coup.

Mais cette carnation dévoilée était si énergiquement vivante, que le

scalpel sauta hors de ses doigts.

Il étreignait sa tête à deux mains, épouvanté de son propre

transport...

--Est-ce que je l'aime? pensa-t-il tout haut.

Une voix qui ne sortait point des lèvres immobiles de la morte, une

voix faible qui semblait lointaine, mais distincte, répondit:

--Tu m'aimes!

Un flux glacé courut par les veines de l'étudiant.

Il se crut fou.

--Qui a parlé? demanda-t-il.

La voix, plus lointaine et moins nette, répondit:

--C'est moi, Addhéma...

Le vent de mars secoua les châssis de la croisée, et d'en bas la

guinguette envoya de stridents éclats de rire.

Germain, éveillé par ces bruits extérieurs, fit sur lui-même un

violent effort, et appliqua le creux de sa main droite sur le sein, à

la place où le coeur aurait dû battre.

C'était froid; cela ne battait plus.

Germain ne sentit rien, sinon les pulsations de ses propres artères

qui se précipitaient avec extravagance.

Il ne sentit rien, car le verbe sentir exprime un fait net et

positif,--mais il éprouva quelque chose d'extraordinaire et de

puissant qu'il compara lui-même à une profonde magnétisation.

Tout son être chancela en lui, comme si la séparation allait se faire

entre l'âme et le corps. Pour la première fois depuis qu'il vivait,

pour la dernière fois peut-être jusqu'à l'heure de son décès, il eut

conscience des deux principes composant sa propre entité.

Il reconnut, par une perception passagère, mais robuste, la matière

ici, là l'esprit.

Ce fut un déchirement plein de douleur, en quelque sorte voluptueux.

Cela ne dura qu'un instant: le temps que met une lampe à jeter ce

grand éclat qui précède sa fin.

Puis, tout devint vague. Il chercha son âme comme tout à l'heure il

cherchait sa pensée.

Il voulut retirer sa main, il ne put; les muscles de son bras étaient

de pierre.

Ce coeur ne battait pas, cette chair était inerte et froide, mais un

sourd fluide s'en épandait à flot.

Germain reconnut qu'il allait s'endormir tout debout qu'il était et

tomber en catalepsie.

Il essaya de résister; un écrasement irrésistible et ironique refoula

son effort.

Ses yeux voyaient déjà autrement cette blanche statue si splendidement

belle. Elle semblait pour lui se détacher du lit et nager dans

l'espace.

La lumière qui glissait entre les cils fermés devenait plus brillante,

s'allongeait et remontait vers lui comme un regard.

Et la voix,--la voix qui avait dit: «Tu m'aimes,» arrivant de partout

à la fois et l'enveloppant comme une atmosphère parlante, murmurait en

lui et au dehors de lui des mots qu'il fut longtemps à comprendre.

Cette voix disait:

--Tue-moi, tue-moi, je t'en supplie, au nom du Père, du Fils et du

Saint-Esprit! Ma souffrance la plus terrible est de vivre dans cette

mort et de mourir dans cette vie... Tue-moi!

Ces paroles étranges semblaient aller et venir en raillant.

Du dehors on n'entendait plus rien, ni la plainte du vent, ni la

gaieté de la taverne.

Tout ce qui était dans la chambre se prit à remuer, comme si c'eût été

la cabine d'un navire tourmenté par la lame.

La morte seule restait immobile, dans la sérénité de son suprême

sommeil, suspendue par un pouvoir occulte au-dessus du lit, qui ne la

supportait plus.

Elle montait ainsi lentement, soulevée dans le vide.

Germain devinait que sa bouche allait bientôt venir au niveau de ses

lèvres.

Et la voix disait, toujours plus lointaine:

--Pour me tuer, il faut me brûler le coeur, je suis la vampire dont la

mort est une vie, la vie une mort. Tue-moi! Mon supplice est de vivre,

mon salut serait de mourir. Tue-moi, tue-moi!

Ces mots riaient amèrement autour des oreilles de l'étudiant.

Et la blanche statue montait.

Quand le visage de la morte fut tout près du sien, à lui, Germain, il

vit une goutte de sang vermeil et liquide qui sortait de la blessure.

Et une haleine ardente le brûla.

Et sa lèvre fut touchée par cette bouche qui lui sembla de feu.

Il reçut un choc dont aucun mot ne peut rendre l'étourdissante

violence. Ce fut sa dernière sensation. Il entrevit, béant, le gouffre

sans fond qu'on nomme l'éternité. Il y tomba... Le lendemain matin, au

grand jour, il s'éveilla, couché en travers sur son lit et le visage

contre les couvertures.

Le corps de la comtesse Marcian Gregoryi avait disparu.

Le pensée voulut naître en lui qu'il avait été le jouet d'un rêve

affreux.

Mais il tenait encore à la main son scalpel; le sac de grosse toile

était là aussi, la paille aussi, le mouchoir de fine batiste où les

points clairs dessinaient la devise latine,--et sur le drap, juste à

l'endroit où naguère se collaient ses lèvres, il y avait une tache

ronde et rouge, qui était la goutte de sang...

Ils racontent là-bas, en moissonnant leurs larges champs de maïs, de

Semlin jusqu'à Temesvar et jusqu'à Szegedin, ils racontent la grande

orgie nocturne des ruines de Bangkeli.

Notre histoire a eu déjà son dénoûment réel. Ceci est peut-être le

dénoûment fantasque de notre histoire.

Bangkeli était un château chrétien, flanqué de huit tours turques, qui

regardaient la Save du haut d'une montagne nue. C'était vaste comme

une ville. Les ruines l'attestent.

Il y avait des siècles que l'eau du ciel inondait les salles

magnifiques à travers les toits désemparés, lorsqu'eut lieu l'orgie

des vampires.

Lila avait menti en disant à René de Kervoz que le dernier comte

était un général de l'armée du prince Charles, lors des guerres de

Bonaparte.

Le dernier comte fut un voyvode célèbre et puissant, au temps de

Mathias Corvinus, le fils épique de Jean Hunyade.

Il fut tué par sa femme Addhéma, qui le trahissait pour le révolté

Szandor.

Et pendant de longues années, Szandor et Addhéma, maîtres de l'immense

domaine, effrayèrent le pays du bruit de leurs crimes.

Tous deux étaient vampires.

Dans les âges suivants, leurs tombes, d'où sortait le malheur, furent

l'épouvante et le deuil de la contrée.

A eux deux, à eux seuls, ils sont toute la légende des bords de la

Save.

Une nuit, on ne dit pas quand au juste, mais ce fut vers le

commencement de ce siècle, les bateliers serbes avaient vu le soleil

plus rouge se mirer dans les carreaux brisés des corps de logis drapés

de lierre. Vous eussiez dit un incendie.

Le soleil disparut, cependant, derrière les plaines sans fin qui

vont vers le golfe Adriatique, et les vitres de l'antique forteresse

restèrent rouges.

Plus rouges. Il y avait un grand feu à l'intérieur.

Les bateliers du la Save se signèrent, disant:

--Le comte Szandor va vendre une nuit d'amour à sa femme Addhéma.

Et ils pesèrent sur leurs avirons pour descendre vitement vers

Belgrade.

Au prix d'un trésor, nul n'aurait voulu approcher de la forteresse

maudite.

Qui donc raconta ce qui s'y passa cette nuit? qui le premier? On ne

sait, mais cela se raconte.

Ainsi sont faites toujours les traditions populaires.

Et peut-être trouveriez-vous là l'origine de la foi qu'elles

inspirent. On y croit parce que personne ne peut dire le nom du

menteur qui les imagina.

La grande salle du château de Bangkeli était pompeusement illuminée.

Les peintures murales, déteintes et souillées, semblaient revivre aux

feux des lustres. Les vieilles armures des chevaliers renvoyaient en

faisceaux les sourdes étincelles, et les galeries sarrasines, ajoutées

à l'antique construction romane, étalaient coquettement la légèreté de

leurs dentelles polychromes.

Sur une table dressée et couverte des mets les plus exquis, les vins

de Hongrie, de Grèce et de France mêlaient leurs flacons. C'est,

la-bas, le climat de l'Italie, plus beau peut-être et plus généreux.

Les alberges dorées montaient en pyramides parmi des collines de

cédrats, d'oranges et de raisin, tandis que les pastèques, à la verte

enveloppe, saignaient sous le couteau.

On ne saurait dire d'où étaient venus les coussins soyeux et les

tapis magnifiques qui ornaient, cette nuit, la seigneuriale demeure,

abandonnée et déserte depuis des siècles.

Sur les coussins, auprès de la table, où les plats en désordre et les

flacons décoiffés annonçaient là fin du festin, un jeune homme et une

jeune femme, beaux tous les deux jusqu'à éblouir le regard, étaient

demi-couchés.

Non loin d'eux il y avait un monceau de pièces d'or, à côté d'un

coffre vite.

--Monseigneur, dit la jeune femme en livrant son doux front, couronné

de boucles blondes, aux baisers de son compagnon, cet or a coûté bien

du sang.

Le jeune homme répondit:

--Il faut du sang pour amasser l'or, et l'or qu'on prodigue fait

couler le sang. Il y a un lien mystique entre le sang et l'or. Ce

troupeau stupide qui peuple le monde, les hommes, nous appelle des

vampires. Ils ont horreur de nous et tendent sans défiance, leurs

veines à ces autres vampires qu'on nomme les habiles, les heureux,

les forts, sans songer que l'opulence d'un seul, ou la puissance d'un

seul, ou sa gloire ne peut jamais être faite qu'avec le sang de tous:

sang, sueur moelle, pensée, vaillance. Des milliers travaillent, un

seul profite...

--Monseigneur, murmura la jeune femme, vous êtes éloquent;

monseigneur, vous êtes beau; monseigneur, vous ressemblez à un dieu,

mais daignez abaisser un regard vers votre petite servante Addhéma,

qui languit d'amour pour vous.

Le superbe Szandor la regarda en effet.

--Tu as droit à une nuit de plaisir, répliqua-t-il; tu l'as achetée.

Je suis ici pour gagner ce monceau d'or... Mais quand tu vas être

morte, Addhéma, avec cet or j'achèterai un sérail de princesses;

j'éblouirai Paris, d'où tu viens, Londres, Vienne ou Naples la divine;

je disputerai Rome aux cardinaux, Stamboul au padischah, Mysore aux

proconsuls malades de la conquête anglaise. Partout où je suis les

autres vampires pâlissent et s'éclipsent...

Il y avait une lueur étrange dans les beaux yeux d'Addhéma.

--Un baiser! Szandor, mon amant! Un baiser! Szandor, mon seigneur!

Le superbe Szandor concéda: il fallait bien que le marché fût

accompli.

Les conteurs riverains de la Save disent que ce baiser, dont le prix

était de plusieurs millions, fut entendu le long du fleuve, dans la

plaine et au fond des forêts. L'amour des tigres fait grand bruit:

c'est une bataille. Il y eut des hurlements et des grincements de

dents; les lueurs rouges s'agitèrent? l'antique forteresse trembla sur

ses fondements dix fois séculaires.

Puis, les deux monstres à visage d'anges restèrent immobiles, vaincus

par la fatigue voluptueuse.

Le vin coula, mettant ses rubis sur leurs lèvres pâlies.

Le regard d'Addhéma brûlait sourdement.

--Conte-moi l'histoire de ces boucles d'or qui couronnent ton front,

ma fiancée, dit Szandor réconcilié; cette nuit, je te trouve belle.

--Toujours je te trouve beau, répliqua la vampire.

Elle appuya sa tête charmante sur le sein de son amant et poursuivit:

--Il y avait sur la route une belle petite fille qui demandait son

pain. Je l'ai rencontrée entre Vienne et Presbourg. Elle souriait si

doucement que je l'ai prise arec moi dans ma voiture. Pendant deux

jours elle a été bien heureuse, et je l'entendais qui remerciait Dieu

d'avoir trouvé une maîtresse si généreuse et si bonne. Ce soir, avant

de venir, j'ai senti que mon sang refroidissait dans mes veines. Il me

fallait être jeune et belle. J'ai pris l'enfant sur mes genoux, elle

s'est endormie, je l'ai tuée...

Tandis qu'elle parlait ainsi, sa voix était suave comme un chant.

Les mains de Szandor se baignaient dans ces cheveux soyeux et doux qui

étaient le prix d'un meurtre. Le conte lui sembla piquant et réveilla

son caprice endormi.

La lutte d'amour recommença, sauvage et semblable aux ébats des bêtes

féroces qui effrayent la solitude des halliers.

Puis ce fut le tour de l'orgie.

Et encore et toujours!

Les lueurs du matin éclairèrent la suprême bataille, au milieu des

flacons brisés, de l'or éparpillé, des tapis souillés de vin et de

fange.

Dans le foyer un brasier brûlait; au-dessus du brasier, un bassin de

fer contenait du métal en fusion.

Parmi les charbons ardents une barre de fer rougissait.

Addhéma dit:

--Je ne veux pas voir le soleil se lever. O toi que j'ai aimé, vivante

et morte, Szandor, mon roi, mon dieu! tu m'as promis que je mourrais

de ta main, après cette nuit de délices. Tu sais comment mettre un

terme à mes souffrances, car mon supplice est de vivre, et j'aspire au

bienheureux sommeil de la mort.

--J'ai promis, je tiendrai, ma toute belle, répliqua Szandor sans trop

d'émotion. Aussi bien, voici le jour et il faut que je me mette en

route. Il y a de belles filles à Prague. Je veux être à Prague avant

la nuit... Es-tu prête, mon amour?

--Je suis prête, répliqua Addhéma.

Szandor mouilla un mouchoir de soie pour entourer l'extrémité du fer

rougi.

Addhéma suivait tous ses mouvements d'un regard inquiet et sombre,

guettant sur ses traits une trace d'émotion.

Mais Szandor songeait aux belles jeunes filles de Prague et souriait

en fredonnant une chanson à boire.

L'oeil d'Addhéma brûla.

Szandor retira du foyer la barre de fer qui rendit des étincelles.

--Elle est à point! dit-il avec une gaieté sinistre.

--Elle est à point! répéta Addhéma. Szandor, mon bien-aimé, adieu.

--Adieu, ma charmante...

Szandor leva le bras.

Mais Addhéma lui dit:

--Je ne veux pas te voir me frapper, ange de ma vie. Donne, je me

percerai le sein moi-même; tu verseras seulement le plomb fondu.

--A ton aise, répliqua Szandor. Les femmes ont des caprices.

Et il lui passa le fer rouge.

Addhéma le prit et le lui plongea dans le coeur si violemment que la

tige brûlante traversa sa poitrine de part en part.

Le monstre tomba, balbutiant un blasphème inachevé.

--Les jeunes filles de Prague peuvent t'attendre! murmura la vampire,

redressant sa taille magnifique et souriant avec triomphe.

Elle retira le fer de la plaie. Il resta un trou énorme, dans lequel

elle versa le métal en fusion que le bassin contenait.

Puis elle baisa le front livide de son monstrueux amant et se mit dans

le coeur le fer qui était rouge encore.

Ce matin-là il y eut un orage comme jamais la terre de Hongrie n'en

avait vu. Le château de Bangkeli, vingt fois foudroyé, ne garda pas

pierre sur pierre.

Dans les hautes herbes qui croissent parmi les décombres, on montre

deux squelettes dont les ossements entrelacés s'unissent en un baiser

funèbre.

La vampire · 第 67 / 68 题