C’est aujourd’hui, c’est tout à l’heure...
Je ne suis pas d’ordinaire une telle poule mouillée. Cette fracture, à
Paris, je l’aurais tout bonnement considérée comme une fracture,
c’est-à-dire une simple épreuve de patience. Mais sous ce terrible
climat, le paludisme aidant, il arrive que les os brisés ne se
ressoudent point, et restent inertes en présence.
Mon énergie s’est usée pendant ces deux mois d’inquiétudes et de
souffrances--car j’ai souffert aussi physiquement, beaucoup. Est-ce bon?
Est-ce mauvais? Je l’ignore. Mon vieux Si-Kaddour prétend y voir un
excellent signe: le travail douloureux mais sûr menant au «raccommodage»
parfait. Du reste, le taleb s’en remet à la Puissance de Là-Haut, si
loin de nous si petits. Et voici le Koran ouvert, pour me relire quelque
chapitre:
Dieu sépare le fruit du noyau. Il tire le brin d’herbe d’une graine
desséchée. Il crée, il tue. Il fait la mort avec de la vie: et de même
il fait revivre ce qui semblait mort ou endormi. Il est le
Miséricordieux!
Ai-je mérité la miséricorde?...