FIROSETTE

Il était une fois un jeune homme, appelé Firosette, qui aimait une

jeune fille nommée Julie. La mère de Firosette, qui était fée, ne

voulait pas qu'il épousât Julie; elle voulait le marier avec une

vieille cambine[91], qui cambinait, cambinait.

Un jour, la fée dit à Julie: «Julie, je m'en vais à la messe. Pendant

ce temps, tu videras le puits avec ce crible.»

Voilà la pauvre fille bien désolée; elle se mit à puiser; mais toute

l'eau s'écoulait au travers du crible. Tout à coup, Firosette se trouva

auprès d'elle. «Julie,» lui dit-il, «que faites-vous ici?--Votre mère

m'a commandé de vider le puits avec ce crible.» Firosette donna un coup

de baguette sur la margelle du puits, et le puits fut vidé.

Quand la fée revint: «Ah! Julie,» dit-elle, «mon Firosette t'a

aidée!--Oh! non, madame, je ne l'ai pas même vu; je me soucie bien de

votre Firosette et de votre Firosettan!» Elle ne voulait pas laisser

voir qu'elle l'aimait.

Une autre fois, la fée dit à Julie: «Va-t'en porter cette lettre à ma

sœur, qui demeure à Effincourt[92]; elle te récompensera.»

Chemin faisant, Julie rencontra Firosette, qui lui dit: «Julie, où

allez-vous?--Je vais porter une lettre à votre tante, qui demeure à

Effincourt.--Ecoutez ce que je vais vous dire,» reprit Firosette. «En

entrant chez ma tante, vous trouverez le balai les verges en haut; vous

le remettrez comme il doit être. Ma tante vous présentera une boîte de

rubans et vous dira de prendre le plus beau pour vous en faire une

ceinture. Prenez-le, mais gardez-vous bien de vous en parer. Quand vous

serez dans les champs, vous le mettrez autour d'un buisson, et vous

verrez ce qui arrivera.»

En entrant chez la fée, la jeune fille lui dit: «Madame, voici une

lettre que madame votre sœur vous envoie.» La sœur de la fée lut la

lettre, puis elle dit à Julie: «Voyons, ma fille, que pourrais-je bien

vous donner pour votre peine? Tenez, voici une boîte de rubans: prenez

le plus beau et faites-vous-en une ceinture; vous verrez comme vous

serez belle.» Julie prit le ruban et s'en retourna. Lorsqu'elle fut à

Gerbaux[93], elle mit le ruban autour d'un buisson; aussitôt le buisson

s'enflamma.

Quand elle fut de retour, la fée lui dit: «Ah! Julie, mon Firosette t'a

conseillée!--Oh! non, madame, je ne l'ai pas même vu; je me soucie bien

de votre Firosette et de votre Firosettan!» Elle ne voulait pas laisser

voir qu'elle l'aimait.

Un soir, on fit coucher la vieille cambine au chevet d'un lit, et Julie

à l'autre bout, avec des chandelles entre les dix doigts de ses pieds.

Au milieu de la nuit, la fée, qui était dans la chambre d'en haut, se

mit à crier: «Mon Firosette, dois-je féer[94]?--Non, ma mère, encore un

moment.» Puis il dit à la vieille: «N'allez-vous pas prendre la place

de cette pauvre fille?»

La fée cria une seconde fois: «Mon Firosette, dois-je féer?--Non,

non, ma mère, encore un moment.» Et il dit encore à la vieille:

«N'allez-vous pas prendre la place de cette pauvre fille?»

La fée cria une troisième fois: «Mon Firosette, dois-je féer?» Et

Firosette dit une troisième fois à la vieille: «N'allez-vous pas

prendre la place de cette pauvre fille?»

La vieille fut bien obligée de céder et de mettre les chandelles entre

les dix doigts de ses pieds. Aussitôt Firosette cria: «Oui, oui, ma

mère, féez vite.--Je veux,» dit alors la fée, «que celle qui a les

chandelles entre les dix doigts de ses pieds soit changée en cane, pour

que je la mange à mon déjeuner.» Au même instant, la vieille se trouva

changée en cane, sauta en bas du lit et se mit à marcher tout autour de

la chambre: can can can can.

Lorsque la fée vit qu'elle s'était trompée, elle entra dans une si

grande colère qu'elle tomba morte.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 144 / 309 题