MICHELANGELO BUONARROTI.

I

... J'entends le bruit de tes pas... et cependant je voudrais que tu

n'entres jamais: t'attendre est une volupté si enivrante! Il me semble

alors me sentir soulevée de terre par une force invisible; mon âme

s'élance hors de moi et va à ta rencontre... Puis, comme un événement

inattendu qui me fait tressaillir, la porte s'ouvre, tu parais, je te

vois, tu t'approches et tes lèvres froides d'émotion s'appuient sur les

miennes... O mon amour, on me dit que tu ne m'aimeras pas longtemps, et

je le sais: je le sais; j'ai passé mon midi, et, toi, tu te lèves dans

la vie, rayonnant comme la jeunesse... Mais tu m'auras aimée... J'aurai

été serrée dans tes bras, et tes mains, tes belles mains, si fortes et

si douces, se seront attachées éperdument aux miennes... J'écris ces

lettres pour que tu les lises lorsque tu ne m'aimeras plus: peut-être

feront-elles courir en toi un léger frémissement de volupté; peut-être

ton visage se revêtira-t-il de cette tristesse qui précède le désir...

Tu te souviendras... Lorsque je ne serai plus qu'une pauvre cendre

dispersée, je veux que tu te souviennes! Cela et rien de plus! que tu

revoies les lieux où nous nous sommes aimés, que tu sentes encore

l'odeur de la terre matinale qui montait vers nous des jardins, quand,

serrés l'un contre l'autre, nous allions saluer le jour nouveau.

Lettres d'une amoureuse · 第 5 / 86 题