_On a parfois écrit que j’étais le précurseur de Wells. Quelques
critiques sont allés jusqu’à dire que Wells avait puisé une partie
de son inspiration dans tels de mes écrits comme_ les Xipehuz, la
Légende sceptique, le Cataclysme _et quelques autres qui parurent
avant les beaux récits de l’écrivain anglais. Je crois que cela n’est
pas juste, je suis même enclin à croire que Wells n’a lu aucune de
mes œuvres. Certes il ne partage pas la monstrueuse ignorance de
ses compatriotes en matière de littérature continentale[1], mais la
notoriété des_ Xipehuz, _de la_ Légende sceptique, _du_ Cataclysme,
_etc., etc., était négligeable à l’époque où il se mit à écrire. Et
quand il aurait lu mes modestes livres, je nierais tout de même qu’il
en eût subi l’influence:_ La Guerre des Mondes _et_ l’Ile du docteur
Moreau _sont des œuvres_ originales, _qu’il faut admirer sans réserve.
D’ailleurs, il y a une différence fondamentale entre Wells et moi dans
la manière de construire des êtres_ inédits. _Wells préfère des vivants
qui offrent encore une grande analogie avec ceux que nous connaissons,
tandis que j’imagine volontiers des créatures ou minérales, comme
dans les_ Xipehuz, _ou faites d’une autre matière que notre matière,
ou encore existant dans un monde régi par d’autres énergies que les
nôtres: les Ferromagnétaux, qui apparaissent épisodiquement dans_ la
Mort de la Terre, _appartiennent à l’une de ces trois catégories._
[1] Admirateur fervent de la glorieuse nation britannique et
de sa splendide littérature, je crois pouvoir écrire sans
scrupules que je considère, sauf quelques exceptions honorables
et brillantes, les critiques anglais contemporains comme les
plus étourdis, les plus frivoles, les plus snobs et les plus
incompétents qui soient.
_En somme, sauf en quelques points où se rencontrent tous les écrivains
qui s’occupent de merveilleux, Wells et moi ne nous ressemblons qu’en
apparence. Il n’était peut-être pas inutile de le dire._
J.-H. Rosny aîné.
La Mort de la Terre _est un petit roman que j’aurais pu sans peine
délayer en trois cents pages. Je ne l’ai pas fait, parce que, à mon
avis, le merveilleux scientifique est un genre de littérature qui
exige la concision: ceux qui le pratiquent sont trop souvent enclins
au bavardage. J’ai augmenté le volume à l’aide de contes. Les contes
de la première série offrent tous quelque particularité. Ceux de la
seconde série ont surtout pour but de divertir le lecteur--ce qui est,
au reste, un but fort ambitieux._