MATTEO, _à Odoard_.--Veuillez attendre ici la décision du conseil,
monsieur le comte. _(Matteo s'éloigne.)_
ODOARD, _sur le devant de la scène_.--Allons, encore cette dernière
épreuve!... j'ai un supplice de moins que les accusés ordinaires...
l'incertitude!... ah!... la marquise!... la marquise!... _(Après un
instant de silence.)_ Qu'a-t-elle fait après tout?... Ce qu'auraient
fait toutes les femmes à sa place!... Il n'y a qu'une créature
surhumaine, un ange... _(Nouveau silence.)_ Eh bien! je suis sûr que sa
jeune cousine Francesca l'aurait fait... Quelle chaleur de coeur!.... Je
ne la connaissais pas!... Quel intérêt pour moi, qui ne suis rien pour
elle!... Elle me pleurera... _(Souriant.)_ Et même, c'est assez
étrange... je mourrai pour une femme, et je serai pleuré par une
autre... _(Le marquis et Milieu descendent la scène.)_ Ah! voici le
marquis et le secrétaire du conseil... On a beau dire... le coeur bat
plus vite... n'importe, il n'en paraîtra rien.
Scène III.
ODOARD, LE MARQUIS. MATTEO, deux greffiers.
LE MARQUIS, _d'une voix sévère, à Matteo._--Lisez à M. le comte le
jugement du conseil.
MATTEO, _lisant_.--«Le conseil de guerre assemblé pour juger le complot
de l'abbaye de San-Severino, et appelé à statuer sur le sort du
capitaine comte Odoard, après les informations, interrogatoires et
audition des témoins... déclare que le comte...»
ODOARD, _l'interrompant_.--Est condamné à mort... Ne prenez pas le soin
d'achever...