LE PENDU

Il était une fois un homme qui avait cinq ou six enfants. Un jour

qu'une de ses filles était malade, il voulut aller à la foire; il dit

à ses enfants: «Que voulez-vous que je vous rapporte de la foire?--Un

mouchoir,» dit l'un.--«Des souliers,» dit l'autre.--«Moi, une

robe.--Moi, une robe aussi.--Et toi, ma pauvre malade?--Mon père, je

voudrais de la viande pour me guérir.»

Arrivé à la foire, le père acheta les robes, le mouchoir, les souliers

qu'il avait promis à ses enfants, mais il oublia la viande que sa fille

malade lui avait demandée; il ne s'en aperçut qu'en retournant à la

maison. «Quel malheur!» se dit-il, «c'était ce qui pressait le plus.»

A la nuit tombante, traversant une forêt, il lui sembla voir des

pendus; comme il ne distinguait pas bien, il s'approcha et s'assura

qu'en effet c'étaient des pendus. Il coupa une cuisse à l'un d'eux et

revint à la maison. Il donna à ses enfants ce qu'il avait acheté pour

eux et dit à la malade: «Tiens, mon enfant, voici de la viande pour

toi.--Oh! la belle viande!» dit la jeune fille. On en fit du bouillon,

qu'elle trouva excellent.

Sur le soir, la malade vit entrer dans sa chambre un homme qui n'avait

qu'une cuisse. «Vous avez ma cuisse,» lui dit-il, «vous avez ma

cuisse!--Que voulez-vous dire?» demanda-t-elle.--«Vous le saurez un

autre jour.»

Le lendemain, l'homme revint encore. «Où donc est votre cuisse?»

demanda la jeune fille.--«MAIS C'EST TOI QUI L'AS MANGÉE!»

A ces mots, il disparut. La jeune fille demanda à son père si l'homme

avait dit vrai; il fut bien forcé de l'avouer. Vous pensez si la pauvre

enfant fut épouvantée!

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 50 / 309 题