LA FILEUSE

Il était une fois un homme qui s'en allait tous les soirs veiller chez

les voisins, et laissait sa femme seule au logis. Un soir que celle-ci

était à filer, comme à l'ordinaire, elle vit entrer un petit garçon

rouge, qui s'approcha du feu en disant:

File, file, Méguechon,

Mé, je tisonnerâ le feuil[110].

Le lendemain et les jours suivants, il revint encore. A la fin, la

femme, effrayée, dit à son mari: «Il vient tous les soirs un petit

garçon rouge qui tisonne pendant que je file. Je n'ose plus rester

seule.--Eh bien!» dit le mari, «tu iras ce soir veiller chez le voisin;

moi, je filerai à ta place.»

Le soir venu, l'homme prit les habits de sa femme, fit un bon feu,

et se mit au rouet. Le follet ne tarda pas à arriver, et il dit en

s'approchant du feu:

Tourne, tourne, rien ne doveuilde;

Celle d'açau filot bi meuil[111].

Pendant qu'il tisonnait, l'homme l'empoigna et le jeta dans le feu. Le

follet s'enfuit en criant:

J'â chaou la patte et chaou le cû;

Je ne repasserâ pû

Par la bourotte de l'hû[112].

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 176 / 309 题