1 Dans un combat que le roi Tullus Hostilius avait livré aux
Véiens, les Albains désertèrent l'armée romaine et gagnèrent les
hauteurs voisines. Voyant ses troupes consternées de cet
événement, le roi s'écria que les Albains agissaient par ses
ordres, pour envelopper l'ennemi. Ce mot jeta l'épouvante parmi
les Véiens, releva le courage des Romains, et fixa de leur côté la
victoire qui leur échappait.
2 L. Sylla, voyant le maître de sa cavalerie, à la tête d'une
troupe assez considérable, passer, pendant le combat, du côté de
l'ennemi, déclara que c'était d'après son ordre. Par ce moyen, non
seulement il dissipa la frayeur qui s'emparait de ses soldats,
mais encore; il ranima leur ardeur, par l'espérance de l'avantage
qui devait résulter de ce stratagème.
3 Le même général, ayant envoyé ses auxiliaires dans un lieu où
ils furent cernés par l'ennemi, et tués, craignit que cette perte
ne jetât l'épouvante dans toute son armée. Il annonça que ces
troupes avaient médité une trahison, et que, pour ce motif, il
leur avait assigné une position désavantageuse. En faisant ainsi
passer une perte évidente pour un châtiment, il donna du courage à
ses soldats.
4 Scipion, averti par les ambassadeurs de Syphax qu'il ne pouvait
plus se fonder sur son alliance avec leur maître, pour passer de
Sicile en Afrique, craignit que son armée ne se décourageât à la
nouvelle d'une rupture avec cette puissance lointaine. Il se hâta
de congédier les envoyés, et de répandre le bruit que Syphax lui-
même l'appelait en Afrique.
5 Q. Sertorius, à qui un barbare annonçait, pendant le combat,
qu'Hirtuleius était tué, le perça d'un coup de poignard, de peur
qu'il n'apprît cet événement à d'autres, et que le courage des
soldats ne se ralentît.
6 Alcibiade, général athénien, vivement pressé dans un combat par
des troupes d'Abydos, et voyant arriver un courrier qui paraissait
triste, défendit à celui-ci d'annoncer publiquement la nouvelle
qu'il apportait; puis, l'ayant interrogé en particulier, il apprit
que Pharnabaze, lieutenant du roi de Perse, attaquait sa flotte.
Aussitôt il mit fin au combat, sans que ni l'ennemi ni les siens
en connussent le motif, et courut, avec toute son armée, au
secours de ses vaisseaux.
7 Lorsque Hannibal vint en Italie, trois mille Carpétans
désertèrent son armée. Dans la crainte que d'autres ne suivissent
cet exemple, il déclara que c'était lui qui les avait congédiés;
et, pour le prouver, il renvoya encore dans leurs foyers quelques
soldats qui ne pouvaient rendre que de très faibles services.
8 L. Lucullus, informé que la cavalerie macédonienne qu'il avait
parmi ses auxiliaires, passait du côté des ennemis par une
conspiration soudaine, fit sonner la charge et envoya des
escadrons à leur poursuite. Les ennemis, croyant qu'on venait les
attaquer, firent une décharge de traits sur les Macédoniens
transfuges; ceux-ci, se voyant repoussés par les troupes
auxquelles elles allaient se rendre, et pressés par celles qu'ils
abandonnaient, furent obligés d'en venir aux mains avec les
ennemis.
9 Datames, commandant l'armée des Perses en Cappadoce, contre
Autophradate, apprit qu'une partie de sa cavalerie désertait à
l'ennemi. Il rassembla tout ce qui lui en restait, courut après
les transfuges, et, quand il les eut atteints, les loua de
l'activité avec laquelle ils avaient pris les devants, et les
engagea à montrer autant d'énergie en abordant l'ennemi. La honte
amenant chez eux le repentir, ils abandonnèrent leur dessein, dans
la croyance qu'on ne l'avait point pénétré.
10 Le consul T. Quinctius Capitolinus, voyant les Romains plier,
s'écria que vers l'autre aile les ennemis étaient en déroute. Par
ce mensonge il releva le courage des siens, et remporta la
victoire.
11 Dans un combat contre les Étrusques, le consul Fabius, qui
commandait l'aile gauche, étant blessé[81], et une partie des
soldats romains, persuadés qu'il était mort, ayant commencé à
lâcher pied, l'autre consul, Cn. Manlius, accourut avec quelques
escadrons, criant que son collègue vivait, et que lui-même était
victorieux à l'autre aile. Par cette audacieuse fermeté, il rendit
le courage à son armée, et gagna la bataille.
12 Dans la guerre que Marius fit aux Cimbres et aux Teutons, ses
officiers marquèrent l'emplacement du camp avec si peu de
prévoyance, que l'eau était au pouvoir des barbares. Comme les
soldats en demandaient: «C'est là qu'il faut en prendre,» leur dit
Marius, en montrant du doigt la position de l'ennemi. Cette vive
réponse suffit pour que les barbares fussent en un instant chassés
de leur camp.
13 T. Labienus, après la journée de Pharsale, se réfugia à
Dyrrachium avec l'armée vaincue, et là, sans dissimuler l'issue de
la bataille, il tempéra le vrai par le faux, en affirmant que la
fortune était égale des deux côtés, attendu que César était
grièvement blessé. Cette assertion rendit la confiance au reste du
parti de Pompée.
14 Pendant que les Étoliens attaquaient la flotte de nos alliés,
près d'Ambracie, M. Caton, s'avançant audacieusement avec une
seule barque, et sans escorte, se mit à crier et à faire des
gestes, comme s'il appelait des vaisseaux romains qui le
suivissent. Cette feinte assurance épouvanta les Étoliens, qui
croyaient déjà voir approcher ceux auxquels les signaux semblaient
s'adresser: craignant d'être défaits par une flotte romaine, ils
abandonnèrent leur attaque.