S. Blancard. _Candellier_. Le 28 juin.--Pour être rentré à dix
heures trois quarts; très mauvais sujet.
Flavigny. _Martin_. Le 30 juin.--Au cachot pour avoir
_Dervaux_. maltraité un de leurs camarades qui
_Desmarais_. n'avait pas voulu sortir étant consigné,
après l'avoir blessé d'un coup d'épée au
bras et l'avoir mis hors de combat.
Menilglaisc. _Copin_. Le 24 juin.--Déserteur.
Bocquensay. _Vatonne_. Le 28 mai.--Déserteur.
De Brache. _Merix_. Le 6 juin.--Déserteur.
Dépôt. _Chauchon_. Le 30 mai.--Déserteur.
Mazancourt. _Luyot_. Le 29 juin.--A escaladé le mur de la
caserne, étant de garde; a vendu deux de
ses chemises.
Dépôt. _Raymond_. Le 28 mars.--A volé six livres à un de
ses camarades.
Sainte-Marie. _Bourdon_. Le 27 juin.--Par ordre de M. de Gailhac,
capitaine, pour le soustraire à vengeance
des grenadiers auxquels il n'a pas rendu
une lettre anonyme qui leur était
adressée, le jour que les soldats se sont
évadés.
De Brache. _Gollard_. Le 30 juin.--Pour avoir menacé de tuer
son sergent.
_L'Huillier_. Pour indiscipline marquée et propos
séditieux.
Boury. _Dupuis_. Pour s'être révolté contre son caporal
et avoir engagé les autres grenadiers
à le jeter par la fenêtre.]
Ces derniers mots: _Marchons à l'Abbaye_, furent comme un écho répété
par toutes les bouches, et dès l'instant le peuple à ma suite vola à la
forteresse qui renfermait les victimes.
Arrivés à la porte, l'ouverture en est demandée simultanément par moi et
plusieurs autres citoyens; on la refuse.
Je ne délibère pas, je me transporte, avec plusieurs compagnons de cette
expédition, dans la Cour du Dragon. Nous y faisons emplettes, et je paie
de mon argent des masses et des pinces, avec lesquelles nous allons
briser et enfoncer les fatales portes[33]. Nos détenus, qui étaient avec
l'affreuse perspective de n'avoir plus que pour quelques moments
d'existence, se voient rendus à la vie; ils joignent leurs acclamations
de joie aux nôtres et ils reviennent avec nous au Palais-Royal, où tout
le peuple qui les attend leur donne des fêtes. On s'embrasse
fraternellement, on jure de se soutenir les uns les autres vis-à-vis de
tous les efforts du despotisme contre la liberté naissante; c'est dans
ces sentiments que tous ceux qui aspiraient à être bientôt des citoyens
se quittent ce jour-là.
[Note 33: Beaulieu prétend qu'il est de toute fausseté que les portes
aient été forcées. (_Essais historiques sur les causes et les effets de
la Révolution de France_, I, 287.)]
Croira-t-on que généralement on était encore si loin des principes à
cette époque que, le lendemain de l'événement que je viens de décrire,
on parut croire que ceux qui, la veille, avaient été soustraits au
couteau de la tyrannie par la protection du peuple souverain avaient
besoin du pardon de celui qui, à Versailles, n'exerçait la suprême
puissance que par usurpation?
Il est cependant vrai qu'on fit pour les gardes françaises l'absurde
démarche d'aller à ce Versailles solliciter _leur grâce_ auprès du
dernier roi, qui, au milieu des agitations révolutionnaires qui se
succédaient alors avec beaucoup de rapidité, n'osa point manifester
évidemment les véritables dispositions de son âme altière. Il est très
sûr que ce fameux despote était vivement choqué de l'acte auquel les
prisonniers devaient leur délivrance. Le plus profond mépris de son
insolente autorité n'y était pas déguisé. Ainsi, au lieu de grâce, il
eût satisfait son inclination sanguinaire en envoyant bien vite au gibet
ceux qui, par un coup heureux, en étaient déjà échappés.
Mais le moment était un moment de terreur pour le tyran; il devait donc,
ainsi qu'il a toujours su si bien le faire, dissimuler. Il le fit, mais
pourtant sans perdre l'espoir de satisfaire sa vengeance et sa soif du
sang.
Le système des tyrans en chef et subalternes, pour étouffer les
premières étincelles de la liberté et perpétuer l'esclavage de la
nation, était de faire de temps à autre, divers essais pour faire
assassiner le peuple par les troupes. On avait commencé par provoquer le
pillage et l'incendie de la manufacture Réveillon, pour prendre occasion
de faire fusiller les citoyens par les soldats.
Mais l'opinion publique qui, bientôt éclairée sur cette atrocité, criait
vengeance contre leurs auteurs; mais les soldats qui déploraient
amèrement l'erreur qui les avait rendus l'instrument d'une telle
oppression, avaient déjà rendu à cette époque le despotisme très
circonspect et très craignant de blesser le peuple. Il crut que des
instants plus prospères pourraient bientôt succéder. En conséquence, il
temporisa. Mais, le 14 juillet, jour marqué dans les destins des
siècles, arriva pour déranger tous les noirs projets des oppresseurs de
la terre. La justice de fait fut rendue aux braves gardes françaises et
le despote n'eut plus le temps de songer à les punir.