REMARQUES

Ce conte présente la même idée que le conte de Perrault _les

Fées_, et qu'un conte recueilli, au XVIIe siècle également, par

le Napolitain Basile (_Pentamerone_, nº 37). Comparer la première

partie du conte hessois nº 13 de la collection Grimm, un autre

conte allemand (Prœhle, II, nº 5), un conte lithuanien (Chodzko,

p. 315), un conte portugais (Coelho, nº 36).--Mais il existe des

variantes de ce même thème qui se rapprochent davantage de notre

conte sur certains points.

Ainsi, dans un conte tyrolien (Zingerle, I, nº 1), une petite

fille est allée cueillir des fraises avec son frère. Elle répond

poliment aux questions d'une belle dame, qui est la Sainte-Vierge,

tandis que le petit garçon répond malhonnêtement. La Sainte-Vierge

donne à la petite fille une boîte d'or, au petit garçon une boîte

noire. Quand ce dernier ouvre sa boîte, il en sort deux serpents

qui l'emportent. De la boîte de la petite fille sortent deux anges,

qui emmènent l'enfant au ciel.--Comparer un conte allemand de la

collection Kuhn et Schwartz (p. 335). Là le petit garçon refuse de

donner de son déjeuner à un nain, et le diable sort de la boîte

pour lui tordre le cou.

Dans un conte souabe (Meier, nº 77), une petite fille s'en va

aux fraises. Elle rencontre un ange, à qui elle donne d'abord

tout son déjeuner, puis plus tard une partie des fraises qu'elle

a cueillies. L'ange lui dit qu'auprès de la porte de la ville

elle trouvera une boîte: elle devra prendre cette boîte, mais ne

l'ouvrir qu'une fois rentrée au logis. Or, la boîte est remplie

de pierres précieuses et de pièces d'or. Une autre petite fille,

ayant appris la chose, s'en va à son tour au bois; mais elle répond

grossièrement à l'ange et refuse de lui rien donner. Aussi, dans

la boîte qu'elle a rapportée de la forêt, il ne se trouve que «des

diablotins tout noirs».--Ajoutons encore, à cause d'un détail

particulier, un conte flamand (Wolf, _Deutsche Mærchen und Sagen_,

nº 38), où nous retrouvons un petit frère et une petite sœur. Ici,

c'est le petit frère qui se montre bon envers la Sainte-Vierge et

Jésus, qui ont pris la forme de vieilles gens. Jésus donne au petit

garçon une boule blanche, à la petite fille une boule noire, et les

boules, en roulant, conduisent les enfants à deux portes: le petit

garçon à une _porte blanche_, d'où sortent des anges qui l'emmènent

au ciel; la petite fille à une _porte noire_, d'où sortent des

diables qui l'emportent en enfer.

Dans un conte écossais traduit par M. Loys Brueyre (p. 55), une

princesse, qui a quitté la maison paternelle où sa marâtre la

rendait trop malheureuse, partage avec un vieillard ses provisions

de route. Sur le conseil du vieillard, elle va s'asseoir sur le

bord d'un certain puits, d'où il sort successivement trois têtes

d'or qui demandent à la princesse de les laver et de les peigner.

La jeune fille leur rend gracieusement ce service, et, de ce

moment, entre autres dons que lui ont faits les trois têtes, il

tombe de ses lèvres, toutes les fois qu'elle parle, un diamant,

un rubis, une perle. La fille de la marâtre veut aussi tenter

l'aventure. Elle se montre brutale à l'égard du vieillard et des

trois têtes, et, au lieu de pierres précieuses, c'est un crapaud et

une grenouille qui s'échappent de sa bouche à chaque parole qu'elle

prononce.

Le service rendu aux «têtes d'or» se retrouve sous une forme moins

adoucie dans d'autres contes. Dans un conte tyrolien (Zingerle,

II, p. 39), qui offre beaucoup de ressemblance avec le conte du

même pays analysé plus haut, ce qu'un vieux nain demande à un petit

frère et une petite sœur, c'est de lui chercher ses poux. Il en

est à peu près de même dans deux contes serbes: dans le premier

(Vouk, nº 35), une jeune fille reçoit deux dons d'une femme envers

laquelle elle a été complaisante: quand elle pleure, ses larmes

sont des perles; chaque fois qu'elle rit, une rose d'or tombe de

ses lèvres. Dans le second (nº 36), c'est à l'égard d'un dragon

que la jeune fille ne manifeste point de dégoût; comme, de plus,

elle a fait pendant plusieurs jours le ménage du dragon, celui-ci

lui dit, quand elle s'en va, de choisir entre plusieurs coffres.

Elle prend modestement le plus léger, et, revenue chez sa marâtre,

elle le trouve plein de ducats. La marâtre s'empresse d'envoyer

chez le dragon sa fille à elle, qui fait tout le contraire de sa

belle-sœur. Elle rapporte à la maison le coffre le plus lourd;

mais, quand elle l'ouvre, il en sort deux serpents qui lui

arrachent les yeux, ainsi qu'à sa mère.

* * * * *

Le thème que nous examinons se rattache à un autre thème bien

connu, celui du nº 24 de la collection Grimm (_Frau Holle_). Dans

une forme irlandaise de ce dernier thème (Kennedy, II, p. 33),

que nous donnerons comme spécimen, une jeune fille est jetée dans

un puits par sa marâtre. Quand elle reprend connaissance, elle

se trouve dans une belle prairie. Elle se montre charitable et

obligeante à l'égard de divers êtres qu'elle rencontre sur son

chemin, et arrive enfin à une maison isolée où demeure une sorcière

qui lui offre d'entrer à son service: comme salaire, elle aura,

quand elle partira, le choix entre trois coffrets, dont l'un

contient plus de trésors que n'en possède un roi. Grâce à ses

obligés, la jeune fille peut exécuter plusieurs tâches qui lui sont

imposées par la sorcière et savoir quel coffret choisir (des trois

coffrets, d'or, d'argent et de plomb, il faut prendre le dernier).

Avec leur secours également, elle échappe, quand elle s'en

retourne, à la poursuite de la sorcière. Elle revient à la maison

paternelle, où sa marâtre est bien surprise de voir les trésors qui

sortent du coffret. La marâtre dit à sa fille à elle de se jeter

dans le puits, comme sa belle-sœur, espérant qu'elle aura le même

bonheur. Mais la méchante fille est hautaine et désagréable avec

tout le monde, et il lui arrive les plus fâcheuses aventures. De

retour chez elle, plus morte que vive, avec le coffret d'or, elle

l'ouvre, et il en sort des crapauds et des serpents qui remplissent

toute la maison.

Chez une peuplade qui habite entre la mer Caspienne et la mer

Noire, on a recueilli un conte de ce genre (_Mémoires de l'Académie

de Saint-Pétersbourg_, 7e série, t. 17, 1872, nº 8, p. 59). Il

s'agit de deux jeunes filles, l'une laborieuse, l'autre fainéante.

Un jour, pendant que la première tire de l'eau d'un puits, la corde

casse, et le seau tombe au fond du puits. De peur d'être grondée,

la jeune fille descend dans le puits pour reprendre le seau. Elle

arrive chez Ivan Moroz (Jean la Gelée), qui la prend à son service.

Comme récompense, elle reçoit de lui une bague ornée de brillants

et plein son seau de pièces de cinq kopeks. La paresseuse veut

avoir, elle aussi, un beau cadeau. Elle descend dans le puits;

mais elle ne rapporte de chez Ivan Moroz que des glaçons dans

son seau. Ainsi que dans le conte de la collection Grimm, le

coq de la maison salue le retour de chacune des jeunes filles:

«Kikeriki! dans le seau de la travailleuse, il y a des pièces de

cinq kopeks!--Kikeriki! dans le seau de la paresseuse, il y a des

morceaux de glace!»

Il faut encore citer un conte de l'extrême Orient, assez altéré,

qui a été recueilli chez les Kariaines de la Birmanie. En voici

l'analyse, telle qu'elle a été donnée par M. F. Mason dans le

_Journal of the Asiatic Society of Bengal_, t. 34 (1865), 2e

partie, p. 228: Un jour, une petite fille s'en était allée au

ruisseau pour puiser de l'eau. Elle laissa échapper son seau,

qui fut emporté par le courant. Elle se mit à courir sur la rive

pour le rattraper, et arriva près d'un barrage qui appartenait à

un géant. Peu après, le géant vint pour pêcher et il allait la

manger; mais l'enfant lui raconta naïvement son histoire, et le

géant l'épargna et l'emmena chez lui. La géante aurait bien aimé

de se régaler d'un aussi friand morceau, mais le géant protégea

l'enfant, qui devint leur fille adoptive.--Un jour les géants,

étant allés chercher des provisions, laissèrent la petite fille

à la maison en lui recommandant de ne point regarder dans deux

paniers qui étaient dans un coin de la chambre. A peine se vit-elle

seule, qu'elle jeta un coup d'œil dans les paniers: l'un était

plein d'or et d'argent; l'autre, de crânes humains. Après avoir

fait cette découverte, elle ne cessa d'importuner les géants pour

qu'ils lui permissent de retourner chez elle, et finalement ils

y consentirent; mais la vieille géante demanda à la petite fille,

avant que celle-ci se mît en route, de lui chercher ses poux. En

lui examinant la tête, la petite fille fut bien étonnée de la voir

remplie de serpents verts et de mille-pieds. Elle demanda une hache

et se mit à frapper et à tailler dans la tête de la géante, jusqu'à

ce que celle-ci ne pût plus y tenir, et alors la permission de

partir lui fut donnée. (Comparer la forme bien conservée dans les

contes serbes cités plus haut.) Avant son départ, les géants lui

dirent qu'elle pouvait emporter un des deux paniers, celui qu'elle

voudrait. La jeune fille leur dit: «Comme vous commencez à devenir

âgés et que vous ne pourrez plus facilement tresser des paniers,

je prendrai le vieux.» Elle savait que le vieux panier contenait

l'or et l'argent. Voilà donc la jeune fille partie; mais auparavant

la géante lui avait donné un conseil: «Quand tu arriveras auprès

d'une eau noire, peigne tes cheveux et nettoie tes dents. Quand tu

arriveras auprès d'une eau rouge, essuie tes lèvres; enfin, quand

tu arriveras auprès d'une eau blanche, baigne-toi dedans.» La

jeune fille se conforma à ces instructions, et elle parvint saine

et sauve à la maison, où bientôt le bruit de ses richesses amena

auprès d'elle tous ses parents et ses amis: elle donna à chacun

d'eux une tasse pleine d'or et d'argent.--Parmi ceux à qui elle

avait fait ce présent, il y avait un jeune homme qui ne se trouva

point satisfait. Il résolut de tenter la fortune et de chercher à

obtenir des géants un plein panier d'or et d'argent. Il réussit à

se faire adopter comme fils par les géants; ceux-ci, dans la suite,

lui permirent de s'en retourner et lui dirent d'emporter un panier.

Le jeune homme n'avait pas regardé dans les paniers; il choisit

le vieux, comme avait fait la petite fille. Mêmes avis lui furent

donnés, au sujet des rivières qu'il avait à traverser; mais il

n'y prêta aucune attention et fit diligence pour arriver chez lui

le plus tôt possible. Rentré au logis, il ouvrit le panier: à sa

grande horreur et à son grand désappointement, il le trouva rempli

de crânes humains. Mais il n'eut pas beaucoup de temps pour songer

à sa déconvenue, car le géant, qui était à ses trousses, tomba sur

lui et le mangea sur l'heure.

Au Japon, les petits livres à l'usage des enfants, dont nous avons

déjà parlé (II, p. 105), contiennent un conte qui se rattache

encore au même type. Dans ce conte, traduit par M. A.-B. Mitford

(_Tales of Old Japan_, p. 249), un vieux bonhomme a un moineau

qu'il aime beaucoup. Un jour, en rentrant chez lui, il ne le

retrouve plus, et il apprend de sa femme que celle-ci a coupé la

langue à l'oiseau, parce qu'il lui avait mangé son empois, et

qu'elle l'a chassé de la maison. Très désolé, le bonhomme s'en va

à la recherche de son moineau, qu'il finit par retrouver, et le

moineau l'introduit dans sa famille, où il est fort bien régalé.

Quand le bonhomme est sur le point de s'en retourner, le moineau

lui dit d'emporter comme souvenir celui de deux paniers d'osier

qu'il voudra. Le bonhomme, alléguant qu'il est vieux et faible,

choisit le plus léger. (Comparer les deux coffres du second conte

serbe.) Arrivé chez lui, il trouve le panier plein d'or, d'argent

et d'objets précieux. A cette vue, la vieille femme, qui est très

cupide, déclare qu'elle veut aussi aller rendre visite au moineau.

Elle se fait admettre dans la maison de celui-ci, qui se donne fort

peu de peine pour la bien recevoir. La vieille lui ayant demandé

un souvenir de lui, le moineau lui présente, comme à son mari,

deux paniers: la vieille choisit naturellement le plus lourd et

l'emporte. Mais, quand elle l'ouvre, il en sort toute sorte de

lutins qui se mettent à la tourmenter. (Comparer les «diablotins»

du conte souabe.)

Enfin, dans l'Inde, il a été recueilli, au Bengale, un conte

qui, malgré certaines altérations, se rapporte bien évidemment à

ce même thème (Lal Behari Day, nº 22): Un homme a deux femmes,

une jeune et une vieille. Cette dernière est traitée par l'autre

comme une esclave. Un jour, sa rivale, en fureur contre elle, lui

arrache l'unique touffe de cheveux qu'elle a sur la tête et la met

à la porte. La vieille s'en va dans la forêt. Passant auprès d'un

cotonnier, elle a l'idée de balayer la terre autour de l'arbre:

celui-ci, très satisfait, la comble de bénédictions. Elle fait de

même à l'égard d'autres arbres, bananier, _tulasi_, ainsi qu'à

l'égard d'un taureau, dont elle nettoie l'abri. Tous la bénissent

aussi[44]. Elle arrive ensuite auprès d'un vénérable _mouni_ (sorte

d'ascète), et lui expose sa misère. Le mouni lui dit d'aller se

plonger une fois, mais une fois seulement, dans un certain étang.

Elle obéit et sort de l'eau avec les plus beaux cheveux du monde,

et toute rajeunie. Le mouni lui dit alors d'entrer dans sa hutte

et d'y prendre, parmi plusieurs paniers d'osier, celui qu'elle

voudra. La femme en prend un d'apparence très simple. Le mouni le

lui fait ouvrir: il est plein d'or et de pierres précieuses et ne

se vide jamais. En s'en retournant à la maison, elle passe devant

le _tulasi_. L'arbre lui dit: «Va en paix: ton mari t'aimera à la

folie.» Puis le taureau lui donne deux ornements de coquillages,

qui étaient autour de ses cornes, et lui dit de se les mettre aux

poignets: quand elle les secouera, elle aura tous les ornements

qu'elle voudra. Le bananier lui donne une de ses larges feuilles,

qui se remplira, à volonté, de mets excellents. Enfin le cotonnier

lui fait présent d'une de ses branches qui lui fournira, si elle la

secoue, toute sorte de beaux habits. Quand elle rentre à la maison,

l'autre femme n'en peut croire ses yeux. Ayant appris les aventures

de la vieille, elle s'en va aussi dans la forêt; mais elle passe

sans s'arrêter auprès des trois arbres et du taureau, et, au lieu

de ne se plonger qu'une fois dans l'étang, comme le mouni le lui

avait dit, elle s'y plonge deux fois, pour devenir plus belle

encore. Aussi sort-elle de l'eau laide comme auparavant. Le mouni

ne lui fait aucun présent, et, dédaignée désormais de son mari,

elle finit sa vie comme servante de la maison.

* * * * *

Dans des contes orientaux nous retrouvons encore un détail de nos

contes européens. Le héros d'une histoire du _Touti-Nameh_ persan

(t. II, p. 72 de la traduction de G. Rosen) a ce don particulier

que, toutes les fois qu'il rit, des roses tombent de ses lèvres.

(Comparer un conte indien du Bengale, cité dans les remarques

de notre nº 21, _la Biche blanche_, I, p. 235.) Dans un conte

populaire actuel de l'Inde, recueilli dans le Deccan par miss

M. Frere (nº 21), ce sont des perles et des pierres précieuses

qui s'échappent de la bouche d'une princesse, dès qu'elle

l'ouvre.--Comparer l'introduction au _Pantchatantra_ de M. Th.

Benfey, pp. 379-380.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 78 / 309 题