Bon! Maintenant, après le vent, la pluie diluvienne, saharienne, qui va
gâter ma tonnelle et raviner les jardins--sans compter le dommage causé
aux dattes mûres.
De plus en plus je vois gris, très gris--très noir, même. Je me suis
donné ici, de cet état, des raisons stupides. Et la vraie raison, je
l’ai tue. Et son poids m’étouffe... Je ne puis plus... Je songe trop que
ma cheville, dans cinq ou six jours, sortira de sa gaine, peut-être
guérie... peut-être estropiée. Angoisse qui me jette à des crises
douloureuses, des transes, des affres dont j’évitai jusqu’ici de sonder
la tristesse... Mais le temps désespérant pénètre au fond de mon
vouloir. Comme aux mauvais premiers jours de fièvre, je me sens tel une
épave, une pauvre épave compromise, abandonnée des hommes...
Boiteux, béquillard--la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue...
C’est donc bientôt la loterie de mon espérance, de ma future existence,
de ma part de bonheur humain. J’ai peur, anxieusement peur de
«savoir»--et, dans cinq ou six jours, je «saurai».