17 JUILLET 1791[53]

[Note 53: Ce chapitre est intitulé, dans l'original: «21 juin

1791.--Assassinat tenté par les chefs de bureau du ministère de la

marine; départ de Capet pour Varennes.» Il n'y est pourtant question,

comme on va le voir, que de l'affaire du Champ-de-Mars (17 juillet

1791). Notons en passant que Fournier fut un des signataires de la

célèbre pétition du 22 juin 1791 contre le roi et la royauté.]

Le fameux arrêté que le club des Cordeliers, toujours actif et

rigidement surveillant, prit ce jour-là pour inviter le peuple à aller

signer l'immortelle pétition du Champ de Mars[54].... Je fis faire

aussitôt une bannière et j'y fis graver ce sublime arrêté que je retrace

ici....[55]

[Note 54: La phrase est ainsi inachevée dans l'original.]

[Note 55: Ce texte manque.]

Le même jour, plusieurs de mes frères clubistes et moi[56] nous nous

rendons au Champ de Mars. Nous y trouvons déjà une forte partie du

peuple. Nous lui fîmes part de la résolution qui était à prendre. Après

avoir invité tous les citoyens à se ranger en bataille et sur deux

rangs, je les prévins de se rendre le lendemain, à cinq heures du matin,

sur la place de la Bastille; que là on leur ferait part de la marche à

tenir dans la circonstance. Ces faits étant convenus, nous nous

séparâmes tous, après être venus baptiser le _Pont-de-la-Nation_,

vis-à-vis la place appelée alors de Louis XV.

[Note 56: Le 16 juillet 1791.]

A l'heure fixée le lendemain matin, je me rends à la place de la

Bastille. Quel est mon étonnement d'y trouver les portes fermées! Je

demande à l'officier de poste pourquoi ce jour-là seul la Bastille se

trouve fermée. Il me répond que c'est de l'ordre du général et du maire

Bailly. Je lui répliquai que j'allais chez Santerre, que dans dix

minutes j'espérais être de retour, que, si je ne trouvais pas alors les

portes ouvertes, je comptais bien les faire tomber comme nous avions

fait le 14 juillet.

J'arrive chez Santerre et ma surprise est encore grande de voir que mes

propositions ne lui conviennent pas. Je commençai dès lors à apercevoir

que, quand il s'agissait de déployer de ce qu'on appelle une véritable

énergie, le héros du faubourg Saint-Antoine n'en était plus. Il me dit

que, si on voulait lui donner cent mille hommes, il irait aux frontières

combattre les ennemis du dehors. Ce n'était [pas] de cela qu'il était

question, c'était les ennemis du dedans qu'il s'agissait de combattre.

Je ne dois pas taire ici à la nation quels étaient alors mes projets

transmis et proposés à Santerre. Ils étaient ceux du club entier des

Cordeliers, de ce club toujours mûr longtemps avant les autres sections

des citoyens. Ils ne consistaient, ces mêmes projets, à rien moins qu'à

fonder dès lors l'empire sacré et respectable du républicanisme, qu'à

saisir l'instant favorable qui se présentait d'abattre l'idole de la

royauté et d'entraîner dans la même proscription tous ses vils

sectateurs. Je proposais de sonner le tocsin général, d'arrêter Bailly

et La Fayette, et de les renfermer, de leur faire leur procès, et de

leur faire payer de leurs têtes la garantie qu'ils nous avaient jurée du

parjure _veto_. Je proposais en second lieu d'abattre toutes les statues

de bronze qui existaient à Paris, d'aller visiter tous les endroits où

l'on soupçonnait dans ce temps-là qu'il existait beaucoup d'armes et de

munitions, de s'en emparer, de mettre la nation en pleine force, de la

faire lever tout entière, enfin de lui faire déployer toute l'attitude

de la souveraineté républicaine.

Voyant que je ne pouvais rien faire de tout cela avec Santerre, qui

passait alors pour le coryphée des braves, je le quittai indigné et je

cherchai à voir si je ne pourrais parvenir à rien sans lui.

Je retourne à la Bastille. J'en trouve les portes ouvertes, et j'y

remarque un bien petit rassemblement du peuple. Je me jette au milieu,

et je dis: «Mes amis, la nation n'est pas encore mûre, nous avons encore

des hommes en place qui n'ont point l'énergie de la liberté et celle qui

convient aux chefs armés d'un peuple qui la veut. Au surplus, allons au

Champ de Mars pour signer la pétition. Peut-être un moment prospère se

présentera-t-il.»

Le grand rassemblement se fit en effet à l'autel de la Patrie pour

signer cette pétition qui fut le précurseur imposant des dogmes

républicains que la France, vraiment libre aujourd'hui, a le bonheur de

professer. Mais les deux conjurés Bailly et La Fayette étouffèrent pour

une année le germe de cette sainte doctrine, et ce fut avec des flots de

sang qu'ils empêchèrent qu'il se développât. L'infernal département de

Paris d'alors était de tiers dans cette machination nationicide.

Cette infâme coalition commença par faire couper la tête à deux

malheureux[57] pour avoir le prétexte de déployer la loi martiale, pour

pouvoir ensuite faire assassiner, comme ils l'ont fait, une multitude de

citoyens de tous âges et de tous sexes, d'époux avec leurs épouses, de

mères avec leurs enfants. On a eu trop de preuves, que leur but était

d'envelopper dans le massacre général le club des Cordeliers, toujours

en observation pour éclairer leurs odieux forfaits. Ils n'ont pas

réussi. Ce club, tant redouté par ces grands criminels, n'en est devenu

que plus terrible pour poursuivre leurs continuelles manoeuvres

d'iniquité.

[Note 57: Il s'agit des deux hommes qui avaient été trouvés cachés sous

l'autel de la Patrie. Voir le récit de Santerre dans le _Journal des

Amis de la Constitution_, n° 29.]

Je dois rendre ici un compte très exact de cette sanglante et

malheureuse journée du Champ de Mars, sur laquelle tout erre dans les

détails.

D'un côté, le peuple était rassemblé en paix autour de l'autel de la

Patrie où il s'occupait de signer la pétition.

D'un autre côté, toute la force armée était mise en mouvement par La

Fayette. Bientôt le Champ de Mars est investi. Un corps de cavalerie

remplit le Gros-Caillou, une troupe de brigands, en tête de laquelle se

distingue le fameux Hullin, occupe la partie de l'École militaire. La

place des Invalides est garnie de ces chasseurs si connus par les

assassinats de la Chapelle[58]. La Fayette et ses mouchards s'occupaient

à faire distribuer de l'eau-de-vie et du vin à tout ce monde déjà égaré.

De toutes parts, on ne voyait plus que des hommes soûls et ivres. De

toutes parts, on ne voyait que des pièces de canon. Hélas! pour quoi

faire? Pour exécuter de sang-froid le massacre le plus barbare contre

des hommes sans défense, contre leurs femmes paisibles et leurs

malheureux enfants. Citoyens, poursuivez les détails qui me restent à

vous révéler sur cette horrible affaire, et frémissez.

[Note 58: Allusion aux meurtres commis à La Chapelle-Saint-Denis le 24

janvier 1791 par un détachement de chasseurs soldés. Voir sur cette

affaire le rapport fait par Élie Lacoste à l'Assemblée législative dans

la séance du 11 mai 1792 (_Moniteur_, XII, 367).]

A deux cents pas de l'autel de la Patrie, La Fayette, entouré d'une

escorte nombreuse d'épauletiers, ses satellites, se présente. J'osai lui

faire face. Il s'arrête. Je lui demande ce qu'il vient faire et quel est

son dessein. Je l'invite à se retirer et lui garantis que tout le monde

est paisible et tranquille[59]. Il reste muet et me regarde d'un oeil

dédaigneux; et il me semble lire sur son visage qu'il avait un dessein à

exécuter, mais qu'il ne me considérait pas comme capable de le faire

manquer. Je retourne aussitôt sur l'autel de la Patrie et je demande un

grand silence pour pouvoir promptement délibérer sur les moyens de parer

aux dangers qui nous menaçaient. Au même moment parurent, quatre

municipaux revêtus d'écharpes: «Messieurs, vous me connaissez tous, leur

dis-je, je vous déclare ici que, d'après ce que je viens de voir et

d'observer, l'on n'a que l'intention d'engager une guerre civile et de

nous assassiner.» Les municipaux demandèrent à voir la pétition et

dirent hautement, après l'avoir lue, qu'ils la signeraient eux-mêmes,

s'ils n'étaient pas revêtus de pouvoirs; qu'ils allaient de ce pas à

l'Hôtel de Ville rendre compte du bon ordre qui régnait autour de

l'autel de la Patrie et de la justice des réclamations.

[Note 59: Convention nationale, séance du 12 mars 1793, paroles de

Marat: «Je dénonce un nommé Fournier qui s'est trouvé à toutes les

émeutes populaires, le même qui, à l'affaire du Champ de Mars, a porté

le pistolet sur La Fayette et qui est resté impuni, tandis que les

patriotes étaient massacrés.» (_Moniteur_, XV, 691.)]

A travers ces démonstrations municipales, je crus démêler certaines

intentions peu sincères. Alors, je confiai au peuple mes craintes et je

demandai si l'on ne croirait pas utile de nommer une députation

sur-le-champ pour accompagner les municipaux à la Maison de Ville. On

adopte cette proposition. Je suis nommé l'un des onze commissaires de la

députation. Étant partis tous en voiture avec les municipaux, nous ne

tardons pas à acquérir la preuve de ce que j'avais pressenti,

c'est-à-dire qu'il y avait quelque anguille sous roche, dont les hommes

du peuple ne devaient pas être du mystère.

Arrivés à la porte d'un sieur La Rive, faubourg du Gros-Caillou, nous

apprenons que c'est là que La Fayette se trouve retranché. C'est sans

doute, pensai-je bien alors, pour concerter les modifications de quelque

terrible complot. Je fus plus confirmé dans mon opinion, quand je vis

nos municipaux vouloir faire arrêter les voitures, et dire qu'il fallait

nécessairement qu'ils parlassent à M. de La Fayette. Nous voulons entrer

avec eux; nous rencontrons de l'opposition. Nous payons notre témérité

par le rôle de sentinelles forcées qu'il nous fallut remplir pendant une

demi-heure, temps que dura à peu près l'audience qu'obtinrent

exclusivement les municipes (_sic_). Enfin, nous repartons; mais, sous

le prétexte de nous donner une escorte de sûreté, on nous fait, comme

des coupables, accompagner d'une force de cavalerie imposante. Alors

j'aperçus la perfidie en pleine évidence. C'est ainsi que nous arrivons

à la Maison de Ville.

Mais de quels nouveaux caractères sinistres se charge cette scène qui

aussi devait être sur sa fin si tragique!

La Grève se voit pleine de troupes, presque toutes soûles. A notre

approche, on fit battre aux champs. On nous fait entourer de plus de

quatre mille hommes!--On fait charger les armes!!...--Nous descendons de

voiture, et ... nous montons à la Ville. J'avoue que tout cet appareil

ne me faisait pas un très grand plaisir; cependant je dis à mes

collègues qu'il fallait conserver du courage, même en reprendre beaucoup

de nouveau, et bien soutenir le caractère de députation dont le peuple

nous avait revêtus.

Nous n'allâmes avec les quatre municipaux que jusque dans la salle de la

Commune, où l'on nous fit rester escortés de quatre sentinelles à chaque

porte. Les municipaux pénétrèrent dans la chambre du Conseil. Je m'assis

pénitentiellement derrière la porte de communication de cette dernière

pièce. Tout à coup paraît Bailly, qui s'écrie: «_Nous sommes trahis et

compromis; il faut déployer la loi martiale_.» La foudre ne saisit pas

plus vivement celui qu'elle frappe, que je ne fus pénétré d'horreur en

entendant ces meurtrières paroles: «Voilà donc le signal du massacre,

m'écriai-je; voilà l'arrêt de mort prononcé contre le peuple!!» Hors de

moi, je me lève, j'arrête ce sanguinaire Bailly et lui dis: «Monsieur,

nous sommes ici une députation envoyée par le peuple du Champ de Mars,

et nous sommes sous la sauvegarde de quatre municipaux avec lesquels

nous en sommes partis pour nous rendre ici; nous vous demandons la

parole.» Dans l'instant, des officiers municipaux qui étaient là

semblèrent vouloir faire une diversion à cet interlocutoire en insultant

un de nos collègues, le citoyen Larivière, alors chevalier de

Saint-Louis, sur ce qu'il avait sa croix attachée avec un ruban

tricolore. Mais il leur répondit: «J'ai cru que cette croix, que j'ai

bien gagnée, ne perdrait rien à être supportée par le ruban de la

nation; au surplus, si vous voulez la porter au pouvoir exécutif, il

vous dira si je l'ai bien méritée.» Aussitôt Bailly s'écria: «Je connais

M. Larivière.» L'impression que toutes les circonstances firent éprouver

au citoyen Larivière fut telle qu'il tomba deux jours après en paralysie

et qu'il resta depuis ce temps dans l'état le plus déplorable.

Dans cette entrefaite (_sic_), parut un commandant de la section de

Bonne-Nouvelle qui vint prendre à bras le corps le maire Bailly, en

criant: «Nous sommes perdus, on vient de tuer M. de La Fayette au Champ

de Mars.» C'était un autre coup monté dont les conjurés étaient sans

doute convenus d'avance. Bailly l'assassin ne fait que répondre de

toutes ses forces: «_La loi martiale, la loi martiale!_» C'était à ces

seuls mots que se bornait son rôle.

Et aussitôt le sanglant drapeau est déployé à la fenêtre et la loi de

mort proclamée sur la place. J'éprouve l'anéantissement et de suite

l'émotion de la fureur. C'est au milieu de ce dernier sentiment que je

crie à mes collègues: «Fuyons ces lieux de proscription; le signal du

carnage est donné; de féroces magistrats immolent le peuple: ils ne sont

pas disposés à écouter ses envoyés; fuyons et allons rejoindre nos

concitoyens et, s'il en est temps encore, soustrayons-en le plus grand

nombre possible aux coups de leurs bourreaux.»

Nous observâmes que le plan des meurtriers était si bien prémédité que,

dans tout Paris, à la même minute, ce n'était qu'un seul cri: «_La

Fayette est tué!_» Les scélérats, qui connaissaient le coeur humain,

avaient calculé qu'en frappant le peuple d'une telle assertion

relativement à l'idole du jour de ce temps-là, il serait ébloui, il ne

verrait plus rien et qu'il oublierait de regimber contre les mesures

assassines disposées contre lui-même.

Quant à moi, je ne perdis nullement la tête. J'épuisai toutes les

ressources qui me parurent nous rester. Je me rendis avec quelques-uns

de mes collègues au club des Cordeliers qui était permanent, et j'y

rendis un bref compte de tout ce qui se passait. Santerre était dans ce

moment-là au club. Voici une circonstance qui fait remonter d'un peu

loin des données sur le fond du civisme de cet homme qui fut aussi une

idole. Lorsque j'eus dit que la loi martiale marchait, j'eus lieu d'être

étonné de la vivacité avec laquelle Santerre prit la parole pour laisser

échapper ces mots par lesquels il eût fait croire qu'il était dans le

secret: «Messieurs, dit-il, soyez tranquilles, il n'y aura pas une

amorce de brûlée dans tout ceci.» Il est vrai que par réflexion il

ajouta: «Au surplus mon bataillon y est, et, si on avait le malheur de

tirer, je m'y opposerais. Mais je puis me tranquilliser et m'en

rapporter à l'officier qui le commande.»

Alors je demandai la parole pour dire autant renommé Santerre qu'il

serait bien plus convenable qu'il se portât lui-même en tête de son

bataillon. Mon brave aussitôt semble piqué d'honneur, me regarde en

enfonçant son chapeau dans sa tête, et dit: «_J'y vais_.»

Où croiriez-vous, citoyens, qu'il a été? Se cacher chez sa belle-soeur

dans la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, même maison où je demeurais.

Sans doute qu'il ne s'attendait pas de se trouver là si près de mes

pénates; il n'en est sorti qu'à onze heures du soir. Les voilà donc, ces

héros dont les noms remplissent la terre!

Quittant les Cordeliers, je me rends au Champ-de-Mars où j'ai pu encore

devancer la loi martiale. Je suis monté promptement sur l'autel de la

Patrie où j'ai dit au peuple assemblé que nous avions voulu remplir ses

intentions à l'Hôtel-de-Ville, mais que nous n'avions pu nous y faire

entendre; que la loi martiale était à deux pas, et qu'on paraissait

vouloir impitoyablement nous massacrer tous. «Je fais la motion,

ajoutai-je, que tout le monde se retire paisiblement, pour que nos vils

assassins n'aient pas la satisfaction d'accomplir leur abominable

projet, et encore pour leur épargner dans l'histoire la honte inouïe

d'avoir immolé tout un peuple sans défense.»

Un citoyen répliqua qu'il fallait attendre l'infâme drapeau rouge, et

qu'à la première proclamation, suivant la loi, on se retirerait.

Immédiatement le drapeau rouge paraît au premier fossé du Champ-de-Mars.

Des brigands stipendiés et apostés là par les grands brigands avaient le

mot de jeter quelques pierres à ces derniers dès qu'ils paraîtraient

avec la loi martiale, afin que cette feinte provocation servît de

prétexte à nos scélérats. Cette mesure était liée aux deux assassinats

du matin et au bruit généralement répandu d'un prétendu projet de

massacre. Du milieu de la bande apostée des jeteurs de pierres part un

coup de fusil, et c'est là, au lieu des diverses proclamations

prescrites par la loi, c'est là le signal du meurtre et de l'égorgerie

universelle. Les féroces satellites du général[60], tout pleins des

fumées du vin qu'il leur a distribué et des maximes de sang qu'il leur a

fait inculquer, brûlent d'en venir à l'exécution. L'ordre fatal est

donné, ils vont être satisfaits. De toutes parts ils courent sur le

peuple, de toutes parts aussitôt le peuple est assassiné. Tout le monde

veut se sauver et, dans leur fuite pénible, hommes, femmes, vieillards,

enfants, reçoivent en très grand nombre le coup terrible qui leur porte

la mort.

[Note 60: Le général qui, il faut le dire à la honte des Français, était

alors, dans l'exactitude du mot, l'objet du culte du plus grand grand

nombre. (_Note de Fournier_.)]

Toute cette peinture horrible est exactement tracée d'après le

témoignage de mes yeux. Oui, j'ai été le triste spectateur de tous les

instants de cette scène affreuse. Je suis resté le dernier sur l'autel

de la Patrie, et je ne l'ai abandonné que lorsqu'on y est venu

assassiner deux citoyens qui étaient à mes côtés. J'ai dirigé ma

retraite vers Vaugirard pour aller au secours de plusieurs citoyens que

je voyais poursuivre et fusiller de ce côté. L'un d'eux, qui n'était

même pas entré au Champ-de-Mars, eut la tête percée d'une balle qui le

renversa à quelques pas de moi. Je le fis transporter aux Invalides par

la grille de derrière pour lui faire administrer des secours par le

chirurgien de l'Hôtel; mais à peine y fut-il arrivé qu'il y expira.

Ne pouvant plus servir personne ni remédier à rien, et voyant mes jours

en danger, je me retirai chez le citoyen Leroi, faubourg Saint-Germain,

pour m'y rafraîchir et m'y laver les mains et la figure que j'avais

toutes couvertes de sang et de poussière.

J'omettais une particularité qui n'est cependant point à garder sous

silence. Le citoyen que j'abandonnai, après qu'il eût expiré, fut enlevé

par des troupes qui recueillaient les cadavres avec leurs bijoux.

Celui-là avait deux montres d'or. Mais, tant de celles-là que de bien

d'autres, Bailly a eu grand soin de ne rendre aucun compte. Vices

humains! A quel point vous dégradez ceux que votre attrait honteux

subjugue!

Mémoires secrets de Fournier l'Américain · 第 41 / 56 题