2 octobre.

D’ailleurs, _ils_ ont choisi pour eux la plus intense, la meilleure

part--celle du lion.

Dans ces jouissances, dont frissonne tantôt le corps et tantôt l’âme,

ils ont su puiser les plaisirs qui font la trame de leurs jours béats.

Ils savourent, ces chériffs, la volupté de rester toujours là (sauf de

rarissimes voyages) quand les autres passent.--Ils ont des délices de la

puissance... Et l’orgueil de la domination...

Autant que le pauvre pèlerin, mieux que lui, ils s’élèvent, s’ils le

veulent, à l’Extase secouant les moelles.--Et, puisqu’ils sont guerriers

(toujours s’ils veulent), ne leur sont pas refusées la force et

l’ivresse du sang versé.

Ils ont, image de la guerre, les fusillades de poudre célébrant les

fêtes.--Ils ont le raffinement de l’existence somptueuse et qui leur

semble plus belle au contact des haillons de leurs frustes

affiliés.--Ils ont les présents qui parlent des contrées éloignées et

bizarres, dont l’exotisme surprend.--Ils ont les messages variés au

milieu des mœurs immuables, et tout se renouvelle autour d’eux sans que

rien n’y soit changé.

Ils ont les jardins fertiles et le charme des eaux courantes--et les

matins nacrés--et les soirs d’or. Leur bon goût sut repousser les

tam-tam, les vacarmes des danses: ils ont les musiques lointaines,

celles des bergers de troupeaux, légères, imprécises, scandées, qui

palpitent dans l’air transparent comme, après l’amour, bat le cœur.

Et les odeurs pénétrantes et sensuelles dont s’imprègne toute la

zaouïa--les cassolettes de parfums--et les femmes, cassolettes

brûlantes.--Et l’agrément des grandes pièces claires où le marbre étend

sa douceur.--Et, d’autres jours, aux heures recueillies, la volupté des

refuges clos, des laines profondes, des réduits moelleusement obscurs.

Et la lumière multipliée des cierges et des lampes, si chère à

l’Islam--et la mélancolie aphrodisiaque, un peu philosophique, un peu

sadique, qui vient de ces tombeaux si proches, ces tombeaux de leurs

pères, dont ils vivent; auprès desquels, un jour, sera leur tombeau qui

fera vivre leurs fils.

Ils ont tout ce qu’un musulman peut rêver dans les Paradis--ils l’ont

sur cette terre. Et même la beauté de l’éloquence, des prières nobles et

sonores, cherchant l’esprit à travers les sens. Et même l’intrigue, la

divine intrigue, aussi subtile, aussi fine qu’un cheveu de Géorgienne

blonde. La divine intrigue, ils l’ont, brouillée à loisir. Tout, tout,

ils l’ont. Et nous nous étonnons qu’ils ne nous aiment point, qu’ils se

dérobent, qu’ils combattent pied à pied notre conquête, à nous

Européens--à nous Français!

Qu’avons-nous donc à leur offrir, en échange de ceci?

Et comment ne s’opposeraient-ils pas farouchement, fanatiquement à

l’approche de notre état de choses, qui sera--ils le savent bien, ils le

sentent--l’adversaire et le destructeur de ceci?

Notre plus invincible ennemi, parmi ces contrées, c’est la volupté

saharienne...

Islam saharien · 第 27 / 103 题