A tous les contes orientaux, et notamment aux contes indiens, que
nous avons analysés, I, pp. 114-120, nous pouvons ajouter un conte
de l'île de Ceylan (_Orientalist_, II, 1885, p. 33): Un jeune
homme, appelé Loku-Appu, a emprunté de l'argent à des joueurs de
tamtam, avec la ferme intention de ne jamais le leur rendre. Les
voyant un jour de loin se diriger vers sa maison, il fait la leçon
à une vieille femme et à une jeune fille, et attend ses créanciers
en affectant d'être très occupé à tailler un gros bâton. Les
créanciers arrivent; il les prie de s'asseoir, et presque aussitôt
il frappe de son bâton la vieille femme, et la pousse dans une
chambre voisine. Quelques instants après, il appelle pour avoir
du bétel, et, au lieu de la vieille, c'est une jeune fille qui
sort de la chambre. Voilà les créanciers fort étonnés; Loku-Appu
leur dit que son bâton a la vertu de changer les vieilles femmes
en jeunes filles. Les créanciers veulent à toute force posséder
ce bâton merveilleux, et, comme Loku-Appu refuse de s'en défaire,
ils s'en emparent. De retour chez eux, ils essaient le bâton sur
des vieilles femmes, qu'ils parviennent bien à assommer, mais non
à rajeunir. Ils retournent furieux chez Loku-Appu; celui-ci dit
qu'ils ont pris le bâton par le mauvais bout. La fois d'ensuite,
ils emploient le bon bout; mais le résultat est le même. Déterminés
à se venger, ils saisissent Loku-Appu, qu'ils enferment dans un
sac pour aller le jeter à la rivière. Pendant qu'ils l'y portent,
ils entendent battre le tamtam; il déposent le sac et vont voir
de quoi il s'agit. Pendant leur absence, un Musulman, marchand
d'étoffes, qui passe par là, entend Loku-Appu crier dans son sac:
«Hélas! hélas! comment pourrai-je gouverner un royaume, moi qui ne
sais ni lire ni écrire?» Il s'approche, et, Loku-Appu lui ayant
raconté qu'on l'emmène de force pour le faire roi, il lui demande
la faveur de se mettre dans le sac à sa place. Les créanciers, à
leur retour, jettent le sac dans la rivière, et sont bien étonnés
ensuite de voir Loku-Appu en train de laver des étoffes dans cette
même rivière. Loku-Appu leur dit qu'il a trouvé toutes ces étoffes
au fond de l'eau et que, comme il y avait un peu de boue dessus,
il les nettoie. Les créanciers, voulant avoir pareille aubaine, se
font mettre dans des sacs par Loku-Appu et jeter à la rivière.