«Je fus tourmenté par les maîtres, par les tailleurs qui me
faisaient des habits étroits, par les femmes, par l'ambition, par
l'amour-propre, par les regrets inutiles, par les souverains et les
souvenirs.»
IV.--_Privations_.
«J'ai été privé de trois grandes jouissances de l'espèce humaine:
du vol, de la gourmandise et de l'orgueil.»
V.--_Époques mémorables_.
«À trente ans j'ai renoncé à la danse, à quarante ans à plaire au
beau sexe, à cinquante à l'opinion, à soixante à penser, et je suis
devenu un vrai sage ou égoïste, ce qui est synonyme.»
VI.--_Portrait au moral_.
«Je suis entêté comme une mule, capricieux comme une coquette, gai
comme un enfant, paresseux comme une marmotte, actif comme
Bonaparte, et le tout à volonté.»
VII.--_Résolution importante_.
«N'ayant jamais pu me rendre maître de ma physionomie, je lâchai la
bride à ma langue, et je contractai la mauvaise habitude de penser
tout haut, cela me procura quelques jouissances et beaucoup
d'ennemis.»
VIII.--_Ce que je fus et ce que j'aurais pu être_.
«J'ai été très sensible à l'amitié, à la confiance, et si je fusse
né pendant l'âge d'or, j'aurais peut-être été un bonhomme tout à
fait.»
IX.--_Principes respectables_.
«Je n'ai jamais été impliqué dans aucun mariage ni aucun commérage.
Je n'ai jamais recommandé ni cuisiniers, ni médecins; par
conséquent, je n'ai attenté à la vie de personne.»
X.--_Mes goûts_.
«J'ai aimé les petites sociétés, une promenade dans les bois.
J'avais une vénération involontaire pour le soleil, et son coucher
m'attristait souvent.
«En couleurs c'était le bleu, en manger le boeuf au raifort, en
boisson l'eau froide, en spectacles la comédie et la farce, en
hommes et en femmes les physionomies ouvertes et expressives.
«Les bossus des deux sexes avaient pour moi un charme que je n'ai
jamais pu définir.»
XI.--_Mes aversions_.
«J'avais de l'éloignement pour les sots et les faquins, pour les
femmes intrigantes qui jouent la vertu; un dégoût pour
l'affectation; de la pitié pour les hommes teints et les femmes
fardées; de l'aversion pour les rats, les liqueurs, la métaphysique
et la rhubarbe; de l'effroi pour la justice et les bêtes enragées.»
XII.--_Analyse de ma vie_.
«J'attends la mort sans crainte, comme sans impatience. Ma vie a
été un mauvais mélodrame à grand spectacle où j'ai joué les héros,
les tyrans, les amoureux, les pères nobles, mais jamais les
valets.»
XIII.--_Récompenses du ciel_.
«Mon grand bonheur est d'être indépendant des trois individus qui
régissent l'Europe. Comme je suis assez riche le dos tourné aux
affaires, et assez indifférent à la musique, je n'ai, par
conséquent, rien à démêler avec Rotschild, Metternich et Rossini.»
XIV.--_Mon épitaphe_.
Ici on a posé
Pour se reposer
Avec une âme blasée,
Un coeur épuré,
Et un corps usé,
Un vieux drôle trépassé,
Mesdames et messieurs, passez.