Mais, les jours suivants, Albine et Serge restèrent embarrassés l'un
devant l'autre. Ils évitèrent de faire aucune allusion à leur
promenade sous les arbres. Ils n'avaient pas échangé un baiser, ils
ne s'étaient pas dit qu'ils s'aimaient. Ce n'était point une honte
qui les empêchait de parler, mais une crainte, une peur de gâter
leur joie. Et, lorsqu'ils n'étaient plus ensemble, ils ne vivaient
que du bon souvenir; ils s'y enfonçaient, ils revivaient les heures
qu'ils avaient passées, les bras à la taille, à se caresser le
visage de leur haleine. Cela avait fini par leur donner une grosse
fièvre. Ils se regardaient, les yeux meurtris, très tristes, causant
de choses qui ne les intéressaient pas. Puis, après de longs
silences, Serge demandait à Albine d'une voix inquiète:
- Tu es souffrante?
Mais elle hochait la tête; elle répondait:
- Non, non. C'est toi qui ne te portes pas bien. Tes mains brûlent.
Le parc leur causait une sourde inquiétude qu'ils ne s'expliquaient
pas. Il y avait un danger au détour de quelque sentier, qui les
guettait, qui les prendrait à la nuque pour les renverser par terre
et leur faire du mal. Jamais ils n'ouvraient la bouche de ces
choses; mais, à certains regards poltrons, ils se confessaient cette
angoisse, qui les rendait singuliers, comme ennemis. Cependant, un
matin, Albine hasarda, après une longue hésitation:
- Tu as tort de rester toujours enfermé. Tu retomberas malade.
Serge eut un rire gêné.
- Bah! murmura-t-il, nous sommes allés partout, nous connaissons
tout le jardin.