Certes, ici, l’influence française n’a pas pénétré: ce sont pour nous
les «pères de l’inimitié», selon la formule arabe. J’ai mentionné leurs
prières qui rappellent beaucoup celles des Tidjanïa; j’ai indiqué,
également[21], les circonstances en lesquelles leur ordre fut fondé par
Si-Mohammed-ben-Si-Ali-ben-Snoussi, vers 1813.
[21] Voir l’_Avertissement_ du présent ouvrage.
Ce cheikh mourut en 1839; mais il avait deux fils, Si-Mohammed-Chériff
et Cheikh-el-Mahdi. J’ajouterai que ce dernier nom a causé bien des
confusions, dans cette région guerroyante, où le premier marabout venu
prend le titre de _Mahdi_ (Messie). Les miracles accomplis par
Cheikh-el-Mahdi sont quotidiens, d’après ses fidèles. Il repose en
voyage sous une tente magique qui se déplace selon ses vœux, espèce
d’aérostat merveilleux sans aucun danger de chutes mortelles, et dont la
foi et la _baraka_ seraient les uniques moteurs. Sur les tapis de cette
tente, autre merveille plus aimable encore, les houris du Paradis
viennent en bande rendre visite au _ouali_. J’imagine que ces houris ne
parlent point arabe, puisque sur leur poitrine sans défaut se trouve un
écriteau disant: «Ami de Dieu, fils de la Lumière, à toi nos faveurs!»
Il est difficile de prévoir si les Snoussïa continueront l’apparence
d’évolution qu’ils essayent depuis deux ou trois ans du côté de la
France, évolution n’empêchant d’ailleurs pas, au besoin, le vol ou
l’assassinat. Leur zaouïa-mère de Koufra, dans les sables tripolitains,
garde son importance considérable, bien que le chériff l’abandonne
souvent pour des séjours au pays plus noir: car c’est au centre de
l’Afrique, autour du Tchad (sans compter l’Asie Mineure et le Hedjaz
d’Arabie) que Cheikh-el-Mahdi compte ses fervents plus extasiés.
Mais il a des adeptes secrets répandus à travers tout le monde d’Islam;
il en a dans toute notre Algérie: même une zaouïa snoussienne s’élève
ostensiblement au lieu de naissance de Si-Snoussi, à l’Hillil, entre
Relizane et Mostaganem...
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