LES CONSÉQUENCES DE LA RELATIVITÉ

Pour les études que poursuit le physicien, les conséquences déduites des

considérations qui précèdent sont d’une importance capitale. L’unité de

temps, telle qu’on l’admettait depuis Newton, ne peut plus être

considérée dans nos formules, comme une grandeur invariable et

constante; il n’y a pas de temps absolu. La durée dépendant de la

vitesse d’éloignement des observateurs, ceux-ci ne peuvent plus choisir

une commune unité; chaque système en est donc réduit à avoir son temps

propre, son _temps local_, celui que proposait déjà Lorentz.

Où que nous soyons, le _temps_ est donc _relatif_, parce que ce _temps_

nous est donné, dans l’Univers, par des signaux généralement lumineux;

ou, si vous préférez, nous ne pouvons nous rendre compte des événements

lointains qu’au moyen de la vision, phénomène lié à la vitesse de la

lumière. Pour que le temps pût être regardé comme absolu, il faudrait un

signal instantané et ce signal n’existe pas.

Donc, l’espace donné par la même sensation visuelle, et soumis comme le

temps a une condition de dépendance--vitesse relative du système--est

aussi relatif et devient par là même (la dernière expérience décrite l’a

prouvé), un corollaire obligé de la relativité du temps.

Ainsi raisonnent les relativistes: ils n’ont pas tout à fait tort, mais

les termes qu’ils emploient prêtent à l’équivoque.

Je vais donc essayer de mettre un peu de rigueur dans les conclusions

admises.

Lorsque Newton nous parlait de _temps absolu_, visait-il la nature du

temps? Évidemment non; tout le monde s’accorde à admettre que le temps

n’existe pas _en dehors_ des choses qui durent: pas de temps sans

mouvement, sans changement, donc sans quelque chose qui change. De ce

_temps_-là, il ne saurait être question entre physiciens: or, ces

derniers n’ont d’autre souci que la recherche d’un moyen pour _mesurer_

le temps.

Le mot _absolu_, dans le langage de Newton, avait donc une signification

bien nette; il se rapportait à l’unité de temps que le savant admettait

implicitement comme une grandeur conventionnelle certainement, mais

toujours identique à elle-même, dans l’étendue de l’Univers.

Or, en posant cette convention, il sous-entendait, sans s’en douter, une

condition qui n’est pas réalisée dans la nature: la propagation

instantanée de l’action, dont l’existence ne nous est connue que par la

transmission de la lumière. Dès lors que l’instantanéité n’existe pas,

l’espoir d’une unité absolue de mesure s’évanouit et nous sommes ainsi

conduits à nous servir d’une unité, non seulement conventionnelle comme

autrefois, mais _relative_ et variable, suivant le système où nous

opérons.

Cette mise au point était nécessaire pour restreindre la portée et

préciser la signification des conclusions de nos relativistes: ceux-ci

n’ont pas le droit d’affirmer que le temps absolu n’existe pas, mais ce

qu’ils peuvent dire, c’est qu’en l’état actuel de la science et en

raison des circonstances dans lesquelles nous nous rendons compte des

événements par la vision, nous sommes réduits à ne pouvoir employer une

unité de temps invariable.

Mêmes réserves en ce qui concerne l’espace qu’il ne faut pas d’ailleurs

confondre avec l’étendue. Je n’insiste pas ici sur cette distinction;

nous aurons, dans la suite, occasion de pénétrer plus avant dans les

mystères de l’espace et du temps.

Vous concevez maintenant quelle répercussion profonde doit avoir sur les

grandeurs étudiées en Physique et en Mécanique, l’emploi d’unités qui

n’ont plus rien d’absolu. Tous nos résultats concernant la masse, la

composition des vitesses, l’énergie potentielle, vont subir dans leur

expression finale, une modification imposée par l’adoption même du

principe de relativité.

Nous avons vu que les expériences sur l’émission des corpuscules et sur

les électrons avaient démontré, bien avant Einstein, que la masse d’un

corps est fonction de sa vitesse; ce fait assez surprenant n’était au

fond qu’une simple constatation; or, la théorie de la relativité nous

l’explique, ou prétend tout au moins l’expliquer. On conçoit très bien

en effet que ce qui affecte nos sens, ce qui manifeste la substance à

notre perception, soit dépendant des vitesses relatives. Supposez que je

voyage avec la vitesse d’un projectile qui m’accompagne; l’effet produit

par l’obus sur mon corps sera nul, tout au plus se réduira-t-il à une

simple action de contact. Mais que nous croisions, l’un et l’autre, un

sujet venant à notre rencontre, le choc sera terrible et son intensité

deviendra la mesure de la masse, pour ainsi dire. Pour une troisième

personne filant devant nous avec une vitesse un peu moindre que la

nôtre, et que nous rejoindrions en cours de route, l’effet serait très

atténué. Ainsi, nous sommes trois observateurs qui apprécierons

différemment la masse du corps en mouvement; et nous comprenons qu’au

fond, c’est dans la relativité de nos vitesses qu’il faut chercher la

clef du mystère.

Seulement, si nous poussons jusqu’au bout l’application des formules,

nous allons arriver à une conclusion quelque peu déconcertante: la

vitesse d’un corps ne saurait dépasser celle de la lumière. La formule à

laquelle j’ai fait allusion dans le chapitre II et qui était relative à

la contraction de Lorentz, se retrouve, nous l’avons vu, dans la théorie

de la relativité. Pour Lorentz, la contraction était réelle, pour les

relativistes, elle est apparente; c’est la seule différence, mais, dans

l’un et l’autre système, son expression intervient à chaque instant dans

les équations. S’agit-il des longueurs, nous voyons aussitôt que la

fraction de la formule prend la valeur de 1 pour une vitesse du corps

égale à celle de la lumière; la contraction est maximum et le corps est

réduit à zéro en épaisseur[36]. Quant aux durées et aux masses, elles

deviennent infinies dans la même hypothèse.

[36] Cela résulte de la formule donnée dans la note [23] de la page

37. Les durées et les masses se déduisent de la même expression.

Et si nous supposions un corps allant plus vite que la lumière? Dans ce

dernier cas, la formule nous avertit que nous sommes en dehors de toute

réalité; l’hypothèse est inadmissible. Et cependant elle ne répugne pas

en soi, elle n’offre à l’esprit rien d’absurde; je conçois très bien

qu’une vitesse ne peut pas être infinie, car si cela était, un corps

serait à la fois, c’est-à-dire au même instant, aux deux extrémités

d’une même longueur représentée par une droite AB; mais je n’aperçois

pas la raison d’une limitation de la vitesse à une valeur donnée, et

c’est pourtant ce qu’indique la formule.

Il y a là une obscurité singulière qu’il faudrait bien faire cesser. Les

relativistes s’en tirent en invoquant leur formule; ce n’est pas une

réponse, car une équation ne peut donner finalement que ce qu’on y a

introduit dès le début. Il faut donc ouvrir l’œil et chercher à la base

même de la théorie.

Il paraît singulier que toute matière, dans son mouvement, ne puisse

dépasser la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde; la vérification

du fait est du domaine de l’expérience et nous attendrons pour nous

prononcer.

Pour ce qui est de la fameuse équation magique, à y regarder de près, on

ne tarde pas à découvrir l’artifice. Dès lors que nous tablons sur la

vitesse de la lumière pour nous faire connaître un événement et que

cette vitesse entre dans nos formules, notamment comme dénominateur dans

la fraction indiquée, elle limite par avance le résultat, puisque le

numérateur de notre fraction ne saurait en aucun cas devenir supérieur à

son dénominateur.

Cette simple réflexion nous explique pourquoi, d’après la formule, une

vitesse supérieure à celle de la lumière n’a plus de valeur réelle, mais

devient imaginaire[37].

[37] Parce que la quantité sous le radical, dans la formule donnée en

note de la page 37, devient nécessairement négative. Dans ces

conditions, la racine est _imaginaire_.

Eh bien, même dans ce cas, tout au moins en ce qui concerne les

vitesses, notre expression possède un sens interprétable. Nous avons vu

que pour un observateur voyageant avec l’image d’un événement,

c’est-à-dire à la vitesse de 300 000 kilomètres, cet événement serait

pour lui éternellement présent; la Terre lui paraîtrait comme à

l’instant où il l’a quittée, elle serait immobile; que dis-je, toute la

surface de la Terre lui semblerait figée dans la plus parfaite

immobilité: les cyclones arrêteraient leur marche, les oiseaux

suspendraient leur vol, les trains ne rouleraient plus; les hommes,

acteurs des événements, lui apparaîtraient comme nous les contemplons

sur une photographie instantanée; tout mouvement serait anéanti, toute

durée terrestre suspendue. Mais puisque nous sommes dans le domaine de

l’hypothèse, il ne m’en coûte pas davantage d’imaginer notre voyageur

emporté loin de la Terre avec une vitesse supérieure à celle de la

lumière. Dans ce cas, il rejoindra en cours de route, des images ayant

quitté la Terre _avant_ son départ, donc des images d’événements se

succédant à rebours, tel un film cinématographique qu’on déroulerait à

l’envers. Curieuse façon de vérifier l’authenticité des faits passés,

d’assister au règne de Napoléon, de revivre le Moyen-Age, de revoir la

mort du Christ, la décadence de l’Empire romain _précédant_ sa grandeur,

etc...

Rêve chimérique, direz-vous! Pas autant que vous le croyez; car, enfin,

vingt siècles suffisent à encadrer les événements auxquels je faisais

allusion à l’instant; or, la lumière partie de la Terre il y a 2 000

ans, n’a pas encore touché un grand nombre d’étoiles. Un observateur

situé aux confins de la Voie lactée, dans la portion la plus éloignée du

système solaire, s’il possédait des instruments grossissants,

contemplerait des événements qui se sont déroulés sur notre planète il y

a environ 200 000 ans[38].

[38] Voir, à ce sujet, les idées modernes sur le diamètre de la Voie

lactée et notre position dans l’ensemble aux chap. XIV, XV, XVI de

_Où en est l’Astronomie_, par l’Abbé TH. MOREUX (Gauthier-Villars,

Paris, 1920).

Un homme qui possèderait le moyen d’atteindre les lointaines régions

dont je viens de parler, en un demi-siècle, verrait en cours de route,

se dérouler à rebours tous les événements de notre lointain passé. Nous

n’avons pas attendu la venue d’Einstein pour imaginer cette fiction:

depuis un siècle et demi pour le moins, les romanciers ont su en tirer

un parti plus ou moins heureux, sans oser se prononcer sur la

possibilité intrinsèque d’une aussi extraordinaire randonnée.

Et c’est cette hypothèse que suggère la formule servant de base à la

relativité. Seulement, pour les raisons indiquées, ce cas perd toute

réalité et devient imaginaire. Quoi d’étonnant puisque, d’avance, on a

limité la condition de la simultanéité en ne considérant que le signal

lumineux.

Les relativistes avertis pourraient, ce me semble, se tirer de ce

mauvais pas d’une tout autre façon et voici comment: on se souvient que

les travaux contemporains, s’appuyant sur les équations de Maxwell, ont

pu rattacher la dynamique de l’électron à la vitesse de la lumière et la

faire entrer dans le cadre de la théorie électro-magnétique. L’émission

corpusculaire elle-même ne serait qu’un cas particulier des lois du

rayonnement; or, c’est dans ce domaine que nous avons constaté les plus

grandes vitesses: 297 000 kilomètres dans certaines expériences, pour

les rayons _Bêta_. La vitesse de la lumière n’a jamais pu être dépassée,

ce qui s’accorderait avec les formules de la relativité.

Mais alors on ne fait que reculer la question et une autre difficulté

surgit. Certaines particules pourraient atteindre 300 000 kilomètres à

la seconde, car enfin il y a _quelque chose_ qui voyage à ce taux.

Serait-ce l’électron? Dans ce cas, notre électron, d’après les

relativistes, doit avoir une masse infinie; cela résulte de la formule

fondamentale, et une épaisseur réduite à zéro; double contradiction.

Et si c’est une partie d’électron, un grain d’énergie, la même question

va se poser. Ne serait-ce pas l’éther? Peut-être et dès lors c’est une

nouvelle Physique à construire... avec les débris de l’ancienne.

L’esprit se perd dans ce dédale; à chaque pas, nous avons l’impression

plus nette d’être enfermés dans un labyrinthe dont les issues se

dérobent à nos recherches. Qui éclairera notre route! Où trouver le fil

conducteur de nature à guider notre marche?

Est-ce tout? Pas encore. Plaçons-nous à un autre point de vue et

examinons d’un peu plus près que nous l’avons fait, la base fondamentale

de la théorie.

* * * * *

Vous posez, dirons-nous aux relativistes, comme évident, la constance de

la vitesse de la lumière; c’est votre postulat. Soit, les sciences

réputées les plus exactes fourmillent d’exemples de ce genre, vérités

peut-être intuitives, en tout cas primordiales, que l’esprit ne se peut

refuser d’admettre. Mais ici, la question se présente autrement.

Pour vous rendre compte de la constance d’une vitesse, il vous faut

mesurer une longueur parcourue et cette longueur est elle-même

déterminée par une durée égale de temps.

Reprenons l’exemple de la voie et du train en marche: avec mon ami, nous

conviendrons pour mesurer nos longueurs d’adopter une unité qui vaudra

un certain nombre de longueurs d’ondes d’une lumière identique. Mais mon

ami est en marche et moi je suis au repos; dans ces conditions, qui nous

assure que nos longueurs d’onde seront les mêmes?

Difficulté analogue pour le temps: sa mesure repose sur la notion de

simultanéité. Au repos, tout va bien: mon ami et moi, qui sommes à égale

distance des extrémités de notre système, jugerons que les émissions

auront lieu au même moment, si elles arrivent à notre œil au même

instant. Une fois le train en marche, mon ami continue à se servir de la

même définition de la simultanéité; il suppose donc implicitement que,

malgré le mouvement des signaux lumineux qui arrivent à son œil de

l’avant et de l’arrière, c’est-à-dire qui voyagent en sens contraire,

l’espace parcouru, qui est le même, l’est dans le _même temps_. Or,

admettre cette proposition c’est supposer qu’on a déjà un moyen de

mesurer le temps.

De toute façon, on tourne dans un cercle vicieux, dont rien ne pourra

nous faire sortir.

--Ne vous embarrassez point pour si peu, répondra Einstein; cette

constance de la vitesse de la lumière qui vous préoccupe, nous allons la

faire disparaître dans la Relativité généralisée; la première, la

Relativité restreinte ne s’adressait qu’au mouvement rectiligne et

uniforme; c’est là un cas particulier qui se fondra en un cas plus

général où nous verrons la vitesse de la lumière s’accélérer ou se

ralentir sous l’influence des grosses masses réparties dans l’Univers.

Dès lors, nous pouvons nous passer du postulat qui heurtait si fort vos

sentiments de philosophe.

--Très bien, mais n’empêche que votre postulat vous a été nécessaire

pour arriver à l’établissement des équations d’où sortiront plus tard

les principes de la Relativité généralisée. Vous vous êtes allégrement

débarrassé d’un commanditaire encombrant, soit, mais la source de votre

fortune est dans le premier argent mis à votre disposition. Nous

connaissons ce genre de raisonnement, la philosophie allemande en est

pétrie.

Trêve de ces théories alambiquées! Si les masses exercent une action sur

la constance de la vitesse de la lumière pour la modifier, cette vitesse

constante préexistait à la modification. Pour qu’une chose change, pour

qu’elle revête un autre aspect, il faut que cette chose existe

préalablement. La modification n’a pas d’existence propre, il lui faut

un support pour exister. Avant la perturbation créée par les masses, il

y avait de même une grandeur qu’il vous plaît maintenant d’ignorer, que

vous avez transformée en une quantité variable, mais qui était constante

de sa nature et posée comme telle dans votre fameux postulat.

Ces réflexions et quantité d’autres que je pourrais encore développer,

sont de nature à faire soupçonner la cause des obscurités et des

contradictions inhérentes à la théorie et que les promoteurs de la

Relativité ont dissimulées, tant bien que mal, en se jetant comme on l’a

fait observer «dans un océan mathématique»[39]. J’estime même qu’en la

circonstance, la plupart des physiciens perdront pied et ne suivront

plus les démonstrations qui supposent pour être comprises une culture

très spécialisée; une citadelle où ne pénètrent que les seuls initiés

revêt toujours des aspects mystérieux et c’est à cette circonstance,

n’en doutez pas, qu’est dû le succès prodigieux des nouvelles théories,

dans certains milieux intellectuels.

[39] Cf. L. DUNOYER, art. j. cit. p. 329. _Rev. univ._ 1er Mai 1922.

Cette remarque est d’ailleurs d’ordre général: pour soutenir une

hypothèse, on s’accroche à tout ce que l’on rencontre et lorsqu’on sent

le terrain se dérober sous les pas, à l’exposé logique, en un langage

clair et précis de la pensée, on substitue des formules, ce qui faisait

dire autrefois à Russell: «Quand on ne sait ni de quoi on parle, ni si

ce que l’on dit est vrai, on fait des mathématiques.»

Et c’est l’impression qui vous étreint par exemple, après l’étude de

l’ouvrage de A. Weyl, le disciple d’Einstein, qui fait appel, pour

justifier la Relativité dans toutes ses conséquences, aux ressources les

plus profondes de l’Analyse et du Calcul différentiel absolu[40]. Et

lorsqu’on ferme le volume, on se demande si des savants n’auraient pas

mieux fait de dépenser une énergie égale, en variant de toutes les

façons imaginables, la célèbre expérience de Michelson et Morley, cause

de tant de travaux et de si sévères discussions.

[40] Cf. A. WEYL: _Espace, Temps, Matière_ (A. Blanchard, Paris,

1922).

Car, au fond, c’est pour échapper à la contraction réelle imaginée par

Lorentz qu’on a fait tout ce tapage. C’est pour retrouver la formule du

savant hollandais qu’on a échafaudé une nouvelle hypothèse; c’est pour

raccorder les formules empiriques de Newcomb sur la gravitation encore

mal connue, avec celles de l’électron, édifiées bien avant Einstein et

qui menaçaient déjà notre vieille Mécanique, qu’on a accumulé des

montagnes d’intégrales.

La dynamique de l’électron est à peine esquissée, qui sait ce que nous

réserve l’avenir; toute séduisante que soit la théorie des _quanta_,

nous sentons qu’elle se heurte à des difficultés insurmontables de

nature à la faire modifier profondément. A l’heure actuelle, je l’ai

déjà fait remarquer, nous faisons machine arrière et nous revenons à la

théorie de l’émission; mais alors vont surgir de nouveaux problèmes. Il

va falloir, coûte que coûte réintroduire la notion de cet éther

énigmatique dont on avait voulu se passer et ce sont toutes les lois du

rayonnement qui sont à reprendre.

Quand on embrasse d’un seul regard les énigmes soulevées et les

questions pendantes, on se demande si le moment était bien opportun de

rechercher une formule synthétique, alors que tant de phénomènes nous

échappent encore.

D’enthousiastes vulgarisateurs nous ont invité à voir dans Einstein un

génie comparable à celui de Newton. C’est un titre de gloire bien lourd

à porter et que, seule, la postérité peut décerner.

* * * * *

Passons maintenant au côté des applications pratiques.

Les conséquences de la théorie de la Relativité qu’il est inutile

d’exposer ici en détail, ont ceci de particulier qu’elles ne se font

véritablement sentir qu’au cas des grandes vitesses. Par leur essence

même, elles constituent donc, pour ainsi dire, un rempart aux idées des

novateurs, puisque très rares sont les occasions où nous pouvons les

vérifier. Voici quelques exemples numériques; commençons par les durées:

Dès lors que la Terre tourne autour du Soleil à raison de 29 745 mètres

à la seconde en moyenne, nos montres ne sauraient s’accorder avec celles

qui marqueraient le temps sur le Soleil, centre immobile par rapport à

nous; dans ces conditions, savez-vous à combien se monterait le

désaccord des deux chronométreurs au bout d’une année, c’est-à-dire

après 31 536 000 secondes? Devinez: Pas même à une seconde de temps; à

_un dixième et demi de seconde_ tout au plus.

Lorsque nous constatons dans la durée du jour des écarts atteignant 5 à

6 secondes en certaines années, on conviendra que l’effet einsteinien

est tout à fait négligeable et ne vaut guère la peine qu’on s’y arrête.

Les événements, dit-on, pourraient être intervertis et c’est une

conséquence inéluctable de la théorie de la relativité. Je ne le nie

pas, mais le calcul montre aussi que l’hypothèse sera toujours

irréalisable pour deux événements se passant au sein du système solaire

limité à Neptune, c’est-à-dire dans la partie de l’espace qui nous

intéresse davantage et qui ne mesure pas moins de 9 milliards de

kilomètres de diamètre.

Nous avons vu de même, que l’effet de notre mouvement sur le rayon de la

Terre ne raccourcirait celui-ci que de 3 _centimètres_ environ dans le

sens de notre translation autour du Soleil; or, 3 centimètres sur 6 371

kilomètres, c’est vraiment une diminution infime que nous ne

parviendrons jamais à évaluer pratiquement. Il suit de là, nous l’avons

vu, que nos mètres eux-mêmes subissent une contraction proportionnelle,

dès que nous mesurons la grandeur d’un objet orienté dans le sens de la

marche de notre globe. C’est bien en effet ce qui résulte de la théorie,

qu’on admette l’hypothèse de la relativité ou celle de la contraction de

Lorentz; mais, dans les deux cas, on aurait bien dû avertir le public

que l’erreur, en la circonstance, n’est tout au plus que de 5

_millionièmes_ de millimètre par mètre! Nos arpenteurs peuvent donc sans

remords continuer à ignorer les nouvelles doctrines.

Passons maintenant à la masse. Nous avons dit que les physiciens

n’avaient pas attendu l’avènement d’Einstein pour nous enseigner que la

masse des corps, considérée, voilà cinquante ans, comme une donnée

constante et intangible, augmentait avec leur vitesse. Ainsi,

constatation mystérieuse, mais qui paraît bien réelle, puisqu’elle

semble d’ordre expérimental, un corps lancé avec force possède une masse

plus grande qu’à l’état de repos; le tout est de savoir quel ordre de

grandeur manifeste cet accroissement. Lançons un boulet de 500

kilogrammes à la vitesse que possédaient probablement les obus de la

fameuse Bertha, soit à 1 500 mètres par seconde. Savez-vous de combien

sera augmenté le poids de notre projectile? De 38 _milligrammes_

seulement; et notez qu’ici, le surplus est un maximum; jamais nous ne

réaliserons de semblables vitesses industriellement. C’est ainsi qu’un

train pesant 1 250 tonnes et faisant du 108 kilomètres à l’heure, ce

qui est énorme, verrait son poids ne s’augmenter que de 27

_cent-millionièmes de milligramme_. Voilà de quoi rassurer nos

ingénieurs; comme les balisticiens, ces derniers peuvent se livrer à

leurs calculs suivant les méthodes enseignées dans nos grandes écoles;

ils sont certains à l’avance de ne commettre aucune erreur sensible et

funeste.

Autrefois, on nous disait couramment que si deux avions marchent en sens

contraire l’un de l’autre et se croisent à la vitesse de 85 mètres par

seconde, ce qui nous donne du 306 kilomètres à l’heure, leur vitesse

relative est doublée; nos deux aviateurs doivent donc avoir l’impression

de faire du 170 mètres à la seconde. Dans les nouvelles théories, tout

ceci est changé. Les vitesses étant relatives, il est évident qu’il

faudra, en Mécanique, modifier la règle du parallélogramme; dans le cas

considéré, la vitesse résultante n’est donc pas exactement le double des

composantes, mais la différence avec ce dernier nombre n’atteint pas _un

demi-milliardième_ de millimètre[41].

[41] Tous ces exemples numériques sont tirés de l’ouvrage si documenté

de M. GASTON MOCH sur _La Relativité des Phénomènes_ (Flammarion,

Paris, 1921).

Pratiquement, notre système actuel est seul à retenir; la Relativité ne

peut servir que dans l’étude de l’infiniment petit, dans le domaine des

atomes, où le physicien, nous l’avons vu, se trouve toujours en présence

de vitesses fantastiques.

Mais, à ne considérer encore que le point de vue expérimental, il

restera à montrer pourquoi, dans nos formules, la vitesse de la lumière

semble toujours jouer le rôle de limite et de l’infini en mathématiques.

Il y a là une obscurité réelle que la Relativité n’explique pas,

puisqu’elle la suppose et l’admet toujours implicitement.

Or, nous l’avons vu, c’est sur cette vitesse limite de la lumière que

s’appuie la définition même de la simultanéité: celle-ci est donc non

seulement conventionnelle, mais relative à un monde où les actions qui

se transmettent de proche en proche, ne peuvent se propager plus vite

que par le signal lumineux.

D’où il suit que si nous trouvons un moyen de communication plus rapide,

ou si nous constatons que dans l’Univers, il existe des actions se

transmettant à plus grande vitesse, la théorie de la relativité actuelle

s’écroulera du même coup.

Or, nous sommes d’ores et déjà certains qu’il existe au moins un

phénomène nous montrant un exemple de transmission plus rapide que celle

de la lumière: c’est la gravitation. De même qu’avant Rœmer, on

admettait couramment l’instantanéité de la transmission de la lumière,

les savants de la première moitié du XVIIIe siècle professaient une

théorie analogue en ce qui concerne l’action de la gravitation,

c’est-à-dire qu’ils croyaient à la propagation instantanée de la

pesanteur.

Ce dogme fut définitivement renversé par Laplace. Les calculs entrepris

par l’auteur de _l’Exposition du système du Monde_, lui montrèrent en

effet que la gravitation se transmet avec une vitesse au moins 7

millions de fois plus grande que la lumière. Ainsi, écrit-il, «la

pesanteur agit donc avec une vitesse que nous pouvons considérer comme

infinie et nous devons en conclure que l’attraction du Soleil se

communique dans un instant presque indivisible aux extrémités du système

solaire»[42].

[42] Cf. LAPLACE: _Exposition du Système du Monde_, p. 321, éd. 1835.

Cette conclusion est vivement attaquée par les relativistes actuels

qui soutiennent que la gravitation voyage au même taux que la

lumière.

La conclusion nécessaire et obligatoire est celle-ci: Il existe dans le

monde des actions qui se transmettent beaucoup plus vite que nos signaux

lumineux, des ondes plus rapides que celles de la lumière; ce sont les

ondes gravifiques.

Alors que la lumière marche à raison de 299 860 kilomètres par seconde,

d’après Michelson et Newcomb[43], la gravitation se fait sentir à

travers l’espace matériel à la vitesse de 2 100 milliards de kilomètres

dans le même temps. Ce chiffre est une limite inférieure; pour donner

une idée de sa valeur, un simple rapprochement suffira: alors que la

lumière ne met pas moins de 4 années pour nous venir de l’étoile la plus

proche, _Proxima Centauri_, la gravitation se transmet dans cet

intervalle, en 17 secondes à peine; pour nous venir d’étoiles situées à

7 000 années-lumière de notre œil, l’onde gravifique amorcée en ces

lointaines régions met exactement le même temps pour nous arriver que

l’onde lumineuse pour traverser notre système solaire limité à Neptune.

[43] Les valeurs de la vitesse de la lumière sont encore très

discordantes; on sait seulement que la valeur réelle est très près

de 300 000 kilomètres.

Dès lors, une réflexion s’impose: des êtres privés de la vue, mais

pouvant percevoir des sons, auraient, depuis longtemps, fondé une

mécanique relativiste appropriée à leurs facultés; comme les physiciens

d’aujourd’hui, ils en seraient toujours à discuter s’ils se déplacent ou

non par rapport à un milieu immobile; parce que nos expériences

jusqu’ici n’ont rien donné de positif, nous concluons que la vitesse de

la source lumineuse ne saurait avoir d’influence sur la transmission de

la lumière; qu’en savons-nous? Et c’est cependant sur cette proposition

que nous bâtissons la théorie de la Relativité, où nous posons dès lors

comme une sorte d’axiome que nos 300 000 kilomètres, ou à peu près,

marquent la limite de la vitesse de propagation d’une action matérielle.

Et la gravitation, qu’en font donc nos théoriciens? Nous n’allons pas,

je suppose ramener la vieille querelle de l’action à distance; s’il faut

un milieu pour transporter la lumière, il en faut un, le même peut-être,

pour transmettre les actions gravifiques. C’est donc une action

cinétique qui se propage entre les masses. De quelle nature est cette

action, nous l’ignorons; mais peu importe, l’essentiel est qu’elle

existe et nous parviendrons un jour à enregistrer sa vitesse. Nos

successeurs seront donc amenés à réviser la théorie actuelle de la

relativité. Le signal lumineux n’étant qu’un procédé grossier pour

définir la simultanéité, les savants de l’avenir auront une définition

calquée sur la première, évidemment, mais qui se rapprochera de celle

donnée par la formule du temps absolu et tout se passera à très peu près

comme dans la Mécanique classique.

Nous n’en sommes pas là, je vous l’accorde; mais, au moins, enregistrons

la leçon que nous donne la gravitation. Qu’on ne nous parle plus de la

vitesse de la lumière comme la limite que ne peuvent dépasser les

mouvements d’un corps matériel. Conservons de la Relativité, les

principes essentiels qu’elle nous a démontrés, mais laissons à

l’expérience le soin de nous dire jusqu’où nous devons continuer à nous

engager dans cette voie pleine d’embûches et de périls.

* * * * *

Après avoir parcouru ce premier stade de notre étude, je demande au

lecteur de résumer ici toute ma pensée:

Depuis près d’un demi-siècle, la physique de l’atome nous a montré que

nos lois générales, en particulier la loi de Newton sur l’attraction

universelle, ne sauraient prétendre à tout expliquer. Il faudrait

pouvoir englober dans une formule synthétique l’électro-dynamique, la

théorie de la lumière et l’attraction des masses célestes réparties à

profusion dans l’Univers.

Moyennant des postulats qui s’appuient sur des expériences paraissant

encore insuffisantes, Lorentz, puis Einstein, pour ne citer que les

principaux, ont essayé d’opérer cette synthèse. La théorie de la

relativité est un de ces essais remarquables; les principes en

paraissent assez bien établis, mais ils sont conditionnels: c’est dire

qu’ils disparaîtraient le jour où un seul des postulats serait trouvé en

défaut.

La série des déductions mathématiques qu’on en retire est inattaquable,

mais elle ne vaut que ce que valent les prémisses; ce sont de purs

symboles dont l’interprétation est plus ou moins arbitraire. Il reste

encore dans l’ensemble, bien des contradictions et des obscurités.

Cette mise au point des conclusions où nous mène ce que l’on appelle la

_Relativité restreinte_, était nécessaire avant d’aborder la suite des

idées d’Einstein et de Minkowski sur les conséquences de la _Relativité

généralisée_.

Au début, Einstein s’est bien gardé de vouloir donner une théorie

physique des phénomènes; même dans la Relativité généralisée où nous

trouverons d’étranges propositions, le physicien allemand nous

avertissait en 1915, que «l’espace et le temps sont dépouillés des

dernières traces de réalité objective»; en 1920, il ajoutait que sa

théorie «ne peut ni ne veut donner aucun système du monde, mais

seulement une condition restrictive à laquelle les lois de la nature

doivent se soumettre».

Malheureusement, comme le remarque fort bien M. Maillard, «en science

comme en art, les disciples s’imaginent que pour surpasser le maître, il

est nécessaire et suffisant de déformer sa pensée[44]».

[44] Cf. L. MAILLARD: _Cosmogonie et Gravitation_, p. 39 (Lausanne,

1922).

Toutefois, ces paroles judicieuses appellent une remarque: à la suite

des conférences et des controverses auxquelles prit part Einstein

lui-même, il semble bien que le _maître_ se soit laissé glisser peu à

peu sur une pente qu’il affectionnait. Peut-on faire de la science sans

idée préconçue? Je ne le pense pas; tôt ou tard, en face des notions

premières et des théorèmes fondamentaux auxquels on est acculé, on sent

le besoin de l’interprétation; le métaphysicien qui sommeille en chacun

de nous, se réveille et l’on se trouve amené à prendre parti dans des

querelles qui subsistent depuis Aristote et Platon et qui, toutes, se

réfèrent à la nature intime des choses.

Si j’en crois ceux qui ont approché Einstein pendant son séjour à Paris,

le physicien allemand a eu l’ambition--mettons tardive--de donner une

nouvelle figure du monde. Je serai le dernier à le lui reprocher, et je

n’ai jamais compris pour ma part le précepte de Bacon: «Physique,

garde-toi de la Métaphysique»; car la Physique ne résout rien; ou

plutôt, n’est-ce pas son but que d’essayer de résoudre les problèmes que

lui pose le métaphysicien, tout au moins d’éclairer la marche du penseur

et de lui fournir les données expérimentales, seuls appuis solides des

théories?

Bon gré, mal gré, dès qu’on explore les avenues de la nature dans tous

les champs qu’elle offre à notre connaissance, nous ne savons plus

distinguer, suivant l’élégante expression du Père Carbonnelle, où se

trouvent les «confins de la Science et de la Philosophie». Où s’arrête

la première, où commence la seconde? Nul ne saurait le dire. C’est que,

dans la réalité, la connaissance de l’Univers ne peut être donnée à

l’homme qu’à l’aide de ses facultés: il faut le raisonnement joint à la

sensation. Pas de pouvoir d’enregistrement, pas d’acquisition des faits

sans les données sensibles; mais aussi, pas d’interprétation de nos

statistiques sans une application de l’entendement qui abstrait, qui

induit, qui compare, qui généralise, toutes opérations qui ne sauraient,

quoi qu’on dise, relever de la sensation pure.

Cette alliance harmonieuse de facultés si différentes, est la source de

notre faiblesse et de notre force tout à la fois. Qui ne voit en effet,

qu’en vertu de la sensation, le réel se présente sous un double aspect:

en même temps qu’il est subjectif, en tant que le non-moi provoque une

modification du moi, il est objectif en tant qu’il dépend de la nature

du non-moi, c’est-à-dire du monde extérieur.

L’homme simple prête aux choses des qualités toutes subjectives; le

physicien, au contraire, sait très bien que ces qualités, objectivement,

ne répondent pas au _donné_, bien qu’elles en soient la cause. Et c’est

ici qu’intervient le raisonnement. Dès ce moment, notre physicien, qu’il

le veuille ou non, se mue en philosophe; car la philosophie n’est à

proprement parler que la recherche des causes; et voilà où est l’écueil.

Pratiquement, les deux rôles sont plus ou moins confondus, car nous

naissons tous avec la curiosité de savoir: lorsque j’étais enfant, je

démontais mes poupées pour savoir comment elles disaient «Papa»; plus

tard je mettais en pièces mes locomotives pour en surprendre le

mécanisme; à l’âge d’homme, je conçus l’ambition, après avoir étudié

l’Astronomie, de démonter le Système solaire et d’aboutir à une nouvelle

Cosmogonie, toujours aiguisé par la curiosité; à l’heure actuelle,

j’aurais à cœur de comprendre les ressorts cachés de l’Univers, la

composition de l’atome, celle de l’éther et les interactions de la

substance matérielle dont la seule modalité irréductible paraît être

l’énergie.

Vous apercevez maintenant l’ordre suivi: des causes visibles, nous

remontons aux invisibles; mais alors, la sensation brute ne nous apprend

plus rien; le physicien, je le sais, possède un puissant outillage;

n’empêche qu’à un certain moment, son magasin se trouve à court; il lui

faut donc d’autres procédés plus puissants ou plus faibles, suivant sa

manière de les utiliser. Je veux parler de l’hypothèse, de l’induction,

des formes les plus variées du raisonnement; mais toutes, au fond, se

ramènent à la faculté de généralisation... et l’écueil pour lui sera

d’être poussé inconsciemment, après avoir dépouillé les objets de leurs

qualités réelles, à leur prêter des qualités abstraites, fruits

imaginaires de la faculté qu’il possède de s’élever au général. En

d’autres termes et d’une façon plus concise, le danger pour le savant

consistera toujours à se laisser entraîner à la construction du monde

extérieur, c’est-à-dire du réel objectif, en lui prêtant des qualités

_abstraites_ tirées du _donné_.

C’est là, à mon avis, et non pas ailleurs, qu’il faut rechercher

l’explication des obscurités, des contradictions et des antinomies

rencontrées à chaque pas dans les problèmes concernant l’Espace et le

Temps.

Voilà l’écueil que n’ont pas su éviter les Einsteiniens dans leur

construction hâtive et toute artificielle du monde physique. «La théorie

de la relativité a passé en revue tous les sujets de la Physique. Elle a

unifié les grandes lois qui, par la précision dans la forme et la

rigueur dans l’application, ont conquis dans la science humaine la place

d’honneur que la Physique occupe aujourd’hui. Et pourtant, en ce qui

concerne la nature des choses, cette science n’est qu’une forme vide--un

échafaudage de symboles...» Et de qui sont ces paroles? D’un des plus

grands savants qui connaissent le mieux la doctrine de la relativité,

d’Eddington lui-même qui a vérifié la fameuse loi de la déviation du

rayon lumineux au cours de l’éclipse de Soleil du 29 Mai 1919[45]. A

certains, le jugement paraîtra bien sévère; les chapitres qui vont

suivre seront cependant de nature à le justifier.

[45] A. S. EDDINGTON: _Space, Time and Gravitation_, p. 200 (Univ.

Press, Cambridge, 1920).

Pour comprendre Einstein · 第 11 / 26 题