Qu'il se faut défaire des mauvaises inclinations.
Nous avons encore, Philothée, certaines inclinations naturelles
qui, n'ayant point leur source dans nos péchés particuliers,
ne sont pas proprement péchés, ni mortels, ni véniels, mais
s'appellent seulement imperfections; et leurs actes, défauts ou
manquemens. Par exemple, sainte Paule, comme le rapporte saint
Jérôme, avoit une grande inclination à la tristesse et aux
larmes, à ce point, qu'à la mort de son mari et de ses enfans,
elle faillit mourir de chagrin. Cela étoit une imperfection, et
non un péché, puisque c'étoit contre son gré et sa volonté. Il
y a des caractères qui sont naturellement légers, d'autres qui
sont rébarbatifs, d'autres qui ne peuvent se plier à l'opinion
d'autrui; ceux-ci sont enclins à la colère, ceux-là à l'amour
des créatures; bref, il n'est guère de personnes en qui l'on ne
puisse remarquer quelque sorte d'imperfection; or, quoique ces
imperfections soient comme propres et naturelles à chacun de nous,
il n'est pas cependant impossible, avec du soin et de l'attention,
de les affoiblir et de les corriger, et même de s'en délivrer
entièrement; et je vous dis, Philothée, que c'est là ce qu'il
faut faire. On a bien trouvé le moyen de changer les amandiers
amers en amandiers doux, en les perçant simplement au pied, pour
en faire sortir le suc; pourquoi donc ne pourrions-nous pas aussi
faire sortir nos mauvaises inclinations, pour devenir meilleurs?
Il n'y a point de si bon naturel qui ne puisse devenir mauvais par
les habitudes vicieuses: et de même aussi il n'y en a point de si
méchant qui, premièrement par la grâce de Dieu, secondement par le
zèle et l'application, ne puisse être dompté et surmonté. Je m'en
vais donc maintenant vous donner les avis, et vous proposer les
remèdes au moyen desquels vous purgerez votre ame de l'attache au
péché véniel, des affections dangereuses et des imperfections, et
par là vous assurerez d'autant plus votre conscience contre tout
péché mortel. Dieu vous fasse la grâce de les bien pratiquer!