Le murmure magique du printemps, entrebaillant une porte secrète,
découvre la Princesse de beauté qui fit en moi sa demeure. Toujours elle
fut là, blottie au fond d’un berceau d’illusions, et le rythme de mon
cœur l’endormait. Aujourd’hui ses voiles se sont soulevés, les parfums
errants des jardins enchantés l’ont frôlée et l’ont réveillée. Elle
contemple avec surprise, reflétée dans un miroir poli, la marque
nuptiale peinte sur son front en des temps oubliés.
J’entends les échos d’une ballade dont je ne sais si elle dit faux ou
vrai, mais dont je sais qu’elle est étrange; mes pensées se sont enfuies
vers le pays des choses qui n’arrivent pas mais qui sont; dans l’île
aromatique qui repose au-delà des océans, des femmes tordent au soleil
leurs cheveux humides, ou s’étendent sous les branches remuées des bois
de santal... Et je courtise celles que je n’ai jamais vues et que jamais
je ne connaîtrai.