1 Domitius Calvinus, assiégeant Lima, ville de Ligurie, défendue
non seulement par sa position naturelle et par ses ouvrages de
fortification, mais encore par une garnison excellente, menait
souvent ses troupes autour des murs de la place, et les faisait
ensuite rentrer au camp. Cette manoeuvre habituelle fît croire aux
assiégés que ce n'était, de la part des Romains, qu'un simple
exercice, et leur ôta toute crainte d'une tentative. Mais,
changeant tout à coup sa promenade en attaque, Domitius escalada
les remparts et força les habitants à se rendre.
2 Le consul. C. Duilius, en conduisant souvent à la manoeuvre ses
soldats et ses rameurs, réussit à n'inspirer aux Carthaginois
aucune méfiance à l'égard de ses exercices jusque-là inoffensifs;
et, s'approchant tout à coup avec sa flotte, il se rendit maître
de la place.
3 Hannibal s'empara de plusieurs villes d'Italie après y avoir
envoyé, sous le costume romain, quelques-uns des siens qui,
pendant de longues guerres en ce pays, avaient appris la langue
latine.
4 Les Arcadiens, assiégeant un château de Messénie, se
fabriquèrent des armes semblables à celles des ennemis; et, dans
le temps où ils savaient que la garnison devait être changée, ils
prirent le costume des troupes attendues, déguisement qui les fit
admettre comme amis, et se rendirent maîtres de la place en
exterminant la garnison.
5 Cimon, général athénien, voulant surprendre une ville de Carie,
mit le feu pendant la nuit, lorsqu'on s'y attendait le moins, à un
temple de Diane vénéré dans ce pays, ainsi qu'à un bois sacré
situé hors des remparts; et, quand les habitants furent sortis en
foule pour éteindre l'incendie, Cimon prit la ville, restée sans
défenseurs.
5 Alcibiade, général athénien, faisant le siège d'Agrigente, ville
bien fortifiée, demanda aux habitants une assemblée générale,
comme pour y traiter d'affaires qui intéressaient les deux parties
belligérantes, et les harangua longtemps au théâtre, où, selon
l'usage des Grecs, avaient lieu les réunions de ce genre. Tandis
que, sous prétexte de délibération, il retenait la multitude, les
Athéniens, apostés à cet effet, s'emparèrent de la ville, qui
n'était point gardée.
6 Épaminondas, général thébain, ayant vu pendant un jour de fête,
en Arcadie, les femmes d'une ville ennemie se répandre confusément
hors des murs, envoya parmi elles un grand nombre de ses soldats
qui avaient pris des habits de femmes, et qui, à l'aide de ce
déguisement, entrèrent dans la ville à nuit tombante, s'en
rendirent maîtres, et ouvrirent les portes à leurs compagnons.
7 Aristippe de Lacédémone, un jour que les Tégéates étaient sortis
en foule de leur ville pour célébrer une fête de Minerve, chargea
des bêtes de somme de sacs à blé remplis de paille, et les fit
conduire par des soldats qui, ayant l'air de marchands, entrèrent
dans la ville sans être observés, et ouvrirent les portes[92] aux
Lacédémoniens.
9 Antiochus, assiégeant le château de Suenda, en Cappadoce,
s'empara des bêtes de charge sorties pour aller à la provision,
tua les valets qui les conduisaient, et revêtit de leurs habits
des soldats qu'il envoya à leur place comme ramenant du blé. Leur
costume ayant trompé les gardes, ils pénétrèrent dans le château
et y firent entrer l'armée d'Antiochus.
10 Les Thébains, ne pouvant s'emparer de vive force du port de
Sicyone, remplirent de soldats armés un vaisseau sur lequel ils
étalèrent des marchandises, comme sur un navire de commerce, afin
de tromper l'ennemi; puis ils apostèrent derrière les murs les
plus éloignés du port, quelques hommes auxquels ils avaient donné
l'ordre de simuler une rixe avec d'autres gens qu'ils faisaient
débarquer sans armes. Les habitants de Sicyone étant accourus pour
apaiser cette querelle, les vaisseaux thébains prirent le port
resté sans défense, ainsi que la ville.
11 Timarque, général étolien, ayant tué Charmade, lieutenant du
roi Ptolémée, se couvrit du manteau et du bonnet macédonien de ce
chef[93]. À l'aide de ce déguisement, il fut reçu pour Charmade
dans le port de Samos, dont il se rendit maître.