XXVIII

Le murmure magique du printemps, entrebaillant une porte secrète,

découvre la Princesse de beauté qui fit en moi sa demeure. Toujours elle

fut là, blottie au fond d’un berceau d’illusions, et le rythme de mon

cœur l’endormait. Aujourd’hui ses voiles se sont soulevés, les parfums

errants des jardins enchantés l’ont frôlée et l’ont réveillée. Elle

contemple avec surprise, reflétée dans un miroir poli, la marque

nuptiale peinte sur son front en des temps oubliés.

J’entends les échos d’une ballade dont je ne sais si elle dit faux ou

vrai, mais dont je sais qu’elle est étrange; mes pensées se sont enfuies

vers le pays des choses qui n’arrivent pas mais qui sont; dans l’île

aromatique qui repose au-delà des océans, des femmes tordent au soleil

leurs cheveux humides, ou s’étendent sous les branches remuées des bois

de santal... Et je courtise celles que je n’ai jamais vues et que jamais

je ne connaîtrai.

La fugitive · 第 31 / 98 题