Les vacances finissaient. Les grands vents d'équinoxe se lamentaient à
travers les pins indéfiniment et sur les vagues fauves des fougères.
Les premiers vols des ramiers précurseurs des palombes rayaient le ciel
pâle.
Sur les champs dénudés, c'était l'époque des semailles et les
tournoiements d'alouettes. Jean-Paul s'attardait dans ces brumes
reconnues: un fantôme le retenait au seuil des troubles expériences
qu'il voulait tenter...
Tu vins vers lui, petit garçon pâle qu'il avait été dans des années
déjà lointaines. Tu levas vers lui tes yeux candides qui ne reflétèrent
jamais que le ciel. Tu joignis tes mains d'écolier, tes mains brunes,
un peu tachées d'encre, et peut-être lui dis-tu ces vieux cantiques
des veilles de quinze août, chantés jadis avec Marthe, devant le
ciel nocturne, à l'époque des étoiles filantes... _Dieu de paix
et d'amour, lumière de lumière_. Ta grand'mère vivait encore dans
ce temps-là--vieille dame un peu forte et qui était une personne
pieuse--tu t'agenouillais près d'elle, petit garçon. Les perles de
jais qui ornaient son corsage te meurtrissaient le front. Un camée
d'améthyste ornait son cou et tu pensais de ce précieux et antique
bijou qu'il avait l'air d'être bon à manger... Puis tu demandais pardon
au bon Dieu de cette distraction. Tes yeux se levaient vers les mondes
multipliés. Tu songeais que le créateur de cet univers descendrait le
lendemain matin dans ton cœur d'enfant et cela te paraissait divinement
naturel. Et comme tu avais encore ta voix de soprano, petit soliste
du collège, tu chantais avec Marthe les cantiques de votre première
communion, ceux que vous ne pouviez entendre sans pleurer: _Tabernacle
redoutable_... _Le ciel a visité la terre_...
Jean-Paul veut fuir ces souvenirs redoutés et adorés. Mais ils le
surprennent à chaque heure de la journée. Les angelus ont la même
voix qu'au temps de son enfance, dans des crépuscules pareils... Les
dernières langueurs de septembre finissant éveillent chez le jeune
homme comme chez l'enfant l'angoisse de la rentrée--l'effroi au seuil
de la vie inconnue...