--J'ignore les projets de Jean-Paul... Ah! c'est un enfant très
aimable, très poli. Mais il a lu des livres. C'est un savant, un
poète... Mon fils m'intimide comme un étranger.
--C'est triste! murmura le professeur.
Le père de Jean-Paul eut le geste résigné des paysans pour dire: Que
veux-tu? C'est comme ça... Les jeunes et les vieux ne se comprennent
jamais...
Il se leva pesamment, et, le dos arrondi, se dirigea vers le bureau et
prit une photographie qu'il contempla silencieusement.
--Vois-tu, Jean-Paul est tout le portrait de sa mère. Je n'ai pas su le
comprendre, lui non plus...
La photographie tremblait dans ses grosses mains velues...
Il ajouta d'une voix assourdie:
--Ça n'empêche pas d'aimer...
M. Balzon, les coudes appuyés sur ses cuisses maigres, tisonnait.--Il
revoyait les deux jeunes femmes dans le parc, lisant à haute voix les
comédies de Musset et les romans de George Sand. Quand le professeur
rentrait à Paris, elles s'écrivaient chaque jour... M. Balzon se
rappela un soir où sa femme l'avait surpris lisant une lettre de
l'amie... Elle s'était indignée avec des phrases de théâtre...
--Tâche de connaître les projets de Jean-Paul, dit-il... De mon côté,
je parlerai à Marthe.
--Nous aurons des petits-enfants, Jules. Je leur donnerai leur premier
fusil.