Quand tu me dis ce seul mot, ce mot magique: «Viens», si tu pouvais
comprendre de quel élan tout mon être te répond! Hier soir, lorsque tu
te tenais debout sur le perron à regarder dans la nuit, je ne bougeais
pas pour ne pas te troubler; mais je désirais, oh! je désirais ardemment
être à ton côté. Tout à coup tu t'es retourné et tu m'as murmuré très
bas: «Viens!» O charme incomparable de cet appel--tout amour, tout désir
est enfermé en lui: «Viens!» aussi longtemps que tes lèvres et ton coeur
le prononceront, mon âme sera rassasiée. Tout de suite j'ai été près de
toi, et tu m'as serrée d'une étreinte presque douloureuse, et d'un geste
si doux tu m'as passé ta main libre sur le visage; puis, nous avons
parlé de la sublime beauté de l'heure et de cette nuit toute pleine de
parfums et de frémissements; nous avons descendu les marches, et nos pas
ont fait crier le gravier:--j'aime tant le bruit des pas dans la
nuit!--Alors tu m'as dit des paroles d'amant. Je les ai bus comme les
fleurs boivent la rosée, ces mots fous et charmants que je me répète
quand tu n'es plus là: «Ma reine... ma fleur de verveine... maîtresse de
ma vie...» Une sorte d'inquiétude semblait t'agiter. Tu me faisais te
répéter les assurances de ma tendresse, et tu me baisais les yeux et les
lèvres... puis la nuit est devenue très noire; une crainte, une peur
folle de te perdre m'a envahie--j'ai pleuré, et tu n'as pas compris
pourquoi.