Avant l’aube, nos charrettes sont parties et doivent nous attendre à
Kompong-Chen avec le gros des bagages et ce qu’il nous reste d’essence.
Pourvu, mon Dieu!... que la provision de combustible soit bien arrivée
chez M. Chambert, où nous comptons la retrouver!
A une heure, le délégué du Commissaire royal cambodgien et le
télégraphiste arrivent affolés... et nous comprenons pourquoi le
télégraphe ne fonctionne plus!... C’est tout simplement parce que la
région est infestée de pirates. Une lettre que M. Amand envoie par un
porteur vient confirmer cette bonne nouvelle.
Des pirates!... O Fenimore Cooper, ô Gustave Aimard, ô Louis Boussenard!
C’est plus que nous n’osions espérer... et rien n’aura manqué à notre
joie; car nous comptons bien les rencontrer en route et couronner le
voyage par cet épisode imprévu et divertissant.
Mais en attendant, il faut agir... Il faut faire quelque chose; et la
seule chose que nous puissions faire, c’est d’avertir M. Comaille, seul
Européen de la région, afin qu’il puisse se mettre sur ses gardes et
prendre les dispositions nécessaires.
Nous lui envoyons donc une lettre et, dès quatre heures, la réponse nous
arrive. M. Comaille se trouvant dans l’impossibilité de venir à cheval
me prie d’aller le chercher à Ang-Kor demain matin avec l’auto et de le
ramener à Siem-Reap pour prendre le commandement des forces... qui se
composent de dix indigènes.
Impossible donc de partir aujourd’hui... mais nous nous en consolons
bien vite: car non seulement notre vaillante voiture aura accompli un
raid réputé irréalisable, ce qui déjà vaut bien quelque admiration, mais
encore elle aura bien mérité de la Patrie!
Rien ne manque à sa gloire.
[Illustration]
[Illustration: COUR INTÉRIEURE A ANG-KOR-THOM]
[Illustration: HALTE-REPAS]