CHANT DE LA COTE-SAINT-ANDRÉ

(Dauphiné) avec la mauvaise prosodie latine adoptée en France.

_Poco adagio_

bis. Stella ma-tu-ti-

na, o-ra-pro no-bis.]

Ce qui est incontestablement plus commun en Italie que partout

ailleurs, ce sont les belles voix; les voix non-seulement sonores et

mordantes, mais souples et agiles, qui, en facilitant la vocalisation,

ont dû, aidées de cet amour naturel du public pour le clinquant dont

j'ai déjà parlé, faire naître et cette manie de _fioritures_ qui

dénature les plus belles mélodies, et les formules de chant commodes qui

font que toutes les phrases italiennes se ressemblent, et ces cadences

finales sur lesquelles le chanteur peut broder à son aise, mais qui

torturent bien des gens par leur insipide et opiniâtre uniformité, et

cette tendance incessante au genre bouffe, qui se fait sentir dans les

scènes mêmes les plus pathétiques; et tous ces abus enfin, qui ont rendu

la mélodie, l'harmonie, le mouvement, le rhythme, l'instrumentation, les

modulations, le drame, la mise en scène, la poésie, le poëte et le

compositeur, esclaves humiliés des chanteurs.

Et ce fut le 12 mai 1832 qu'en descendant le mont Cenis, je revis, parée

de ses plus beaux atours de printemps, cette délicieuse vallée de

Grésivaudan où serpente l'Isère, où j'ai passé les plus belles heures de

mon enfance, où les premiers rêves passionnés sont venus m'agiter. Voilà

le vieux rocher de Saint-Eynard... Voilà le gracieux réduit où brilla la

_Stella montis_... là-bas, dans cette vapeur bleue, me sourit la maison

de mon grand-père. Toutes ces villas, cette riche verdure,... c'est

ravissant, c'est beau, il n'y a rien de pareil en Italie!... Mais mon

élan de joie naïve fut brisé soudain par une douleur aiguë que je

ressentis au coeur... Il m'avait semblé entendre gronder Paris dans le

lointain.

Mémoires de Hector Berlioz comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, en Russie et en Angleterre, 1803-1865 · 第 68 / 159 题