GERMAIN PATOU

Il faisait presque nuit. Un seul pas, lourd et lent sonnait sur le

pavé si vieux, mais presque vierge, de ces rues mélancoliques où nul

ne passe et que le clair regard des boutiques ouvertes n'illumine

jamais. Ce pas solitaire était celui d'un pauvre estropié qui allait,

allumant l'une après l'autre les mèches fumeuses des réverbères avares

de rayons.

L'estropié cahotait sous ses haillons comme une méchante barque

secouée par la houle. Il chantait une gaudriole plus triste qu'un

_libéra_.

Patou et l'homme que nous avons désigné sous tant de noms déjà, le

patron des maçons du Marché-Neuf, M. le gardien, M. Jean-Pierre,

descendaient de la petite porte de l'église Saint-Louis au quai de

Béthune. Dans l'ombre, la différence qui existait entre leurs tailles

atteignait au fantastique. Patou semblait un nain et Jean-Pierre un

géant.

Quelque jour nous retrouverons ce nain, grandi, non par au physique

beaucoup, mais au moral; nous verrons le docteur Germain Patou porter

à son chapeau, selon sa propre volonté, le nom de Samuel Hahnemann

comme une cocarde et produire de ces miracles qui firent lapider une

fois, à Leipzig, le fondateur de l'école homéopathique, mais qui

fondirent plus tard le bronze dont est faite sa statue colossale,

la statue de ce même Samuel Hahnemann, érigée au beau milieu de la

maîtresse place, en cette même cité de Leipzig, sa patrie.

Si l'on pouvait appliquer un mot divin à ces petites persécutions qui

arrêtent un instant, puis fécondent le progrès à travers les siècles,

nous dirions que la plus curieuse de toutes les histoires à faire est

celle des calvaires triomphants.

Dans cette comédie bizarre et terrible que nous mettrons bientôt en

scène sous ce titre: _Numéro treize_, le docteur Germain Patou aura un

rôle.

Le patron répondit ainsi a sa dernière question:

--Petit homme, tu ne parles pas toujours avec assez de respect des

choses qui sont à ma garde. Je n'aime pas la plaisanterie à ce sujet;

mais tu vaux mieux que ton ironie, et l'on dit que pour le métier que

tu as choisi il n'est pas mauvais de s'endurcir un peu le coeur. Je

t'ai connu enfant; je n'ai pas fait pour toi tout ce que j'aurais

voulu.

Patou l'interrompit par une nouvelle pression de main.

--Halte-là, s'écria-t-il. Vous m'avez donné deux fois du pain,

monsieur Sévérin, prononça-t-il avec une profonde émotion qui vous eût

étonné bien plus encore que l'entrechat à quatre compartiments: le

pain du corps et celui de l'âme; c'est par vous que j'ai vécu, c'est

par vous que j'ai étudié; si je domine mes camarades à l'école, c'est

que vous m'avez ouvert ce sombre amphithéâtre près duquel vous dormez,

miséricordieux et calme, comme la bonté incarnée de Dieu...

Sur la main du patron une larme tomba.

--Tu es un bon petit gars! murmura-t-il, merci.

--Je serai ce que l'avenir voudra, repartit Patou, qui redressa sa

courte taille. Je n'en sais rien, mais je puis répondre du présent et

vous dire que, sur un signe de vous, je me jetterais dans l'eau ou

dans le feu, à votre choix!

Le patron se pencha sur lui et le baisa, répétant à demi-voix:

--Merci, petit homme. Je serais bien embarrassé de dire au juste où le

bât me blesse, mais je sens que j'aurai bientôt besoin de tous ceux

qui m'aiment... Dis-moi ce que tu as vu.

Ils se reprirent à marcher côte à côte, et Patou commença ainsi:

--Quand je suis arrivé, après l'école, l'abbé Martel était seul avec

le gros marchand de chevaux. Ils parlaient de ceci et de cela, de

l'arrestation de Pichegru, je suppose, car l'abbé Martel a dit:

«--Le malheureux homme a terni en quelques jours de bien belles années

de gloire.

«--Savoir, savoir! a répondu le gros maquignon; ça dépend du point de

vue!»

Puis il ajouta:

«--Monsieur l'abbé, vous savez que je ne me mêle guère de politique.

Mon commerce avant tout, et s'il arrivait quelque chose au premier

consul, vous jugez quel gâchis!

«--Que Dieu nous en préserve!» a dit l'abbé en faisant un grand signe

de croix.

Après quoi il a donné au maquignon l'adresse d'une personne dont je

n'ai pas entendu le nom et qui demeure «en son hôtel, chaussée des

Minimes».

Et il a ajouté:

«--Celle-là est un ange et une sainte.

«--Tout ce que vous voudrez, monsieur l'abbé, a répondu le gros

marchand, qui a l'air d'un joyeux compère, pourvu qu'elle m'achète une

paire ou deux de mes beaux chevaux normands...»

--Il n'a point parlé de son neveu? demanda le patron.

--Pas que je sache, répondit Patou, mais je n'ai entendu que la fin de

leur entretien... Et la leçon du professeur Loysel me trottait encore

un peu par la tête! Quel gaillard que ce Hahnemann!... Un véritable

ange, je ne dis pas une sainte, je n'en sais rien, c'est cette blonde

comtesse. Vous n'avez pas pu la bien voir comme moi. La nuit venait

déjà, et il faut le grand jour à ces exquises perfections. Des yeux,

figurez-vous deux saphirs! une bouche qui est un sourire, une taille

qui est un rêve de grâce et de jeunesse, des cheveux transparents où

la lumière glisse et joue...

--Petit homme, interrompit le patron, je suis ici pour René et pour

Angèle.

--Bon! s'écria Patou. Il paraît que je m'enflammais comme une brassée

de bois sec, patron? Et pourtant je ne me fais pas l'effet d'être un

amoureux. Mais il est certain que, si le diable pouvait me tenter,

cette créature-là... Enfin, n'importe; arrivons à M. René de Kervoz.

Je crois que M. René de Kervoz est du même avis que moi et que votre

pauvre Angèle avait deviné tout cela avant nous.

Je vais vous faire le procès-verbal pur et simple de ce que j'ai vu.

Ce n'est pas grand'chose, mais vous êtes un finaud, vous, patron, et

vous allez trouver du premier coup le mot de l'énigme.

Après le départ du gros marchand de chevaux, l'abbé Martel est rentré

à la sacristie, et j'ai pris mon poste au coin du pilier. Un pas léger

m'a fait tourner la tête; un éblouissement a passé devant mes yeux:

c'était l'ange blond. Parole d'honneur! je n'ai jamais rien imaginé de

plus charmant... L'ange a franchi le seuil de la sacristie, laissant

derrière elle ce vent parfumé qui trahissait la présence de Vénus.

Voir Virgile, Quand elle est ressortie, l'abbé Martel la suivait:

un beau prêtre, bien vénérable, quoiqu'il s'occupe un peu trop de

politique.

Il parlait encore politique en gagnant son confessionnal, et il

disait:

«--Ma fille, le premier consul a fait beaucoup pour la religion;

je crains que vous ne soyez mêlée à toutes ces intrigues des

conspirateurs.»

La belle blonde a eu un étrange sourire en répondant:

«--Mon père, aujourd'hui même vous allez connaître le secret de ma

vie. Une fatalité pèse sur moi. Ne me soupçonnez pas avant que je vous

aie dit mon malheur et l'espoir qui me reste. Je suis de noble race,

de race puissante même; la mort a moissonné autour de moi, me laissant

seule. La lettre de l'archevêque primat de Gran, vicaire général de

Sa Sainteté en Hongrie, vous a dit que je cherche dans l'Eglise une

protection, une famille. Les conspirations me font horreur, et si je

perds la dernière chance que j'ai d'être heureuse par le coeur, mon

dessein est de chercher la paix au fond d'un cloître.»

Le confessionnal de l'abbé Martel s'est ouvert, puis refermé. Je n'ai

plus rien entendu...

Ici l'apprenti médecin s'interrompit brusquement pour fixer sur son

compagnon ses yeux qui brillaient dans la nuit.

--Patron, demanda-t-il, comprenez-vous quelque chose à cela?

--Va toujours, répliqua le gardien, dont la tête pensive s'inclinait

sur sa poitrine.

--Si vous comprenez, grand bien vous fasse! reprit Patou. Je continue.

Un quart d'heure environ se passa. Cette brave église de Saint

Louis-en-l'Ile ne reçoit pas beaucoup de visites. La première personne

qui entra fut ce grand garçon d'Allemand à qui vous donniez des leçons

d'escrime dans le temps.

--Ramberg, murmura le gardien. Je l'ai vu.

--C'est une rencontre qui a dû vous étonner, car vous m'aviez dit

qu'il était reparti pour l'Allemagne. En entrant, il alla droit à

la sacristie, où l'abbé Martel et la divine blonde le rejoignirent

bientôt. Dans la sacristie, il y eut une conférence d'un peu plus

de vingt minutes, à la suite de laquelle la blonde délicieuse alla

s'agenouiller devant l'autel de la Vierge, tandis que l'Allemand et

l'abbé Martel prenaient place au confessionnal. Est-ce qu'on ne se

confesse pas avant de se marier, patron?

Le gardien ne répondit point. Patou poursuivit:

--M. René de Kervoz entra pendant que l'Allemand se confessait. Angèle

le suivait de près. Vous jugez si j'avais mes yeux et mes oreilles

dans ma poche!

René de Kervoz traversa l'église d'un pas rapide. Ce ne devait pas

être la première fois qu'il avait un rendez-vous dans ce lieu, ou tout

au moins dans un lieu pareil.

Ma déesse blonde entendit le bruit de ses pas et se retourna. Elle mit

un doigt sur sa bouche. Kervoz s'arrêta comme par enchantement. Ils

se croyaient seuls tous deux, car Angèle, pâle, essoufflée et prête à

tomber d'épuisement, mais les yeux en feu et la poitrine haletante, se

tenait immobile à quelques pas de moi, derrière le même pilier.

La nuit venait déjà. Angèle ne me voyait pas. Quand elle s'agenouilla,

ne pouvant plus se tenir sur ses jambes, j'aurais pu la toucher, rien

qu'en étendant la main.

Je restais immobile, mais j'avais le coeur serré par le bruit sourd

des sanglots qui déchiraient sa poitrine.

Ils devaient se croire seuls. Ni l'un ni l'autre ne soupçonnait ma

présence, et, du confessionnal où l'abbé Martel écoutait l'Allemand,

on ne peut voir l'autel de la Vierge.

La charmante inconnue avait une figure à peindre, éclairée qu'elle

était par les dernières lueurs du jour passant à travers les vitraux.

Derrière moi, la pauvre Angèle murmurait d'une voix noyée par les

larmes:

«--Mon Dieu, mon'Dieu! qu'elle est belle!»

Kervoz a voulu parler; un geste impérieux a fermé sa bouche.

La reine des blondes souriait comme une madone.

Elle a prononcé quelques mots qui ne sont pas venus jusqu'à moi, et il

m'a semblé que son doigt désignait le confessionnal de l'abbé Martel.

L'entrevue, du reste, n'a pas duré une minute.

La main de ma belle inconnue s'est étendue vers le dehors, et René de

Kervoz, avec une obéissance d'esclave, a quitté l'église par la porte

latérale.

Angèle, la pauvre enfant, s'est relevée en gémissant, pour s'élancer

encore sur ses traces.

Juste à ce moment la confession de l'Allemand prenait fin. Mon

inconnue, car elle est à moi aussi, patron, et quoique je sois un

assez laid papillon, je me brûlerais volontiers les deux ailes à ce

flambeau diabolique ou céleste, mon inconnue a rejoint M. de Ramberg,

et ils se sont agenouillés l'un près de l'autre.

Avant de partir, ils se sont inclinés tous deux devant le

confessionnal, d'où est sorti une parole de bénédiction.

C'est tout, sauf ce détail que j'ai entendu tomber dans le tronc des

pauvres une double offrande, lourde et sonore.

Vous savez le reste mieux que moi, puisque vous êtes entré au moment

où ils sortaient ensemble...

--Maintenant, patron, s'interrompit le petit médecin, qui fixa sur son

compagnon ses yeux brillants de curiosité, ayez pitié de moi. Si vous

voyez clair, dites-moi bien vite le mot de cette charade, car je

grille de savoir! N'est-ce qu'une intrigue galante? La vieille

histoire d'une jolie femme jouant sous jambe deux amoureux?

Sommes-nous sur la trace d'un complot? Ce prêtre est-il trompé? est-il

complice? Tout est bizarre là-dedans, jusqu'au gros marchand de

chevaux, dont la figure m'apparaît menaçante et terrible, quand je

regarde en arrière... Vous ne répondez pas patron?

Le gardien était en effet pensif et silencieux.

Ils s'étaient arrêtés au bout de la rue Poultier, devant le parapet du

quai qui regarde le port aux vins. La lune, qui se levait derrière les

arbres de l'île Louviers, prolongés par les peupliers énormes du Mail

Henri IV, frappait obliquement le courant de la Seine et y formait

un long spectre tout fait de paillettes mobiles. Il n'y a plus d'île

Louviers, et les peupliers géants de l'Arsenal sont tombés.

Vers l'ouest, tout le long de l'eau. Paris allumait gaiement ses

bougies, ses lampes et ses réverbères; du côté de l'est, c'était

presque la nuit campagnarde, car l'île Louviers et le Mail cachaient

le quartier de l'Arsenal, et, sur l'autre bord de la Seine, le regard

devait aller jusqu'à Ivry, par delà le jardin des Plantes, pour

rencontrer quelques lumières.

Une seule lueur, vive et rouge, attirait l'oeil au coin de la rue de

Bretonvilliers. C'était la provocante lanterne du cabaret d'Ezéchiel,

le maître de la _Pèche miraculeuse_.

Il n'y avait pas une âme sur le quai, mais le silence y était troublé

parfois tout à coup par de soudaines rumeurs mêlées d'éclats de rire.

Ce bruit venait de la rivière, et pour en connaître l'origine il eût

suffi de se pencher au-dessus du parapet.

Les pêcheurs de miracles étaient à leur poste malgré l'heure avancée.

Il y avait sur la berge une ligne pressée de bonnes gens qui jetaient

l'hameçon avec un zèle patient. Les clameurs et les rires étaient

produits par ces petits incidents qui égayent constamment la pêche en

rivière de Seine, où l'hameçon accroche plus de vieux chapeaux,

plus de bottes noyées et plus de carcasses de chats décédés que

d'esturgeons.

Chaque déconvenue de ce genre amenait des transports de joie.

L'apprenti médecin, qui était évidemment un gaillard à s'amuser de

tout, écouta un instant le remue-ménage qui se faisait au bas du mur.

Il avait l'air de connaître très bien l'endroit ainsi que le genre de

besogne qui réunissait tout ce monde. Au bout d'une minute ou deux, il

releva la tête vers son compagnon et répéta:

--Patron, vous ne répondez pas?

Le gardien avait mis ses deux coudes sur le parapet, au delà duquel

son regard plongeait.

--Crois-tu à cela, toi, Patou? demanda-t-il en pointant du doigt la

rangée de pécheurs qui en ce moment se taisait.

--Je crois à tout, répliqua le petit homme: c'est moins fatigant que

de douter. D ailleurs j'ai acheté, ici, la semaine passée, un fémur

de toute beauté qui semblait désarticulé par un préparateur de

l'amphithéâtre.

--Ah!... fit le gardien.

Il ajouta:

--On l'avait retiré de l'eau, ton fémur!

--Il n'y avait pas séjourné longtemps, repartit Patou, et rien ne

m'ôtera de l'idée qu'il y a là-dessous quelque diablerie... Mais tout

cela n'est pas une réponse à ma question. En savez-vous plus long que

moi, oui ou non?

Le gardien s'assit sur le parapet et souleva son chapeau pour essuyer

la sueur qui baignait son front dépouillé.

--Ce qui se passe, là, dit-il, est une énigme pour moi comme pour toi.

C'est parce que je ne comprends pas que j'ai peur.

Il était ému profondément; il dit encore:

--Je ne voudrais pas qu'on fit du mal au premier consul, je l'aime,

quoique je le soupçonne de vouloir confisquer la république... Mais le

premier consul est bon pour se défendre si on l'attaque; je ne pense

pas au premier consul... Angèle, René, ces deux enfants-là sont le

sang de mon coeur... je donnerais ma main droite pour savoir!

--Une vaillante main! s'écria Patou; ce serait trop cher!

--Que ce soit une intrigue d'amour, poursuivit le gardien, une

conspiration ou les deux ensemble... ou encore quelqu'une de ces

ténébreuses scélératesses qui profitent des temps troublés pour

aboutir, il y a quelque chose... je sens, qu'il y a quelque chose de

menaçant et de sanglant... Je saurai le fond de tout ceci, dussé-je

aller jusqu'au préfet de police!...

Patou eut un ricanement qui ne témoignait pas d'une haute confiance en

cet important magistrat.

--J'irai plus loin s'il le faut, poursuivit le gardien, Il y a déjà un

de mes trois amis d'Allemagne qui a disparu. Si Ramberg disparaît, ce

sera dans le même trou. J'avais prévenu le premier, j'avertirai le

second; mais cet femme est belle, et son regard donne le vertige...

--Vous croiriez!... commença Patou, qui resta bouche béante.

--J'ai peur! dit pour la troisième fois le gardien. Le petit homme

murmura:

--C'est vrai! son regard donne le vertige... Je commence à comprendre.

Il y eut une explosion de cris au bord de l'eau.

--Tiens bon, Colinet, disait-on.

--Ferme, Colinet! ne laisse pas aller!

--Colinet, tu tiens ta fortune! Amène!

Nos deux compagnons se mirent au balcon sur le parapet et regardèrent.

Aux lueurs de la lune ils purent voir les rangs des pêcheurs qui se

rompaient pour entourer un homme en costume misérable, attelé à une

ligne de fond et tirant de toute sa force.

--Pour le coup, ça doit être une baleine! grommela Patou.

--Ou un cadavre tout entier, dit le gardien.

On vint en aide à Colinet, dont la ligne était solide, et après

quelques efforts prudemment dirigés, l'objet pêché parut à fleur

d'eau, éclairé par des torches de paille que les assistants curieux

avaient allumées.

Un formidable éclat de rire éveilla les échos déserts du rivage,

depuis le chevet de Notre Dame jusqu'au quai de la Râpée.

--Bravo, Colinet!

--Colinet a de la chance!

--Colinet a pêché un pierrot à la ligne de fond, avec une boule de

terre glaise! Vive Colinet!

L'objet était en effet un pierrot, habillé de pied en cap avec la

défroque traditionnelle du bouffon de la comédie italienne, mais ce

n'était pas un noyé en chair et en os. Pour un motif ou pour un autre,

on avait joué ce tour lugubre aux pêcheurs de miracles, de couler à

leur place favorite un mannequin bourré de paille et de sable.

Le bruit de la berge fut longtemps à se calmer. Colinet, dépourvu de

mauvaise honte, fit un paquet des loques qui habillaient le mannequin

et les mit aux enchères sur le prix de quarante sous.

Patou avait ri d'abord comme les autres, mais la réflexion vint, et il

dit:

--Ceux qui ont fait cela devaient avoir un intérêt.

--Petit homme, répliqua brusquement le gardien, je n'ai plus besoin

de toi. Monte à présent à la maison, où ma bonne femme est seule et

peut-être inquiète. Angèle doit être rentrée à l'heure qu'il est. Si

tu connais un remède contre le chagrin, fais-lui une ordonnance...

Annonce que je rentrerai tard, et bonne nuit.

Patou, ainsi congédié, s'éloigna docilement dans la direction du

Pont-Marie. Le gardien, resté seul, se mit à marcher lentement vers le

cabaret d'Ezéchiel, à l'enseigne de la _Pêche miraculeuse_.

La vampire · 第 9 / 68 题