Il me souvient du jour.
La lourde pluie fait trêve un instant, puis tombe à nouveau, serrée et
capricieuse et comme violentée par de brusques haleines.
J’ai pris ma harpe. Sans hâte, j’en frôle les cordes jusqu’à ce que la
musique inconsciente ait épousé de cette tempête les cadences folles.
Elle a quitté son ouvrage; elle s’est arrêtée à ma porte; elle repart
d’un pas mal assuré. Elle est revenue, et contre le mur appuyée elle
attend; enfin, lentement elle est entrée et s’est assise.
Tête basse elle coud sans parler; mais bientôt elle laisse là son
aiguille et regarde par la fenêtre, à travers la ligne brouillée des
arbres.
Cela seulement: une heure de crépuscule pluvieux; de l’ombre; un
chant... Du silence.
X
Mes chants sont des abeilles qui suivent ton sillage embaumé; autour de
tes grâces craintives elles bourdonnent et sont avides d’un butin
secret.
Quand la fleur du matin s’incline accablée, quand les torpeurs de midi
descendent sur la forêt muette, mes chants reviennent avec des ailes
plus languides--des ailes poudrées d’or!