5 M. Furius Camillus, tribun des soldats avec puissance de consul,
voyant l'hésitation de son armée en présence des Volsques et des
Latins, saisit par la main un porte-enseigne, et l'entraîna vers
l'ennemi; la honte força les autres à le suivre[85].
6 M. Furius s'élança au-devant de ses soldats qui fuyaient, et
leur déclara qu'aucun ne rentrerait dans le camp que victorieux.
Les ayant ainsi ramenés au combat, il remporta la victoire.
7 Scipion, voyant ses troupes prendre la fuite près de Numance,
leur annonça qu'il traiterait en ennemi tout soldat qu'il
trouverait rentré au camp.
8 Le dictateur Servilius Priscus, voulant faire avancer les
enseignes des légions contre les Falisques, tua un porte-enseigne
qui hésitait. Les autres, effrayés cet exemple, fondirent sur
l'ennemi.
9. Tarquin, livrant bataille aux Sabins, et voyant que sa
cavalerie tardait à charger, donna l'ordre de débrider les
chevaux, et de les lancer à toutes jambes pour rompre les rangs
ennemis.
10 Cossus Cornélius, maître de la cavalerie, en fit autant contre
les Fidénates.
11 Dans la guerre des Samnites, le consul M. Atilius opposa des
troupes à ceux de ses soldats qui abandonnaient le champ de
bataille pour se réfugier dans le camp, et déclara à ceux-ci
qu'ils avaient à combattre contre lui-même et les bons citoyens,
ou contre l'ennemi. Par ce moyen il les ramena tous au combat.
12 L. Sylla, voyant ses légions lâcher pied devant une armée de
Mithridate, commandée par Archelaùs, tira son épée, courut en
avant de la première ligne, et, s'adressant aux soldats: «Si l'on
vous demande, dit-il, où vous avez laissé votre général, répondez:
«Sur le champ de bataille, en Béotie. Aussitôt l'armée entière,
saisie de honte, le suivit.»
13 Le divin Jules César, à la bataille de Munda, voyant ses
troupes plier, fit emmener son cheval hors de leur vue, et courut
à pied se mettre aux premiers rangs[86]. Les soldats, ayant honte
d'abandonner leur général, rétablirent le combat.
14 Philippe, craignant que les siens ne pussent soutenir l'attaque
impétueuse des Scythes, plaça en arrière sa cavalerie la plus
éprouvée, avec ordre de ne pas laisser fuir un seul soldat, et de
faire main basse sur ceux qui s'obstineraient à lâcher pied. Tel
fut l'effet de cette injonction, que, les plus lâches aimant mieux
être tués par l'ennemi que par leurs camarades, Philippe remporta
la victoire.
IX. De ce qu'il convient de faire après le combat. Si l'on a été
heureux, il faut terminer la guerre[87].
1 C. Marius, ayant vaincu les Teutons, profita de la nuit, qui
avait mis fin au combat, pour entourer le reste de leur armée; et,
au moyen d'un petit nombre de soldats, qui poussaient des cris de
temps en temps, il tint ces barbares dans l'épouvante, et les
priva de sommeil et de repos, ce qui lui rendit pour le lendemain
la victoire plus facile.
2 Claudius Néron, vainqueur des Carthaginois qui avaient passé
d'Espagne en Italie sous la conduite d'Hasdrubal, fit jeter la
tête de celui-ci dans le camp d'Hannibal. Par là, en même temps
qu'il accablait Hannibal de la douleur d'avoir perdu son frère, il
ôtait à l'armée carthaginoise l'espérance du secours qu'elle
attendait.
3 L. Sylla, devant Préneste, fit dresser sur des piques, à la vue
des assiégés, les têtes de leurs chefs tués dans le combat, et
triompha, par ce moyen, de leur obstination à se défendre.
4 Arminius, général des Germains, fit aussi porter sur des piques,
près du camp des ennemis, les têtes de ceux qu'il avait tués.
5 Domitius Corbulon, assiégeant Tigranocerte, et voyant les
Arméniens résolus à se défendre vigoureusement, fit mettre à mort
un de leurs grands qui était son prisonnier, et lancer sa tête,
par une baliste, jusque dans leurs retranchements: par un effet du
hasard, elle tomba au milieu des barbares, qui tenaient conseil en
cet instant même. À cet aspect, épouvantés comme par un prodige,
ils s'empressèrent de se rendre.
6 Hermocrate de Syracuse, ayant vaincu les Carthaginois, et
craignant que ses prisonniers, dont le nombre était considérable,
ne fussent pas gardés avec assez de vigilance, parce que
l'heureuse issue du combat pouvait engager ses soldats à faire
festin et à négliger le devoir, annonça faussement qu'il devait
être attaqué la nuit suivante par la cavalerie ennemie. Dans cette
attente, les postes veillèrent avec plus de soin que de coutume.
7 Le même général, voyant que ses troupes, auxquelles le succès
inspirait trop de sécurité, étaient ensevelies dans le sommeil et
dans le vin, envoya chez les ennemis un espion qui, après s'être
fait passer pour déserteur, les avertit que les Syracusains leur
avaient tendu des embûches de tous côtés, et les retint dans leur
camp par la crainte. Lorsque, plus tard, ils se furent mis en
route, les troupes d'Hermocrate les poursuivirent, les culbutèrent
dans des ravins, et les défirent une seconde fois.