IX

Il me souvient du jour.

La lourde pluie fait trêve un instant, puis tombe à nouveau, serrée et

capricieuse et comme violentée par de brusques haleines.

J’ai pris ma harpe. Sans hâte, j’en frôle les cordes jusqu’à ce que la

musique inconsciente ait épousé de cette tempête les cadences folles.

Elle a quitté son ouvrage; elle s’est arrêtée à ma porte; elle repart

d’un pas mal assuré. Elle est revenue, et contre le mur appuyée elle

attend; enfin, lentement elle est entrée et s’est assise.

Tête basse elle coud sans parler; mais bientôt elle laisse là son

aiguille et regarde par la fenêtre, à travers la ligne brouillée des

arbres.

Cela seulement: une heure de crépuscule pluvieux; de l’ombre; un

chant... Du silence.

X

Mes chants sont des abeilles qui suivent ton sillage embaumé; autour de

tes grâces craintives elles bourdonnent et sont avides d’un butin

secret.

Quand la fleur du matin s’incline accablée, quand les torpeurs de midi

descendent sur la forêt muette, mes chants reviennent avec des ailes

plus languides--des ailes poudrées d’or!

La fugitive · 第 13 / 98 题