REMARQUES

Ce conte est une variante de notre nº 5, _les Fils du Pêcheur_.

Voir les remarques de ce conte.

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Indépendamment de diverses altérations que l'on reconnaîtra

aisément, il s'est introduit ici un élément nouveau qu'il faut

signaler: nous voulons parler des trois chiens, _dont chacun a son

nom et qui tuent la bête_.

A propos d'un conte italien de la Vénétie, du même genre que le

nôtre (Widter et Wolf, nº 8), M. R. Kœhler a fait observer avec

raison que ce trait appartient proprement à un type de contes

différent de celui auquel se rapportent notre conte _les Fils

du Pêcheur_ et ses variantes. Dans les contes auxquels il fait

allusion, l'idée générale est à peu près celle-ci: Un jeune homme,

sur la proposition d'un inconnu, échange trois brebis, toute sa

fortune, contre trois chiens, dont chacun est doué de qualités

merveilleuses. Grâce à leur aide, il s'empare d'une maison habitée

par des brigands, que ses chiens tuent, et s'y établit avec sa

sœur. Celle-ci l'ayant trahi et livré à un des brigands échappé

au carnage et qu'elle veut épouser, les trois chiens le sauvent.

Ce sont eux encore qui tuent un dragon auquel est exposée une

princesse.

Parmi les contes bien complets se rapportant à ce thème, on peut

mentionner un conte tchèque de Bohême (Waldau, p. 469), un conte

piémontais (Gubernatis, _Zoological Mythology_, II, p. 36), un

conte toscan (Pitrè, _Novelle popolari toscane_, nº 2), un conte

allemand de la principauté de Waldeck (Curtze, nº 2), et aussi

un conte du «pays saxon» de Transylvanie (Haltrich, nº 24), dans

lequel les chiens n'ont pas de noms.--D'autres contes sont plus ou

moins altérés, plus ou moins complets, par exemple, un conte de

la Basse-Bretagne (Luzel, _Contes bretons_, p. 23), deux contes

allemands (Grimm, III, p. 104; Strackerjan, II, p. 331), un conte

du Tyrol allemand (Zingerle, I, nº 8), un conte suédois (Cavallius,

nº 13), un conte lithuanien (Schleicher, p. 4), un conte italien du

Mantouan (Visentini, nº 15), un conte vénitien (Bernoni, I, nº 10),

un conte portugais (Coelho, nº 49), un conte portugais du Brésil

(Roméro, nº 23).

Si l'on examine les noms donnés aux chiens dans ces contes, on

en trouvera qui ressemblent, parfois identiquement, à certains

des noms du conte lorrain. Ainsi, dans le conte bohême, les

noms sont «_Brise_, Mords, Attention!»; dans le conte allemand

de la collection Grimm: «Arrête, Attrape, _Brise-Fer-et-Acier_

(_Bricheisenundstahl_); ce dernier nom se retrouve dans les

variantes allemandes des collections Curtze et Strackerjan. Dans

le conte breton, c'est tout à fait «Brise-Fer», comme dans notre

conte; de même dans le conte vénitien, _Sbranaferro_.--Enfin, on

peut rapprocher de notre «Brise-Vent» le «Vite-comme-le-Vent»

_Geschwindwiederwind_ du conte du Tyrol allemand, et le

«Cours-comme-le-Vent» du conte piémontais et du conte du Mantouan.

Le thème sur lequel nous venons de jeter un coup d'œil, le thème

des _Trois Chiens_, si on veut lui donner cette dénomination, a, en

commun avec le thème des _Fils du Pêcheur_, on a pu le remarquer,

toute une partie: le combat contre le dragon et la délivrance de

la princesse, parfois même la suite d'aventures se rattachant à

ce combat (l'intervention d'un imposteur qui se donne pour le

libérateur, et les moyens que prend le héros pour faire connaître

sa présence à la princesse et ensuite pour démasquer l'imposteur).

Les deux thèmes sont donc très voisins. Rien d'étonnant qu'un

élément du thème des _Trois Chiens_ se soit glissé dans le thème

des _Fils du Pêcheur_. Cela s'est fait d'autant plus naturellement

que, dans ce dernier thème, figurent déjà des chiens, nés du

poisson merveilleux. Ces chiens, qui n'étaient qu'un accessoire,

sont devenus, par suite de l'infiltration d'un élément de l'autre

thème, des personnages importants, ayant chacun son nom et jouant

un rôle obligé.

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Quelques détails pour finir:

Dans notre conte, on a remarqué le curieux passage ou le jeune

homme dit qu'il «n'a pas d'âme à sauver». Le récit indique bien

ici qu'il est, comme les chiens, une incarnation de la reine des

poissons.

Dans un conte du Tyrol italien (Schneller, var. du nº 28), et dans

un conte portugais (Braga, nº 48), c'est le «roi des poissons»

que prend le pêcheur.--Il en est de même dans un conte de la

Haute-Bretagne (Sébillot, I, nº 18). De plus, dans ce conte breton,

la plante qui doit se flétrir quand les jeunes gens seront en

danger de mort, est un rosier, comme dans notre conte. Seulement,

dans le conte breton, chacun des trois fils du pêcheur a son rosier.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 38 / 309 题