16 avril 1908.

Avant l’aube, nos charrettes sont parties et doivent nous attendre à

Kompong-Chen avec le gros des bagages et ce qu’il nous reste d’essence.

Pourvu, mon Dieu!... que la provision de combustible soit bien arrivée

chez M. Chambert, où nous comptons la retrouver!

A une heure, le délégué du Commissaire royal cambodgien et le

télégraphiste arrivent affolés... et nous comprenons pourquoi le

télégraphe ne fonctionne plus!... C’est tout simplement parce que la

région est infestée de pirates. Une lettre que M. Amand envoie par un

porteur vient confirmer cette bonne nouvelle.

Des pirates!... O Fenimore Cooper, ô Gustave Aimard, ô Louis Boussenard!

C’est plus que nous n’osions espérer... et rien n’aura manqué à notre

joie; car nous comptons bien les rencontrer en route et couronner le

voyage par cet épisode imprévu et divertissant.

Mais en attendant, il faut agir... Il faut faire quelque chose; et la

seule chose que nous puissions faire, c’est d’avertir M. Comaille, seul

Européen de la région, afin qu’il puisse se mettre sur ses gardes et

prendre les dispositions nécessaires.

Nous lui envoyons donc une lettre et, dès quatre heures, la réponse nous

arrive. M. Comaille se trouvant dans l’impossibilité de venir à cheval

me prie d’aller le chercher à Ang-Kor demain matin avec l’auto et de le

ramener à Siem-Reap pour prendre le commandement des forces... qui se

composent de dix indigènes.

Impossible donc de partir aujourd’hui... mais nous nous en consolons

bien vite: car non seulement notre vaillante voiture aura accompli un

raid réputé irréalisable, ce qui déjà vaut bien quelque admiration, mais

encore elle aura bien mérité de la Patrie!

Rien ne manque à sa gloire.

[Illustration]

[Illustration: COUR INTÉRIEURE A ANG-KOR-THOM]

[Illustration: HALTE-REPAS]

La Ville au Bois dormant · 第 75 / 102 题