FOURNIER[20].

[Note 20: _Collection de M. Etienne Charavay_.--Cette lettre est sans

date. Mais Fournier dit qu'il l'écrit un an après sa sortie de prison,

c'est-à-dire en l'an V.]

En fructidor an VII, le nom de Fournier se trouve au bas de la pétition

des citoyens de Paris contre la nomination de Sieyès au Directoire.

Sous le Consulat[21], il fut une des personnes qui, à la suite de

l'attentat de la rue de Saint-Nicaise, se virent l'objet des mesures de

rigueur approuvées par le sénatus-consulte du 15 nivôse an IX. Des

ordres furent donnés pour le déporter à l'île d'Oléron. Mais il parvint

d'abord à se soustraire aux poursuites et se cacha à Villejuif, où il se

plaça comme jardinier. Arrêté deux ans plus tard, il fut enfermé au fort

de Joux avec les nommés Château, Michel et Brisavin, le 2 fructidor an

XI (20 août 1803).

[Note 21: Le 24 brumaire an IX, il adresse une longue pétition au

premier Consul. (Voir _Les déportations du Consulat et de l'Empire_, par

Jean Destrem. Paris, 1885, in-12, p. 393.)]

Le 20 novembre suivant, tous quatre furent transférés à l'île d'Oléron,

puis embarqués (10 ventôse an XII) pour Cayenne. Fournier y séjourna

jusqu'au moment où les Anglais s'emparèrent de cette colonie[22]. A

cette époque, il revint en France (1809). On ne l'y laissa pas en

liberté complète. Il fut mis en surveillance à Auxerre, et arriva dans

cette ville le 16 octobre 1809[23]. Il y fut surpris, deux ans plus

tard, préparant contre les droits réunis une sorte d'émeute, qui faillit

éclater dans la nuit du 7 au 8 juillet 1811. L'Empereur ordonna qu'il

fût déporté au château d'If, avec Calendini.

[Note 22: Voir une lettre assez insignifiante qu'il écrivit de Cayenne à

sa femme en 1806. _Ibid._, p. 244.]

[Note 23: Ces détails et les suivants sont empruntés aux pièces

officielles annexées au dossier de Fournier (Archives nationales). On

voit combien d'erreurs M. Mortimer-Ternaux a réunies dans ces quelques

lignes qu'il consacre à la fin de la vie de Fournier (III, 638): «Après

quelques années de séjour dans cette colonie (Cayenne), i1 s'en évade,

se réfugie à la Guadeloupe et se fait corsaire. En 1814, il rentre en

France et y meurt tranquillement quelques années après.»]

Délivré à la chute de Napoléon, il revint à Paris en avril 1814 et alla

demeurer chez sa femme (il s'était marié à Saint-Domingue), rue Perdue,

n° 6.

Lors du second retour des Bourbons, accusé d'intriguer contre le

gouvernement, il fut arrêté le 1er novembre 1815, incarcéré à la Force

et remis en liberté le 16 août 1816. Il fut question de le mettre en

surveillance à Melun; mais il obtint de rester provisoirement à Paris.

Il eut alors l'impudence de faire parade de sentiments royalistes et de

solliciter les Bourbons. Il y a dans ses papiers, aux Archives, une

pétition qu'il adressa à Louis XVIII le 10 mars 1817. Il y réclame la

pension que Louis XVI lui avait accordée en 1785. Il y signale ses

titres à la faveur royale, qui sont, d'après lui:

«1° D'avoir refusé le commandement de la garde nationale de Paris,

lorsque le général La Fayette le quitta;

«2° D'avoir refusé d'aller commander la garde nationale à la Vendée;

«3° D'avoir refusé d'aller commander en Belgique;

«4° D'avoir refusé d'aller avec le général Dillon remplacer Custine à

l'armée du Nord et généralement toutes les places qui me furent

offertes;

«5° D'avoir à Versailles, les 5 et 6 octobre 1789, empêché le pillage et

le désordre et être venu, par ordre du Roi, à Paris annoncer son

arrivée;

«6° D'avoir, moi douzième, présenté à la Convention une pétition qui

représentait à cette même Convention qu'elle n'avait pas le droit de

juger le roi[24];

[Note 24: Nous n'avons pas retrouvé cette pétition.]

«7° D'avoir refusé de prendre et faire prendre les armes le jour fatal

[de la mort] du meilleur des rois, ainsi que le jour de celle de son

auguste épouse. Pardonnez, Sire, si je suis obligé de rappeler ici de

pareils souvenirs.

«8° D'avoir constamment refusé de prendre le commandement de l'armée

révolutionnaire, ainsi que de consentir à être membre du Comité de ce

nom. Le jour même que l'on fit cette infâme nomination, Marat et Bourdon

(de l'Oise) me dénoncèrent à la Convention comme agent du roi, de Pitt

et de Cobourg.»

En 1822, il adressa à la Chambre des députés un mémoire imprimé ou il

renouvelait sa réclamation au sujet des pertes qu'il avait éprouvées à

Saint-Domingue. Il y disait qu'à l'âge de quatre-vingts ans, avec sa

femme plus que septuagénaire, il n'avait pour vivre que 50 francs par

mois, «qui leur sont accordés à titre de secours comme colons réfugiés».

Fournier mourut à Paris le 27 juillet 1825, à l'âge de quatre-vingts

ans. Il demeurait alors esplanade des Invalides, n° 28.

Mémoires secrets de Fournier l'Américain · 第 13 / 56 题