Comment il faut faire la confession générale.
Voilà donc, chère Philothée, les méditations nécessaires à la
fin que nous nous proposons. Quand vous les aurez faites, allez
avec courage et humilité faire votre confession générale; mais,
je vous en prie, ne vous laissez troubler par aucune vaine
frayeur. Le scorpion n'est dangereux que lorsqu'il nous pique:
mais étant réduit en huile, il devient un grand remède contre sa
propre piqûre: de même le péché n'est honteux que quand nous le
faisons; mais étant converti en confession et en pénitence, il est
honorable et salutaire. La contrition et la confession sont comme
des fleurs belles et suaves, qui effacent la laideur du péché
et en dissipent la mauvaise odeur. Simon le Lépreux disoit que
Magdeleine étoit une pécheresse; mais Notre-Seigneur disoit que
non, et ne parloit plus que des parfums qu'elle avoit répandus,
et de la grandeur de sa charité. Si nous sommes bien humbles,
Philothée, notre péché nous déplaira infiniment, parce que Dieu en
est offensé; mais l'accusation de notre péché nous sera douce et
agréable, parce que Dieu en est honoré; c'est au reste pour nous
une sorte d'allégement de bien dire au médecin le mal qui nous
tourmente. Quand vous serez arrivée devant votre père spirituel,
imaginez-vous être à la montagne du Calvaire, sous les pieds de
Jésus-Christ crucifié, dont le précieux sang coule de toutes parts
pour vous laver de vos iniquités; car, bien que ce ne soit pas le
propre sang du Sauveur, c'est néanmoins le mérite de son sang
répandu qui arrose abondamment les pénitens dans le confessionnal.
Ouvrez donc bien votre cœur pour en faire sortir les péchés par la
confession; car à mesure qu'ils en sortiront, le précieux mérite
de la passion divine y entrera pour le remplir de bénédictions.
Je vous recommande surtout de bien dire toutes vos fautes,
simplement et naïvement. Contentez bien en cela votre conscience
une bonne fois dans votre vie. Cela fait, écoutez les avis et
la pénitence que vous donnera le serviteur de Dieu, et dites en
votre cœur: Parlez, Seigneur, car votre servante écoute. Oui,
c'est Dieu, Philothée, que vous écoutez, puisqu'il a dit à ses
ministres: Celui qui vous écoute, m'écoute. Prenez ensuite en main
la protestation suivante, que vous devez auparavant avoir lue
et méditée, et qui terminera tout ce qui regarde la pénitence.
Lisez-la attentivement, et en tâchant d'exciter dans votre ame le
plus de componction qu'il vous sera possible.