REMARQUES

Nous rapprocherons du conte lorrain des contes recueillis dans la

Haute-Bretagne (Sébillot, _Littérature orale_, p. 239; _Contes_,

II, nº 63; comparer I, nº 57), en Westphalie (Grimm, nº 27; Kuhn,

_Westfælische Sagen_, p. 229), en Suisse (Meier, nº 3), dans

l'Autriche allemande (Vernaleken, nº 12), chez les Tchèques de

Bohême (Waldau, p. 208), en Norwège (Asbjœrnsen, _Tales of the

Fjeld_, p. 267), en Ecosse (Campbell, nº 11), en Irlande (Kennedy,

I, p. 5), en Toscane (Pitrè, _Novelle popolari toscane_, nº 52),

en Sicile (Gonzenbach, nº 66), en Catalogne (_Rondallayre_, II, p.

80), en Portugal (Braga, nº 125).

Dans plusieurs de ces contes (conte irlandais, conte suisse, conte

westphalien de la collection Kuhn, second conte breton), il se

trouve un homme en compagnie des animaux: ainsi, dans le conte

irlandais, le fils d'une pauvre veuve s'en va chercher fortune

et emmène avec lui un âne, un chien, un chat, un coq, dont il

fait la rencontre; dans le conte suisse, un garçon meunier, qui

a vieilli au service de son maître, quitte la maison sans être

payé; les animaux de la maison, cheval, bœuf, chien, chat, oie,

l'accompagnent.

Certains contes remplacent les voleurs par des bêtes sauvages.

Ainsi, dans le conte catalan, le chat, qui s'en va à Rome pour se

faire dorer la queue, s'établit avec ses compagnons, le coq, le

renard et le bœuf, dans la maison de sept loups pour y passer la

nuit. L'un des loups étant venu et ayant voulu allumer sa lumière

(_sic_), il lui arrive à peu près les mêmes aventures qu'au voleur

de notre conte.--Le conte portugais et les deux premiers contes

bretons remplacent aussi les voleurs par des loups. Il en est de

même, d'après M. Kœhler (_Zeitschrift für romanische Philologie_,

III, p. 617), dans un conte de la région des Carpathes.--Dans le

conte norwégien, un mouton, qui apprend qu'on l'engraisse pour le

tuer, s'enfuit en emmenant avec lui un cochon. Ils rencontrent et

prennent avec eux une oie, un lièvre et un coq. Ils se bâtissent

une maison dans la forêt. Deux loups des environs veulent savoir

si ce sont de bons voisins; l'un d'eux va dans la maison neuve

demander du feu pour allumer sa pipe. Le mouton lui donne un coup

qui le fait tomber la tête en avant dans le poêle; le cochon le

mord; l'oie lui donne des coups de bec, etc. Le loup décampe au

plus vite, et va raconter à son compagnon qu'un cordonnier a lancé

contre lui sa forme à souliers, qui l'a fait tomber la tête la

première dans un feu de forge; que deux forgerons l'ont battu et

pincé avec des tenailles rouges, etc.

La plupart des autres contes ont les voleurs, avec le récit de ses

mésaventures fait par celui qui a été envoyé en éclaireur. Dans

le conte irlandais, par exemple, le capitaine des voleurs raconte

qu'il a trouvé sur l'âtre de la cuisine une vieille femme occupée

à carder du lin, qui lui a égratigné la figure avec ses cardes (le

chat); près de la porte, un cordonnier, qui lui a donné des coups

d'alène (le chien); au sortir de la chambre, le diable lui-même,

qui est tombé sur lui avec ses griffes et ses ailes (le coq);

enfin, en traversant l'étable, il a reçu un grand coup de marteau

qui l'a envoyé à vingt pas (le coup de pied de l'âne).--Ce récit

manque dans le second conte breton, dans le conte de l'Autriche

allemande, dans le conte catalan, dans le conte toscan, et dans

le conte sicilien, dont toute la fin, du reste, est complètement

altérée.

Un poème allemand de la fin du XVIe siècle (1595), le

_Froschmeuseler_, de Rollenhagen, a donné place dans un de ses

épisodes à un conte analogue aux précédents. Les héros sont le

bœuf, l'âne, le chien, le chat, le coq et l'oie. Ils s'emparent

d'une maison bâtie au milieu d'une forêt et habitée, comme dans

plusieurs contes indiqués plus haut, par des bêtes sauvages. C'est

le loup qui est envoyé à la découverte, et il revient faire à ses

compagnons le récit des désagréments qui lui sont arrivés.

* * * * *

Il se trouve dans la collection Grimm (nº 41) un autre type de

conte qui a la plus grande analogie avec celui que nous étudions:

Le coq et la poule s'en vont en voyage. Sur leur chemin ils

rencontrent et prennent successivement avec eux dans leur voiture

un chat, une meule de moulin, un œuf, un canard, une épingle et une

aiguille. Ils arrivent chez «M. Korbes» et s'établissent dans la

maison. Le coq et la poule se juchent sur une perche; le chat se

met dans la cheminée; le canard, dans la fontaine de la cuisine;

l'œuf s'enveloppe dans l'essuie-mains; l'épingle se fourre dans le

coussin de la chaise; l'aiguille, dans l'oreiller du lit, et la

meule s'installe au dessus de la porte. Rentre «M. Korbes». Il veut

allumer du feu: le chat lui jette des cendres à la figure. Il court

à la cuisine pour se laver: le canard l'éclabousse. Il va pour

s'essuyer à l'essuie-mains: l'œuf roule, se casse et lui saute aux

yeux. Il s'assied sur la chaise: l'épingle le pique. Il se jette

sur le lit: c'est au tour de l'aiguille de le piquer. Il s'enfuit

furieux; mais, quand il passe sous la porte, la meule tombe sur lui

et le tue. (Comparer le conte espagnol de _Benibaire_, Caballero,

II, p. 55.)

Dans l'extrême Orient, chez les tribus qui habitent la partie de

l'île Célèbes appelée Minahasa, M. J.-G.-F. Riedel a recueilli

un conte tout à fait de ce genre. (Voir la revue hollandaise

_Tijdschrift voor indische Taal-, Land-en Volkenkunde, uitgegeven

door het Bataviaasch Genootschap van Kunsten en Wetenschappen_,

tome 17, Batavia, 1869, p. 311.) Voici le résumé de ce conte: Une

pierre à aiguiser, une aiguille, une anguille, un mille-pieds

(sorte d'insecte) et un héron sont grands amis. Un jour, ils

veulent aller en pirogue, mais ils font naufrage. Arrivés tous

enfin sur le rivage, ils se disent qu'il faudrait chercher un

endroit où demeurer. Ils entrent dans un bois et arrivent à une

maison, habitée seulement par une vieille femme. Ils lui demandent

la permission de s'arrêter chez elle, et chacun s'installe à sa

manière. La pierre à aiguiser se met par terre devant la porte au

bas des degrés; l'anguille s'étend sur le seuil; le héron va se

placer près de l'âtre; l'aiguille se glisse dans le ciel de lit; le

mille-pieds, dans le vase en bambou où l'on conserve l'eau. Pendant

que tout le monde dort, un rat ayant fait remuer le ciel de lit,

l'aiguille tombe, et elle tombe juste dans l'œil de la vieille

femme. Celle-ci se lève pour rallumer son feu, afin de voir ce qui

est arrivé; mais le héron se met à battre des ailes si fort qu'il

envoie des cendres plein les yeux de la vieille. Elle va chercher

de l'eau pour se laver le visage; le mille-pieds la pique. Elle

veut sortir de la maison, mais elle marche sur l'anguille et glisse

en bas des degrés où elle tombe sur la pierre à aiguiser et se tue.

Les cinq amis restent donc maîtres de la maison.

Au Japon, un conte analogue fait partie des petits livres à images

que, de longue date, on met entre les mains des enfants. M. A. B.

Mitford en a donné la traduction dans ses _Tales of Old Japan_

(London, 1871, p. 264). Nous trouvons également ce conte, sous

une forme plus nette, dans un livre récent sur le Japon (W.-E.

Griffis, _The Mikado's Empire_. New-York, 1877, p. 491). En voici

les principaux traits: Un crabe a fort à se plaindre d'un certain

singe, qui, après lui avoir joué des mauvais tours, l'a finalement

roué de coups. Vient à passer un mortier à riz, qui voyage avec une

guêpe, un œuf et une algue marine, ses apprentis. Le crabe leur

fait ses doléances, et ils lui promettent de l'aider à se venger.

Ils marchent vers la maison du singe, qui justement est sorti, et,

y étant entrés, ils disposent leurs forces pour le combat. L'œuf se

cache dans les cendres du foyer, la guêpe dans un cabinet, l'algue

marine près de la porte, et le mortier sur le linteau de cette même

porte. Le singe, étant rentré et voulant se faire du thé, allume

son feu: l'œuf lui éclate à la figure. Il s'enfuit en hurlant et

veut courir à la fontaine pour apaiser sa douleur avec de l'eau

fraîche; mais la guêpe fond sur lui et le pique. En essayant de

chasser ce nouvel ennemi, il glisse sur l'algue, et le mortier,

tombant sur lui, lui donne le coup de grâce. «C'est ainsi que le

crabe, ayant puni son ennemi, s'en revint au logis en triomphe, et

depuis lors il vécut toujours sur le pied d'une amitié fraternelle

avec l'algue et le mortier. Y a-t-il eu jamais un aussi plaisant

conte?»

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 65 / 309 题