Il était une fois des gens qui avaient autant d'enfants qu'il y a
de trous dans un tamis. Il leur vint encore un petit garçon. Comme
personne dans le village ne voulait être parrain, le père s'en alla sur
la grande route pour tâcher d'en trouver un. A quelques pas de chez
lui, il rencontra un homme qui lui demanda où il allait. C'était le
bon Dieu. «Je cherche un parrain pour mon enfant,» répondit-il.--«Si
tu veux,» dit l'homme, «je serai le parrain. Je reviendrai dans sept
ans et je prendrai l'enfant avec moi.» Le père accepta la proposition,
et l'homme donna tout l'argent qu'il fallait pour le baptême; puis, la
cérémonie faite, il se remit en route.
Le petit garçon grandit, et ses parents l'aimaient encore mieux que
leurs autres enfants. Aussi, quand au bout des sept ans le parrain vint
pour prendre son filleul, ils ne voulaient pas s'en séparer. «Il n'y a
pas encore sept ans,» disait le père.--«Si fait,» dit le parrain, «il y
a sept ans.» Et il prit l'enfant, qu'il emporta sur son dos.
Chemin faisant, l'enfant vit par terre une belle plume. «Hé! ma mule,
hé! ma mule!» dit-il, «laisse-moi ramasser cette plume[113]!--Non,» dit
le parrain. «Si tu la ramasses, elle te fera bien du mal.» Mais le
petit garçon ne voulut rien entendre, et force fut au parrain de lui
laisser ramasser la plume. Il continuèrent leur route et arrivèrent
chez un roi. Ce roi avait de belles écuries et de laides écuries; il
avait de beaux chevaux et de laids chevaux. L'enfant passa sa plume
sur les laides écuries du roi, et elles devinrent aussi belles que les
belles écuries du roi; puis il la passa sur les laids chevaux du roi,
et ils devinrent aussi beaux que les beaux chevaux du roi. Le roi prit
l'enfant en amitié et le garda près de lui.
Les serviteurs du palais devinrent bientôt jaloux de l'affection que le
roi témoignait au jeune garçon. Ils allèrent un jour dire à leur maître
qu'il s'était vanté d'aller chercher l'oiseau de la plume. Le roi le
fit appeler. «Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté d'aller chercher
l'oiseau de la plume.--Non, sire, je ne m'en suis pas vanté.--Que tu
t'en sois vanté ou non, mon ami, si je ne l'ai pas demain pour les neuf
heures du matin, tu seras pendu.»
Le jeune garçon sortit bien triste. «Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle te
fera bien du mal, cette plume!» dit le parrain. «Je t'avais bien dit
de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi dans les champs, et le
premier oiseau que nous trouverons dans une roie[114], ce sera l'oiseau
de la plume.» Ils s'en allèrent donc dans les champs, et le premier
oiseau qu'ils trouvèrent dans une roie, ce fut l'oiseau de la plume.
Le jeune garçon s'empressa de porter l'oiseau au roi; mais, au bout de
deux ou trois jours, l'oiseau mourut. Alors les serviteurs dirent au
roi que le jeune garçon s'était vanté de ressusciter l'oiseau. Le roi
le fit appeler. «Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté de ressusciter
l'oiseau.--Non, sire, je ne m'en suis pas vanté.--Que tu t'en sois
vanté ou non, mon ami, si l'oiseau n'est pas ressuscité demain pour les
neuf heures du matin, tu seras pendu.»
«Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle te fera bien du mal, cette plume! Je
t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, coupe-moi la tête. Tu
y trouveras de l'eau, que tu donneras à boire à l'oiseau, et aussitôt
il reviendra à la vie. Puis tu me rajusteras la tête sur les épaules,
et il n'y paraîtra plus.» Le jeune garçon fit ce que son parrain lui
conseillait, et, dès qu'il eut versé l'eau dans le bec de l'oiseau,
celui-ci fut ressuscité. Puis il remit la tête sur les épaules du
parrain, et il n'y parut plus.
Les serviteurs, de plus en plus jaloux, dirent au roi que le jeune
garçon s'était vanté d'aller chercher la Belle aux cheveux d'or, qui
demeurait de l'autre côté de la mer. Le roi fit venir le jeune garçon.
«Mon ami, on m'a dit que tu t'es vanté d'aller chercher la Belle aux
cheveux d'or, qui demeure de l'autre côté de la mer.--Non, sire, je
ne m'en suis pas vanté. Je n'ai jamais entendu parler de la Belle aux
cheveux d'or, et je ne sais pas même où est la mer.--Que tu t'en sois
vanté ou non, mon ami, si la Belle aux cheveux d'or n'est pas ici
demain pour les neuf heures du matin, tu seras pendu.»
«Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle te fera bien du mal, cette plume!
Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi.
Nous emporterons un tambour, et, quand nous aurons passé la mer, nous
battrons la caisse dans le premier village où nous entrerons, et la
première jeune fille qui se montrera, ce sera la Belle aux cheveux
d'or. Je la rapporterai sur mon dos.» Ils traversèrent donc la mer.
Dans le premier village où ils entrèrent, ils battirent la caisse, et
la première jeune fille qui se montra, ce fut la Belle aux cheveux
d'or. Ils la prirent avec eux et se remirent en route pour revenir chez
le roi. Quand ils furent sur la mer, la jeune fille jeta dedans son
anneau et sa clef.
Dès que le roi vit la Belle aux cheveux d'or, il voulut l'épouser;
mais elle déclara qu'elle ne voulait pas se marier, si son père et sa
mère n'étaient de la noce. Les serviteurs dirent alors au roi que le
jeune garçon s'était vanté d'aller chercher les parents de la Belle
aux cheveux d'or. Le roi fit appeler le jeune garçon. «Mon ami, on m'a
dit que tu t'es vanté d'aller chercher le père et la mère de la Belle
aux cheveux d'or.--Non, sire, je ne m'en suis pas vanté.--Que tu t'en
sois vanté ou non, mon ami, s'ils ne sont pas ici demain pour les neuf
heures du matin, tu seras pendu.»
«Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle te fera bien du mal, cette plume! Je
t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi. Nous
emporterons encore un tambour; et, quand nous aurons passé la mer,
nous battrons la caisse dans le premier village où nous entrerons, et
le premier et la première qui se montreront seront les parents de la
Belle aux cheveux d'or.» Ils traversèrent donc la mer. Dans le premier
village où ils entrèrent, ils battirent la caisse, et le premier et
la première qui se montrèrent, ce furent les parents de la Belle aux
cheveux d'or.
Quand ses parents furent arrivés, la Belle aux cheveux d'or dit qu'elle
avait laissé tomber son anneau et sa clef dans la mer, et qu'elle
voulait les ravoir avant de se marier. Les serviteurs dirent au roi que
le jeune garçon s'était vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et
la clef de la Belle aux cheveux d'or. Le roi le fit appeler. «Mon ami,
on m'a dit que tu t'es vanté de retirer du fond de la mer l'anneau et
la clef de la Belle aux cheveux d'or.--Non, sire, je ne m'en suis pas
vanté;--Que tu t'en sois vanté ou non, mon ami, si tu ne les as pas
rapportés ici demain pour les neuf heures du matin, tu seras pendu.»
«Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle te fera bien du mal, cette plume!
Je t'avais bien dit de ne pas la ramasser. Allons, viens avec moi
sur le bord de la mer. Le premier pêcheur que nous verrons, nous lui
demanderons son poisson, et, quand on ouvrira le poisson, on trouvera
dedans l'anneau et la clef.» Tout arriva comme le parrain l'avait dit.
Alors la Belle aux cheveux d'or déclara qu'elle ne voulait pas se
marier avant que le jeune garçon ne fût pendu. Le roi dit à celui-ci:
«Tu m'as rendu bien des services; je suis désolé de te faire du mal;
mais il faut qu'aujourd'hui tu sois pendu.»
Le jeune garçon sortit en pleurant. «Hé! ma mule, hé! ma mule!--Elle
te fait bien du mal, cette plume! Je t'avais bien dit de ne pas la
ramasser. Ecoute: quand tu seras sur l'échafaud, au pied de la potence,
il y aura sur la place quantité de curieux. Demande au roi une prise
de tabac: il ne te la refusera pas. Puis jette le tabac sur les
assistants, et tous tomberont morts.»
Etant donc au pied de la potence, le jeune garçon demanda au roi une
prise de tabac. «Volontiers, mon ami,» dit le roi; «tu m'as rendu bien
des services; je ne puis te refuser ce que tu me demandes.» Alors
le jeune garçon jeta le tabac sur les gens qui se trouvaient là, à
l'exception de la Belle aux cheveux d'or, et tous tombèrent morts. Puis
il descendit de l'échafaud et se maria avec la Belle aux cheveux d'or.
Moi, j'étais à la cuisine avec un beau tablier blanc; mais j'ai laissé
tout brûler, et l'on m'a mise à la porte.