Mes soirées à l'Opéra.--Mon prosélytisme.--Scandales.--Scène
d'enthousiasme. Sensibilité d'un mathématicien.
La plupart des représentations de l'Opéra étaient des solennités
auxquelles je me préparais par la lecture et la méditation des ouvrages
qu'on y devait exécuter. Le fanatisme d'admiration que nous professions,
quelques habitués du parterre et moi, pour nos auteurs favoris, n'était
comparable qu'à notre haine profonde pour les autres. Le Jupiter de
notre Olympe était Gluck, et le culte que nous lui rendions ne se peut
comparer à rien de ce que le dilettantisme le plus effréné pourrait
imaginer aujourd'hui. Mais si quelques-uns de mes amis étaient de
fidèles sectateurs de cette religion musicale, je puis dire sans vanité
que j'en étais le pontife. Quand je voyais faiblir leur ferveur, je la
ranimais par des prédications dignes des Saint-Simoniens; je les amenais
à l'Opéra bon gré, mal gré, souvent en leur donnant des billets achetés
de mon argent, au bureau, et que je prétendais avoir reçus d'un employé
de l'administration. Dès que, grâce à cette ruse, j'avais entraîné mes
hommes à la représentation du chef-d'oeuvre de Gluck, je les plaçais sur
une banquette du parterre, en leur recommandant bien de n'en pas
changer, vu que toutes les places n'étaient pas également bonnes pour
l'audition, et qu'il n'y en avait pas une dont je n'eusse étudié les
défauts ou les avantages. Ici on était trop près des cors, là on ne les
entendait pas; à droite le son des trombones dominait trop; à gauche,
répercuté par les loges du rez-de-chaussée, il produisait un effet
désagréable; en bas, on était trop près de l'orchestre, il écrasait les
voix; en haut, l'éloignement de la scène empêchait de distinguer les
paroles, ou l'expression de la physionomie des acteurs;
l'instrumentation de cet ouvrage devait être entendue de tel endroit,
les choeurs de celui-ci de tel autre; à tel acte, la décoration
représentant un bois sacré, la scène était très-vaste et le son se
perdait dans le théâtre de toutes parts, il fallait donc se rapprocher;
un autre, au contraire, se passait dans l'intérieur d'un palais, le
décor était ce que les machinistes appellent un _salon fermé_, la
puissance des voix étant doublée par cette circonstance si indifférente
en apparence, on devait remonter un peu dans le parterre, afin que les
sons de l'orchestre et ceux des voix, entendus de moins près, paraissent
plus intimement unis et fondus dans un ensemble plus harmonieux.
Une fois ces instructions données, je demandais à mes néophytes s'ils
connaissaient bien la pièce qu'ils allaient entendre. S'ils n'en avaient
pas lu les paroles, je tirais un livret de ma poche, et, profitant du
temps qui nous restait avant le lever de la toile, je le leur faisais
lire, en ajoutant aux principaux passages toutes les observations que je
croyais propres à leur faciliter l'intelligence de la pensée du
compositeur; car nous venions toujours de fort bonne heure pour avoir le
choix des places, ne pas nous exposer à manquer les premières notes de
l'ouverture, et goûter ce charme singulier de l'attente avant une grande
jouissance qu'on est assuré d'obtenir. En outre, nous trouvions beaucoup
de plaisir à voir l'orchestre, vide d'abord et ne représentant qu'un
piano sans cordes, se garnir peu à peu de musique et de musiciens. Le
garçon d'orchestre y entra le premier pour placer les parties sur les
pupitres. Ce moment-là n'était pas pour nous sans mélange de craintes;
depuis notre arrivée, quelque accident pouvait être survenu; on avait
peut-être changé le spectacle et substitué à l'oeuvre monumentale de
Gluck quelque _Rossignol_, quelques _Prétendus_, une _Caravane du
Caire_, un _Panurge_, un _Devin du village_, une _Lasthénie_, toutes
productions plus ou moins pâles et maigres, plus ou moins plates et
fausses, pour lesquelles nous professions un égal et souverain mépris.
Le nom de la pièce inscrit en grosses lettres sur les parties de
contre-basse qui, par leur position, se trouvent les plus rapprochées du
parterre, nous tirait d'inquiétude ou justifiait nos appréhensions. Dans
ce dernier cas, nous nous précipitions hors de la salle, en jurant comme
des soldats en maraude qui ne trouveraient que de l'eau dans ce qu'ils
ont pris pour des barriques d'eau-de-vie, et en confondant dans nos
malédictions l'auteur de la pièce substituée, le directeur qui
l'infligeait au public, et le gouvernement qui la laissait représenter.
Pauvre Rousseau, qui attachait autant d'importance à sa partition du
_Devin du village_, qu'aux chefs-d'oeuvre d'éloquence qui ont immortalisé
son nom, lui qui croyait fermement avoir écrasé Rameau tout entier,
voire le trio des _Parques_[13], avec les petites chansons, les petits
flons-flons, les petits rondeaux, les petits solos, les petites
bergeries, les petites drôleries de toute espèce dont se compose son
petit intermède; lui qu'on a tant tourmenté, lui que la secte des
Holbachiens a tant envié pour son oeuvre musicale, lui qu'on a accusé de
n'en être pas l'auteur; lui qui a été chanté par toute la France, depuis
Jéliotte et mademoiselle Fel[14] jusqu'au roi Louis XV, qui ne pouvait
se lasser de répéter: «_J'ai perdu mon serviteur_,» avec la voix la plus
fausse de son royaume, lui enfin dont l'oeuvre favorite obtint à son
apparition tous les genres de succès; pauvre Rousseau! qu'eût-il dit de
nos blasphèmes, s'il eût pu les entendre? Et pouvait-il prévoir que son
cher opéra, qui excita tant d'applaudissements, tomberait un jour pour
ne plus se relever, sous le coup d'une énorme perruque poudrée à blanc,
jetée aux pieds de Colette par un insolent railleur? J'assistais, par
extraordinaire, à cette dernière[15] représentation du _Devin_; beaucoup
de gens, en conséquence, m'ont attribué la _mise en scène_ de la
perruque; mais je proteste de mon innocence. Je crois même avoir été
autant indigné que diverti par cette grotesque irrévérence, de sorte que
je ne puis savoir au juste si j'en eusse été capable. Mais
s'imaginerait-on que Gluck, oui, Gluck lui-même, à propos de ce triste
_Devin_, il y a quelque cinquante ans, a poussé l'ironie plus loin
encore, et qu'il a osé écrire et imprimer dans une épître la plus
sérieuse du monde, adressée à la reine Marie-Antoinette, que la _France,
peu favorisée sous le rapport musical, comptait pourtant quelques
ouvrages remarquables, parmi lesquels il fallait citer le Devin du
village de M. Rousseau?_ Qui jamais se fût avisé de penser que Gluck pût
être aussi plaisant? Ce trait seul d'un Allemand suffit pour enlever aux
Italiens la palme de la perfidie facétieuse.
Je reprends le fil de mon histoire. Quand le titre inscrit sur les
parties d'orchestre nous annonçait que rien n'avait été changé dans le
spectacle, je continuais ma prédication, chantant les passages
saillants, expliquant les procédés d'instrumentation d'où résultaient
les principaux effets, et obtenant d'avance, sur ma parole,
l'enthousiasme des membres de notre petit club. Cette agitation étonnait
beaucoup nos voisins du parterre, bons provinciaux pour la plupart, qui,
en m'entendant pérorer sur les merveilles de la partition qu'on allait
exécuter, s'attendaient à perdre la tête d'émotion, et y éprouvaient en
somme plus d'ennui que de plaisir. Je ne manquais pas ensuite de
désigner par son nom chaque musicien à son entrée dans l'orchestre; en y
ajoutant quelques commentaires sur ses habitudes et son talent.
«Voilà Baillot! il ne fait pas comme d'autres violons solos, celui-là,
il ne se réserve pas exclusivement pour les ballets; il ne se trouve
point déshonoré d'accompagner un opéra de Gluck. Vous entendrez tout à
l'heure un chant qu'il exécute sur la quatrième corde; on le distingue
au-dessus de tout l'orchestre.»
--«Oh! ce gros rouge, là-bas! c'est la première contre-basse, c'est le
père Chénié; un vigoureux gaillard malgré son âge; il vaut à lui tout
seul quatre contre-basses ordinaires; on peut être sûr que sa partie
sera exécutée telle que l'auteur l'a écrite: il n'est pas de l'école des
simplificateurs.
«Le chef d'orchestre devrait faire un peu attention à M. Guillou, la
première flûte qui entre en ce moment: il prend avec Gluck de
singulières libertés. Dans la marche religieuse d'_Alceste_, par
exemple, l'auteur a écrit des flûtes dans le bas, uniquement pour
obtenir l'effet particulier aux sons graves de cet instrument; M.
Guillou ne s'accommode pas d'une disposition pareille de sa partie; il
faut qu'il domine; il faut qu'on l'entende, et pour cela il transpose ce
chant de la flûte à l'octave supérieure, détruisant ainsi le résultat
que l'auteur s'était promis, et faisant d'une idée ingénieuse, une chose
puérile et vulgaire.»
Les trois coups annonçant qu'on allait commencer, venaient nous
surprendre au milieu de cet examen sévère des notabilités de
l'orchestre. Nous nous taisions aussitôt en attendant avec un sourd
battement de coeur le signal du bâton de mesure de Kreutzer ou de
Valentino. L'ouverture commencée, il ne fallait pas qu'un de nos voisins
s'avisât de parler, de fredonner ou de battre la mesure; nous avions
adopté pour notre usage, en pareil cas, ce mot si connu d'un amateur:
«Le ciel confonde ces musiciens, qui me privent du plaisir d'entendre
monsieur!»
Connaissant à fond la partition qu'on exécutait, il n'était pas prudent
non plus d'y rien changer; je me serais fait tuer plutôt que de laisser
passer sans réclamation la moindre familiarité de cette nature prise
avec les grands maîtres. Je n'allais pas attendre pour protester
froidement par écrit contre ce crime de lèse-génie; oh! non, c'est en
face du public, à haute et intelligible voix, que j'apostrophais les
délinquants. Et je puis assurer qu'il n'y a pas de critique qui porte
coup comme celle-là. Ainsi, un jour, il s'agissait d'_Iphigénie en
Tauride_, j'avais remarqué à la représentation précédente qu'on avait
ajouté des cymbales au premier air de danse des Scythes en _si mineur_,
où Gluck n'a employé que les instruments à cordes, et que dans le grand
récitatif d'Oreste, au troisième acte, les parties de trombones, si
admirablement motivées par la scène et écrites dans la partition,
n'avaient pas été exécutées. J'avais résolu, si les mêmes fautes se
reproduisaient, de les signaler. Lors donc que le ballet des Scythes fut
commencé, j'attendis mes cymbales au passage, elles se firent entendre
comme la première fois dans l'air que j'ai indiqué. Bouillant de colère,
je me contins cependant jusqu'à la fin du morceau, et profitant aussitôt
du court moment de silence qui le sépare du morceau suivant, je m'écriai
de toute la force de ma voix:
«Il n'y a pas de cymbales là-dedans; qui donc se permet de corriger
Gluck[16]?»
On juge de la rumeur! Le public qui ne voit pas très-clair dans toutes
ces questions d'art, et à qui il était fort indifférent qu'on changeât
ou non l'instrumentation de l'auteur, ne concevait rien à la fureur de
ce jeune fou du parterre. Mais ce fut bien pis quand, au troisième acte,
la suppression des trombones du monologue d'Oreste, ayant eu lieu comme
je le craignais, la même voix fit entendre ces mots: «Les trombones ne
sont pas partis! C'est insupportable!»
L'étonnement de l'orchestre et de la salle ne peut se comparer qu'à la
colère (bien naturelle, je l'avoue) de Valentino qui dirigeait ce
soir-là. J'ai su ensuite que ces malheureux trombones n'avaient fait que
se soumettre à un ordre formel[17] de ne pas jouer dans cet endroit; car
les parties copiées étaient parfaitement conformes à la partition.
Pour les cymbales que Gluck a placées avec tant de bonheur dans le
premier _choeur_ des Scythes, je ne sais qui s'était avisé de les
introduire également dans l'air de danse, dénaturant ainsi la couleur et
troublant le silence sinistre de cet étrange ballet. Mais je sais bien
qu'aux représentations suivantes, tout rentra dans l'ordre, les cymbales
se turent, les trombones jouèrent, et je me contentai de grommeler entre
mes dents: «Ah! c'est bien heureux!»
Peu de temps après, de Pons, qui était au moins aussi enragé que moi,
ayant trouvé inconvenant qu'on nous donnât, au premier acte d'_OEdipe à
Colonne_, d'autres airs de danse que ceux de Sacchini, vint me proposer
de faire justice des interminables solos de cor et de violoncelle qu'on
leur avait substitués. Pouvais-je ne pas seconder une aussi louable
intention? Le moyen employé pour _Iphigénie_ nous réussit également bien
pour _OEdipe_; et, après quelques mots lancés un soir du parterre par
nous deux seuls, les nouveaux airs de danse disparurent pour jamais.
Une seule fois nous parvînmes à entraîner le public. On avait annoncé
sur l'affiche que le solo de violon du ballet de _Nina_ serait exécuté
par Baillot, une indisposition du virtuose, ou quelque autre raison,
s'étant opposée à ce qu'il pût se faire entendre, l'administration crut
suffisant d'en instruire le public par une imperceptible bande de papier
collée sur l'affiche de la porte de l'Opéra, que personne ne regarde.
L'immense majorité des spectateurs s'attendait donc à entendre le
célèbre violon.
Pourtant au moment où Nina, dans les bras de son père et de son amant,
revient à la raison, la pantomime si touchante de mademoiselle Bigottini
ne put nous émouvoir au point de nous faire oublier Baillot. La pièce
touchait à sa fin. «Eh bien! eh bien! et le solo de violon, dis-je assez
haut pour être entendu?--C'est vrai, reprit un homme du public, il
semble qu'on veuille le passer.--Baillot! Baillot! le solo de violon!»
En ce moment le parterre prend feu, et, ce qui ne s'était jamais vu à
l'Opéra, la salle entière réclame à grands cris l'accomplissement des
promesses de l'affiche. La toile tombe au milieu de ce brouhaha. Le
bruit redouble. Les musiciens, voyant la fureur du parterre,
s'empressent de quitter la place. De rage alors chacun saute dans
l'orchestre, on lance à droite et à gauche les chaises des concertants;
on renverse les pupitres; on crève la peau des timbales; j'avais beau
crier: «Messieurs, messieurs, que faites-vous donc! briser les
instruments!... Quelle barbarie! Vous ne voyez donc pas que c'est la
contre-basse du père Chénié, un instrument admirable, qui a un son
d'enfer!» On ne m'écoutait plus et les mutins ne se retirèrent qu'après
avoir culbuté tout l'orchestre et cassé je ne sais combien de banquettes
et d'instruments.
C'était là le mauvais côté de la critique en action que nous exercions
si despotiquement à l'Opéra; le beau, c'était notre enthousiasme quand
tout allait bien.
Il fallait voir alors, avec quelle frénésie nous applaudissions des
passages auxquels personne dans la salle ne faisait attention, tels
qu'une belle basse, une heureuse modulation, un accent vrai dans un
récitatif, une note expressive de hautbois, etc., etc. Le public nous
prenait pour des claqueurs aspirant au surnumérariat; tandis que le chef
de claque qui savait bien le contraire, et dont nos applaudissements
intempestifs dérangeaient les savantes combinaisons, nous lançait de
temps en temps un coup d'oeil digne de Neptune prononçant le _quos ego_.
Puis dans les beaux moments de madame Branchu, c'étaient des
exclamations, des trépignements qu'on ne connaît plus aujourd'hui, même
au Conservatoire, le seul lieu de France où le véritable enthousiasme
musical se manifeste encore quelquefois.
La plus curieuse scène de ce genre, dont j'aie conservé le souvenir, est
la suivante. On donnait _OEdipe_. Quoique placé fort loin de Gluck dans
notre estime, Sacchini ne laissait pas que d'avoir en nous de sincères
admirateurs. J'avais entraîné ce soir-là à l'Opéra un de mes amis[18],
étudiant parfaitement étranger à tout autre art que celui du
carambolage, et dont cependant je voulais à toute force faire un
prosélyte musical. Les douleurs d'Antigone et de son père ne pouvaient
l'émouvoir que fort médiocrement. Aussi après le premier acte,
désespérant d'en rien faire, l'avais-je laissé derrière moi, en
m'avançant d'une banquette pour n'être pas troublé par son sang-froid.
Comme pour faire ressortir encore son impassibilité, le hasard avait
placé à sa droite un spectateur aussi impressionnable qu'il l'était peu.
Je m'en aperçus bientôt. Dérivis venait d'avoir un fort beau mouvement
dans son fameux récitatif.
Mon fils! tu ne l'es plus!
Va! ma haine est trop forte!
Tout absorbé que je fusse par cette scène si belle de naturel et de
sentiment de l'antique, il me fut impossible de ne pas entendre le
dialogue établi derrière moi, entre mon jeune homme épluchant une orange
et l'inconnu, son voisin, en proie à la plus vive émotion:
--Mon Dieu! monsieur, calmez-vous.
--Non! c'est irrésistible! c'est accablant! cela tue!
--Mais, monsieur, vous avez tort de vous _affecter_ de la sorte. Vous
vous rendrez malade.
--Non, laissez-moi... Oh!
--Monsieur, allons, du courage! enfin, après tout, _ce n'est qu'un
spectacle_... vous offrirai-je un morceau de cette orange?
--Ah! c'est sublime!
--Elle est de Malte!
--Quel art céleste!
--Ne me refusez pas.
--Ah! monsieur, quelle musique!
--Oui, c'est très-joli.
Pendant cette discordante conversation, l'opéra était parvenu, après la
scène de réconciliation, au beau trio: «_Ô doux moments!_»; la douceur
pénétrante de cette simple mélodie me saisit à mon tour; je commençai à
pleurer, la tête cachée dans mes deux mains, comme un homme abîmé
d'affliction. À peine le trio était-il achevé, que deux bras robustes
m'enlèvent de dessus mon banc, en me serrant la poitrine à me la briser;
c'étaient ceux de l'inconnu qui, ne pouvant plus maîtriser son émotion,
et ayant remarqué que de tous ceux qui l'entouraient j'étais le seul qui
parût la partager, m'embrassait avec fureur, en criant d'une voix
convulsive:--«Sacrrrrre-dieu! monsieur, que c'est beau!!!» Sans
m'étonner le moins du monde, et la figure toute décomposée par les
larmes, je lui réponds par cette interrogation:
--Êtes-vous musicien?...
--Non, mais je sens la musique aussi vivement que qui que ce soit.
--Ma foi, c'est égal, donnez-moi votre main; pardieu, monsieur, vous
êtes un brave homme!
Là-dessus, parfaitement insensibles aux ricanements des spectateurs qui
faisaient cercle autour de nous, comme à l'air ébahi de mon néophyte
mangeur d'oranges, nous échangeons quelques mots à voix basse, je lui
donne mon nom, il me confie le sien[19] et sa profession. C'était un
ingénieur! un mathématicien!!! Où diable la sensibilité va-t-elle se
nicher!