XVIII

Quand tu me dis ce seul mot, ce mot magique: «Viens», si tu pouvais

comprendre de quel élan tout mon être te répond! Hier soir, lorsque tu

te tenais debout sur le perron à regarder dans la nuit, je ne bougeais

pas pour ne pas te troubler; mais je désirais, oh! je désirais ardemment

être à ton côté. Tout à coup tu t'es retourné et tu m'as murmuré très

bas: «Viens!» O charme incomparable de cet appel--tout amour, tout désir

est enfermé en lui: «Viens!» aussi longtemps que tes lèvres et ton coeur

le prononceront, mon âme sera rassasiée. Tout de suite j'ai été près de

toi, et tu m'as serrée d'une étreinte presque douloureuse, et d'un geste

si doux tu m'as passé ta main libre sur le visage; puis, nous avons

parlé de la sublime beauté de l'heure et de cette nuit toute pleine de

parfums et de frémissements; nous avons descendu les marches, et nos pas

ont fait crier le gravier:--j'aime tant le bruit des pas dans la

nuit!--Alors tu m'as dit des paroles d'amant. Je les ai bus comme les

fleurs boivent la rosée, ces mots fous et charmants que je me répète

quand tu n'es plus là: «Ma reine... ma fleur de verveine... maîtresse de

ma vie...» Une sorte d'inquiétude semblait t'agiter. Tu me faisais te

répéter les assurances de ma tendresse, et tu me baisais les yeux et les

lèvres... puis la nuit est devenue très noire; une crainte, une peur

folle de te perdre m'a envahie--j'ai pleuré, et tu n'as pas compris

pourquoi.

Lettres d'une amoureuse · 第 20 / 86 题