Examen de l'état de notre ame envers nous-mêmes.
1. Comment vous aimez-vous vous-même? Ne vous aimez-vous point
trop pour ce monde? Si cela est, vous désirerez de toujours
demeurer ici, et vous aurez un extrême soin de vous bien établir
en cette terre; mais si vous vous aimez pour le Ciel, vous
désirerez, ou du moins vous consentirez, volontiers à sortir
d'ici-bas à l'heure qu'il plaira à Notre-Seigneur.
2. Réglerez-vous bien l'amour que vous avez pour vous-même? car
il n'y a que l'amour désordonné de nous-mêmes qui nous ruine.
Or, l'amour bien ordonné veut que nous aimions plus l'ame que le
corps, que nous ayons plus de soin d'acquérir les vertus que tout
autre chose; que nous fassions plus de cas de l'honneur céleste
que de l'honneur terrestre. Le cœur bien ordonné dit plus souvent
en lui-même: que diront les anges, si je pense à telle chose? que
non pas: que diront les hommes?
3. Quel amour avez-vous pour votre propre cœur? ne vous
fâchez-vous pas de le servir en ses maladies? Hélas! vous lui
devez ce soin de le secourir, ou faire secourir quand ses passions
le tourmentent, et de laisser toutes choses pour cela.
4. Que vous estimez-vous devant Dieu? rien sans doute: or, il n'y
a pas grande humilité à une mouche de ne s'estimer rien au prix
d'une montagne, ni à une goutte d'eau de se tenir pour rien en
comparaison de la mer, ni à une étincelle de se tenir pour rien en
présence du soleil; mais l'humilité consiste et à ne point nous
préférer aux autres, et à ne vouloir pas être préféré par eux. A
quoi en êtes-vous sur cet article?
5. Quant à la langue, ne vous vantez-vous point d'une manière ou
d'une autre? ne vous flattez-vous pas en parlant de vous?
6. Quant aux œuvres, ne prenez-vous point de plaisir contraire à
votre santé, je veux dire de plaisir vain, inutile, trop de veille
sans sujet, et autres semblables?