12 JUILLET 1789.

_Lambesc aux Tuileries._

Jusqu'à l'époque à jamais mémorable du 14, l'infâme horde des valets de

la cour n'avait point encore appris ce que peut le peuple uni dans toute

sa masse et qui, las du joug, a sérieusement résolu de le briser. Cette

caste orgueilleuse de soi-disant nobles, en possession depuis des

siècles de vexer impunément la multitude, croyait toujours conserver cet

odieux privilège.

C'est sans doute sur ces principes que l'atroce Lambesc fit le 12 son

entrée aux Tuileries, où il commit l'acte affreux de massacrer un

vieillard paisible et sans défense.

Ce fut aux cris que le sang de cette victime fit jeter à tout Paris que

plusieurs citoyens et moi, toujours en éveil depuis qu'il était question

de travailler au salut de la patrie, nous nous rendîmes sur le théâtre

du sacrifice.

Des épées étaient les seules armes que les simples particuliers eussent

alors. C'est avec ces frêles instruments de défense que nous osâmes

braver la fureur du sanguinaire Lambesc et de sa troupe aveuglément

féroce. Le seul courage de la liberté nous rendit complètement

victorieux du maître esclave et de ses subalternes. Nous les expulsâmes

du Jardin des Tuileries, et, pour assurer le succès de notre expédition

en prévenant leur retour, nous sommes restés jusqu'à minuit à la place

de la Révolution, lors appelée _de Louis XV_. Personne ne s'avisa de

venir nous y troubler[34].

[Note 34: Sur l'affaire du prince Lambesc, voir aussi le _Précis

historique et justificatif de Charles-Eugène de Lorraine, prince de

Lambesc_, s.l.n.d. (1790), in-4. Bibl. nat., Lb 39/3350. Nous avons

annoncé dans notre introduction que nous reproduirions en note, à titre

de variantes, les principaux passages du _Mémoire expositif_ que

Fournier rédigea le 3 février 1790 et fit approuver à ses compagnons

d'armes. Voici ce qu'on y lit sur les événements qui font l'objet de ce

chapitre: «On ne se rappelle encore qu'avec une sorte de saisissement,

la consternation, le trouble et l'effroi qui commencèrent à désoler tout

Paris, dans l'après-midi du 12 juillet dernier. Les troupes campées aux

Champs-Elysées jetèrent avec une audace effrénée, sous les ordres du

prince Lambesc, la confusion et le trouble jusque dans le jardin des

Tuileries.

«Le sieur Fournier, qui s'était déjà, depuis plusieurs jours, abouché

avec une cinquantaine d'anciens militaires de sa connaissance pour se

tenir prêts en armes au premier mouvement des troupes, s'y porta avec sa

nouvelle compagnie pour les en chasser, jusqu'à dix heures du soir.»]

Mémoires secrets de Fournier l'Américain · 第 25 / 56 题