VI. Ruiner les garnisons ennemies[96].

1 Lorsque Hannibal eut repassé en Afrique, Scipion, sachant que

plusieurs villes, dont ses plans exigeaient qu'il se rendît

maître, étaient défendues par de fortes garnisons, envoyait de

temps en temps quelques troupes pour les inquiéter. Il se présenta

enfin lui-même comme pour les enlever de vive force; puis il

feignit d'avoir peur, et fit un mouvement de retraite. Hannibal,

persuadé que son ennemi avait réellement pris l'épouvante, appela

de toutes parts les garnisons, afin d'engager une affaire

décisive, et se mit à sa poursuite. Scipion obtint par là ce qu'il

désirait: les villes étant restées sans défense, il envoya les

Numides, sous les ordres de Masinissa, pour s'en emparer.

2 P. Cornélius Scipion, ayant senti la difficulté de prendre

Delminium, parce que toutes les troupes du pays s'étaient réunies

pour défendre cette ville, alla se présenter devant d'autres

places. Ces troupes étant par là forcées de courir à la défense de

leurs villes respectives, Delminium se trouva dépourvue de

secours[97], et Scipion s'en empara.

3 Pyrrhus, roi d'Épire, voulant se rendre maître de la capitale

des Illyriens, mais ne pouvant compter sur le succès, mit le siège

devant quelques autres de leurs villes. Il en résulta que les

ennemis, ayant la con fiance que leur capitale était assez en

sûreté par ses fortifications, se séparèrent pour aller secourir

les places attaquées: alors Pyrrhus, rassemblant de nouveau toutes

ses troupes, s'empara de la ville, que ses défenseurs avaient

abandonnée.

4 Le consul Cornélius Rufinus, ayant assiégé pendant quelque

temps, mais en vain, la ville de Crotone, que rendait imprenable

une garnison auxiliaire de Lucanie, feignit de renoncer à son

dessein. Un prisonnier, qu'il avait gagné à force d'argent, se

rendit à Crotone, comme s'il se fût évadé de sa prison, et assura

que les Romains étaient en pleine retraite. Les Crotoniates, dans

cette croyance, congédièrent leurs alliés, et, réduits à leurs

propres forces, furent pris au moment où ils s'y attendaient le

moins.

5 Magon, général des Carthaginois, tenant Cn. Pison assiégé dans

un fort, après l'avoir vaincu, et soupçonnant que des troupes

venaient le secourir, envoya à leur rencontre un faux transfuge,

qui leur annonça que Pison était déjà pris. Cet artifice les ayant

fait retirer, Magon acheva sa victoire.

6 Alcibiade, faisant la guerre en Sicile[98], et voulant prendre

Syracuse, choisit à Catane, où il était alors cantonné avec ses

troupes, un homme d'une adresse éprouvée, et l'envoya secrètement

près des Syracusains. Admis dans l'assemblée du peuple, cet

émissaire fit entendre que les habitants de Catane nourrissaient

la plus grande haine contre les Athéniens, et que, s'ils étaient

secondés, ils auraient bientôt anéanti Alcibiade et son armée. Les

Syracusains, se laissant persuader, marchèrent sur Catane avec

toutes leurs forces, abandonnant leur propre ville. Alcibiade

alors, l'attaquant du côté opposé, et la trouvant dégarnie de

troupes, comme il l'avait espéré, la prît et la saccagea.

7 Cléonyime, général athénien, assiégeant Trézène, qui était

gardée par des troupes de Cratère, lança dans la place des flèches

sur lesquelles il avait écrit aux habitants qu'il n'était venu que

pour délivrer leur république; et en même temps il renvoya

quelques prisonniers, après les avoir mis dans ses intérêts, afin

qu'ils décriassent Cratère. Ayant, par ce moyen, semé la division

chez les assiégés, il en profita pour faire approcher son armée,

et se rendit maître de la ville.

Les stratagèmes · 第 79 / 113 题