Les neuf planeurs volaient vers les Terres-Rouges. Ils ne s’écartaient
guère des deux routes que, depuis cent siècles, suivaient les motrices.
Les ancêtres avaient construit de grands refuges en fer vierge, avec
résonnateur planétaire, et de nombreux relais, moins importants. Les
deux routes étaient bien entretenues. Comme les motrices y passaient
rarement et que leurs roues étaient munies de fibres minérales, très
élastiques; comme, par ailleurs, les hommes des deux oasis savaient
encore se servir partiellement des énergies énormes qu’avaient captées
leurs ascendants, l’entretien exigeait plus de surveillance que de
travail. Les ferromagnétaux ne s’y montraient guère et n’y faisaient
que des dégâts insignifiants; un piéton aurait pu y marcher une
journée entière sans presque ressentir d’influence nocive; mais il
n’aurait pas été prudent de faire des haltes trop longues ni surtout de
s’y endormir: bien des malades y avaient perdu comme Elma tous leurs
globules rouges et y étaient morts d’anémie.
Les Neuf ne couraient aucun péril: chacun dirigeait un planeur léger
qui, du reste, eût pu emporter quatre hommes. Alors même qu’un accident
surviendrait aux deux tiers des appareils, l’expédition ne serait pas
compromise.
Doués d’une élasticité presque parfaite, les planeurs étaient
construits pour résister aux chocs les plus rudes et pour braver
l’ouragan.
Manô avait pris la tête. Targ et Arva sillaient presque de conserve.
L’agitation du jeune homme ne cessait de s’accroître. Et l’histoire des
grandes catastrophes, fidèlement transmise de génération en génération,
hantait sa mémoire.
Depuis cinq cents siècles, les hommes n’occupaient plus, sur la
planète, que des îlots dérisoires. L’ombre de la déchéance avait de
loin précédé les catastrophes. A des époques fort anciennes, aux
premiers siècles de l’ère radio-active, on signale déjà la décroissance
des eaux: maints savants prédisent que l’Humanité périra par la
sécheresse. Mais quel effet ces prédictions pouvaient-elles produire
sur des peuples qui voyaient des glaciers couvrir leurs montagnes, des
rivières sans nombre arroser leurs sites, d’immenses mers battre leurs
continents? Pourtant, l’eau décroissait lentement, sûrement, absorbée
par la terre et volatilisée dans le firmament[2]. Puis, vinrent les
fortes catastrophes. On vit d’extraordinaires remaniements du sol;
parfois, des tremblements de terre, en un seul jour, détruisaient dix
ou vingt villes et des centaines de villages: de nouvelles chaînes de
montagnes se formèrent, deux fois plus hautes que les antiques massifs
des Alpes, des Andes ou de l’Himalaya; l’eau tarissait de siècle en
siècle. Ces énormes phénomènes s’aggravèrent encore. A la surface du
soleil, des métamorphoses se décelaient qui, d’après des lois mal
élucidées, retentirent sur notre pauvre globe. Il y eut un lamentable
enchaînement de catastrophes: d’une part, elles haussèrent les hautes
montagnes jusqu’à vingt-cinq et trente mille mètres; d’autre part,
elles firent disparaître d’immenses quantités d’eau.
[2] Dans les hautes régions atmosphériques, la vapeur d’eau
fut de tout temps décomposée, par les rayons ultra-violets, en
oxygène et en hydrogène: l’hydrogène s’échappait dans l’étendue
interstellaire.
On rapporte que, au début de ces révolutions sidérales, la population
humaine avait atteint le chiffre de vingt-trois milliards d’individus.
Cette masse disposait d’énergies démesurées. Elle les tirait des
protoatomes (comme nous le faisons encore, quoique imparfaitement,
nous-mêmes) et ne s’inquiétait guère de la fuite des eaux,
tellement elle avait perfectionné les artifices de la culture et
de la nutrition. Même, elle se flattait de vivre prochainement de
produits organiques élaborés par les chimistes. Plusieurs fois, ce
vieux rêve parut réalisé: chaque fois, d’étranges maladies ou des
dégénérescences rapides décimèrent les groupes soumis aux expériences.
Il fallut s’en tenir aux aliments qui nourrissaient l’homme depuis les
premiers ancêtres. A la vérité, ces aliments subissaient de subtiles
métamorphoses, tant du fait de l’élevage et de l’agriculture que du
fait des manipulations savantes. Des rations réduites suffisaient à
l’entretien d’un homme; et les organes digestifs avaient accusé, en
moins de cent siècles, une diminution notable, tandis que l’appareil
respiratoire s’accroissait en raison directe de la raréfaction de
l’atmosphère.
Les dernières bêtes sauvages disparurent; les animaux comestibles, par
comparaison à leurs ascendants, étaient de véritables zoophytes, des
masses ovoïdes et hideuses, aux membres transformés en moignons, aux
mâchoires atrophiées par le gavage. Seules, quelques espèces d’oiseaux
échappèrent à la dégradation et prirent un merveilleux développement
intellectuel.
Leur douceur, leur beauté et leur charme croissaient d’âge en âge. Ils
rendaient des services imprévus, à cause de leur instinct, plus délicat
que celui de leurs maîtres, et ces services étaient particulièrement
appréciés dans les laboratoires.
Les hommes de cette puissante époque connurent une existence inquiète.
La poésie magnifique et mystérieuse était morte. Plus de vie sauvage,
plus même ces immenses étendues presque libres: les bois, les landes,
les marais, les steppes, les jachères de la période radio-active. Le
suicide finissait par être la plus redoutable maladie de l’espèce.
En quinze millénaires, la population terrestre descendit de vingt-trois
à quatre milliards d’âmes; les mers, réparties dans les abîmes,
n’occupaient plus que le quart de la surface; les grands fleuves et
les grands lacs avaient disparu; les monts pullulaient, immenses et
funèbres. Ainsi la planète sauvage reparaissait,--mais nue!
L’homme, cependant, luttait éperdument. Il s’était flatté, s’il ne
pouvait vivre sans eau, de fabriquer celle dont il aurait besoin
pour ses usages domestiques et agricoles; mais les matériaux utiles
devenaient rares, sinon à des profondeurs qui rendaient leur
exploitation dérisoire. Il fallut se rabattre sur des procédés de
conservation, sur des moyens ingénieux pour ménager l’écoulement et
pour tirer le maximum d’effet du fluide nourricier.
Les animaux domestiques périrent, incapables de s’habituer aux
nouvelles conditions vitales: en vain tenta-t-on de refaire des espèces
plus rustiques; une dégradation deux cents fois millénaire avait tari
l’énergie évolutive. Seuls les oiseaux et les plantes résistaient.
Celles-ci reprirent quelques formes ancestrales; ceux-là s’adaptèrent
au milieu: beaucoup, redevenant sauvages, construisirent leurs aires
à des hauteurs où l’homme pouvait d’autant moins les poursuivre que
la raréfaction de l’air, quoique bien moindre, accompagnait celle de
l’eau. Ils vécurent de déprédations et déployèrent une ruse si raffinée
qu’on ne put les empêcher de se maintenir. Quant à ceux qui demeuraient
parmi nos ancêtres, leur sort fut d’abord épouvantable. On tenta de
les avilir à l’état de bêtes comestibles. Mais leur conscience était
devenue trop lucide; ils luttèrent affreusement pour échapper à leur
sort. Il y eut des scènes aussi hideuses que ces épisodes des temps
primitifs où l’homme mangeait l’homme, où des peuples entiers étaient
réduits en servitude. L’horreur pénétra les âmes, peu à peu on cessa de
brutaliser les compagnons de planète et de s’en repaître.
D’ailleurs, les phénomènes sismiques continuaient à remanier les terres
et à détruire les villes. Après trente mille ans de lutte, nos ancêtres
comprirent que le minéral, vaincu pendant des millions d’années par
la plante et la bête, prenait une revanche définitive. Il y eut une
période de désespoir qui ramena la population à trois cents millions
d’hommes, tandis que les mers se réduisaient au dixième de la surface
terrestre. Trois ou quatre mille ans de répit firent renaître quelque
optimisme. L’humanité entreprit de prodigieux travaux de préservation:
la lutte contre les oiseaux cessa; on se borna à les mettre dans des
conditions qui ne permettaient pas qu’ils se multipliassent, on tira
d’eux de précieux services.
Puis, les catastrophes reprirent. Les terres habitables se rétrécirent
encore. Et, il y a environ trente mille ans, eurent lieu les
remaniements suprêmes: l’humanité se trouva réduite à quelques
territoires disséminés sur la terre, redevenue vaste et formidable
comme aux premiers âges; en dehors des oasis, il devenait impossible de
se procurer l’eau nécessaire à la vie.
Depuis, une accalmie relative s’est produite. Quoique l’eau que nous
fournissent les puits creusés dans l’abîme ait encore décru, que la
population se soit réduite d’un tiers, que deux oasis aient dû être
abandonnées, l’humanité se maintient: sans doute se maintiendra-t-elle
pendant cinquante ou cent mille ans encore... Son industrie a
immensément décru. Des énergies qu’utilisait notre espèce en sa force,
l’homme des oasis ne peut plus employer qu’une faible partie. Les
appareils de communication et les appareils de travail sont devenus
moins complexes; depuis bien des millénaires, il a fallu renoncer aux
spiraloïdes qui transportaient les ancêtres à travers l’étendue avec
une vitesse dix fois plus grande que celle de nos planeurs.
L’homme vit dans un état de résignation douce, triste et très passive.
L’esprit de création s’est éteint; il ne se réveille, par atavisme,
que dans quelques individus. De sélection en sélection, la race a
acquis un esprit d’obéissance automatique, et par là parfaite, aux lois
désormais immuables. La passion est rare, le crime nul. Une sorte de
religion est née, sans culte, sans rites: la crainte et le respect du
minéral. Les Derniers Hommes attribuent à la planète une volonté lente
et irrésistible. D’abord favorable aux règnes qui naissent d’elle, la
terre leur laisse prendre une grande puissance. L’heure mystérieuse où
elle les condamne est aussi celle où elle favorise des règnes nouveaux.
Actuellement, ses énergies obscures favorisent le règne
ferromagnétique. On ne peut pas dire que les ferromagnétaux
aient participé à notre destruction; tout au plus ont-ils aidé à
l’anéantissement, fatal après tout, des oiseaux sauvages. Encore que
leur apparition remonte à une époque lointaine, les nouveaux êtres ont
peu évolué. Leurs mouvements sont d’une surprenante lenteur; les plus
agiles ne peuvent parcourir un décamètre par heure; et les enceintes de
fer vierge des oasis, plaquées de bismuth, sont pour eux un obstacle
infranchissable. Il leur faudrait, pour nous nuire immédiatement, faire
un saut évolutif sans rapport avec leur développement antérieur.
On commença à percevoir l’existence du règne ferromagnétique au déclin
de l’âge radio-actif. C’étaient de bizarres taches violettes sur les
_fers humains_, c’est-à-dire sur les fers et les composés des fers
qui ont été modifiés par l’usage industriel. Le phénomène n’apparut
que sur des produits qui avaient maintes fois resservi: jamais l’on
ne découvrit de taches ferromagnétiques sur des _fers sauvages_. Le
nouveau règne n’a donc pu naître que grâce au milieu humain. Ce fait
capital a beaucoup préoccupé nos aïeux. Peut-être fûmes-nous dans une
situation analogue vis-à-vis d’une vie antérieure qui, à son déclin,
permit l’éclosion de la vie protoplasmique.
Quoi qu’il en soit, l’humanité a constaté de bonne heure l’existence
des ferromagnétaux. Lorsque les savants eurent décrit leurs
manifestations rudimentaires, on ne douta pas que ce fussent des
êtres organisés. Leur composition est singulière. Elle n’admet qu’une
seule substance: le fer. Si d’autres corps, en quantité très petite,
s’y trouvent parfois mêlés, c’est en tant qu’impuretés, nuisibles au
développement ferromagnétique; l’organisme s’en débarrasse, à moins
qu’il ne soit très affaibli ou atteint de quelque maladie mystérieuse.
La structure du fer, à l’état vivant, est fort variée: fer fibreux, fer
granulé, fer mou, fer dur, etc. L’ensemble est plastique et ne comporte
aucun liquide. Mais ce qui caractérise surtout les nouveaux organismes,
c’est une extrême complication et une instabilité continuelle de
l’état magnétique. Cette instabilité et cette complication sont telles
que les chercheurs les plus opiniâtres ont dû renoncer à y appliquer,
non pas même des lois, mais seulement des règles approximatives. C’est
vraisemblablement là qu’il faut voir la manifestation dominante de
la vie ferromagnétique. Lorsqu’une conscience supérieure se décèlera
dans le nouveau règne, je pense qu’elle reflétera surtout cet
étrange phénomène, ou, plutôt, qu’elle en sera l’épanouissement. En
attendant, si la conscience des ferromagnétaux existe, elle est encore
élémentaire. Ils sont à la période où le soin de la multiplication
domine tout. Néanmoins, ils ont déjà subi quelques transformations
importantes. Les écrivains de l’âge radio-actif nous font voir chaque
individu composé de trois groupes, avec tendance marquée, dans chaque
groupe, à la forme hélicoïde. Ils ne peuvent, à cette époque, parcourir
plus de cinq ou six centimètres par vingt-quatre heures; lorsqu’on
déforme leurs agglomérations, ils mettent plusieurs semaines à les
reformer. Actuellement, comme on l’a dit, ils arrivent à franchir
deux mètres par heure. De plus, ils comportent des agglomérations de
trois, cinq, sept et même neuf groupes, la forme des groupes revêtant
une grande variété. Un groupe, composé d’un nombre considérable de
corpuscules ferromagnétiques, ne peut subsister solitaire: il faut
qu’il soit complété par deux, par quatre, six ou huit autres groupes.
Une série de groupes comporte, évidemment, des séries énergétiques,
sans qu’on puisse dire de quelle façon. A partir de l’agglomération par
sept, le ferromagnétal dépérit si l’on supprime un des groupes.
En revanche, une série ternaire peut se reformer à l’aide d’un seul
groupe, et une série quinquennaire à l’aide de trois groupes. La
reconstitution d’une série mutilée ressemble beaucoup à la genèse
des ferromagnétaux; cette genèse garde pour l’homme un caractère
profondément énigmatique. Elle s’opère _à distance_. Lorsqu’un
ferromagnétal prend naissance, on constate invariablement la
présence de plusieurs autres ferromagnétaux. Selon les espèces, la
formation d’un individu prend de six heures à dix jours; elle semble
exclusivement due à des phénomènes d’_induction_. La reconstitution
d’un ferromagnétal lésé s’opère à l’aide de procédés analogues.
Actuellement, la présence des ferromagnétaux est à peu près
inoffensive. Il en serait sans doute différemment si l’humanité
s’étendait.
En même temps qu’ils songeaient à combattre les ferromagnétaux,
nos ancêtres cherchèrent quelque méthode pour faire tourner leur
activité à l’avantage de notre espèce. Rien ne semblait s’opposer,
par exemple, à ce que la substance des ferromagnétaux servît aux
usages industriels. S’il en était ainsi, il suffirait de protéger les
machines (ce qui paraît, jadis, avoir été réalisé sans trop de frais)
d’une manière analogue à celle dont nous préservons nos oasis...
Cette solution, en apparence élégante, a été tentée. Les annales
anciennes rapportent qu’elle échoua. Le fer transformé par la vie
nouvelle se montre réfractaire à tout usage humain. Sa structure et son
magnétisme si variés en font une substance qui ne se prête à aucune
combinaison ni à aucun travail _orienté_. Sans doute, cette structure
semble s’uniformiser et le magnétisme disparaître aux approches de
la température de fusion (et, _a fortiori_, lors de la fusion même);
mais, lorsqu’on laisse le métal se refroidir, les propriétés nuisibles
reparaissent.
En outre, l’homme ne peut séjourner longtemps dans les contrées
ferromagnétiques de quelque importance. En peu d’heures, il s’anémie.
Après un jour et une nuit, il se trouve dans un état d’extrême
faiblesse. Il ne tarde pas à s’évanouir; s’il n’est pas secouru, il
succombe.
On n’ignore pas la raison immédiate de ces faits: le voisinage des
ferromagnétaux tend à nous enlever nos globules rouges. Ces globules,
presque réduits à l’état d’hémoglobine pure, s’accumulent à la surface
de l’épiderme et sont, ensuite, attirés vers les ferromagnétaux qui les
décomposent et semblent se les assimiler.
Diverses causes peuvent contre-balancer ou retarder le phénomène. Il
suffit de marcher pour n’avoir rien à craindre; à plus forte raison
suffit-il de circuler en motrice. Si l’on se vêt d’un tissu en fibres
de bismuth, on peut braver l’influence ennemie pendant deux jours
au moins; elle s’affaiblit si l’on se couche la tête au nord; elle
s’atténue spontanément lorsque le soleil est près du méridien.
Bien entendu, lorsque le nombre des ferromagnétaux décroît, le
phénomène est de moins en moins intense; un moment vient où il
s’annule, car l’organisme humain ne se laisse pas faire sans
résistance. Enfin, l’action ferromagnétique diminue d’abord selon la
courbe des distances, et devient insensible à plus de dix mètres.
On conçoit que la disparition des ferromagnétaux parût nécessaire à
nos ancêtres. Ils entreprirent la lutte avec méthode. A l’époque où
débutèrent les grandes catastrophes, cette lutte exigea de lourds
sacrifices: une sélection s’était opérée parmi les ferromagnétaux; il
fallait user d’énergies immenses pour refréner leur pullulation.
Les remaniements planétaires qui suivirent donnèrent l’avantage
au nouveau règne; par compensation, sa présence devenait moins
inquiétante, car la quantité de métal nécessaire à l’industrie
décroissait périodiquement et les désordres sismiques faisaient
affleurer, en grandes masses, des minerais de fer natif, intangible aux
envahisseurs. Aussi, la lutte contre ceux-ci se ralentit-elle au point
de devenir négligeable. Qu’importait le péril organique au prix de
l’immense péril sidéral?...
Présentement, les ferromagnétaux ne nous inquiètent guère. Avec nos
enceintes d’hématite rouge, de limonite ou de fer spathique, revêtues
de bismuth, nous nous croyons inexpugnables. Mais si quelque révolution
improbable ramenait l’eau près de la surface, le nouveau règne
opposerait des obstacles incalculables au développement humain, du
moins à un développement de quelque envergure.
Targ jeta un long regard sur la plaine: partout il apercevait la teinte
violette et les formes sinusoïdales particulières aux agglomérats
ferromagnétiques.
--Oui, murmurait-il..., si l’Humanité reprenait quelque envergure, il
faudrait recommencer le travail des ancêtres. Il faudrait détruire
l’ennemi ou l’utiliser. Je crains que sa destruction ne soit
impossible: un nouveau règne doit porter en soi des éléments de succès
qui défient les prévisions et les énergies d’un règne vieilli. Au
rebours, pourquoi ne trouverait-on pas une méthode qui permettrait aux
deux règnes de coexister, de s’entr’aider même? Oui, pourquoi pas?...
puisque le monde ferromagnétique tire son origine de notre industrie?
N’y a-t-il pas là l’indice d’une compatibilité profonde?
Puis, portant ses yeux vers les grands pics de l’Occident:
--Hélas! mes rêves sont ridicules. Et pourtant..., pourtant! Ne
m’aident-ils pas à vivre?... Ne me donnent-ils pas un peu de ce jeune
bonheur qui a fui pour toujours l’âme des hommes?
Il se dressa, avec un petit choc au cœur: là-bas, dans l’échancrure du
Mont des Ombres, trois grands planeurs blancs venaient d’apparaître.