Un Aveu.
En amour, lorsqu'on a commencé, il faut que l'on finisse, dût cette fin
ne pas être aussi heureuse qu'on l'espérait; mais après ces demi-aveux,
ces regards brûlans, ces pressions de mains et tout ce que la passion
nous fait inventer pour nous faire comprendre de l'objet que nous
aimons, nous ne vivons pas que nous n'ayons obtenu, ou que le hasard ne
nous ait fait avoir un tête-à-tête, dans lequel nous voulons savoir à
quoi nous en tenir, ou du moins ce qu'il nous est permis d'espérer.
Et cependant, cette attente du bonheur, cet espoir que l'on tremble de
voir s'évanouir, cet amour qui ne se prouve encore que par mille
bagatelles qui ne seraient rien pour d'autres que des amans; enfin, cet
embarras, ce trouble que l'on ressent alors en présence de l'objet aimé,
c'est, dit-on, l'état le plus doux de l'amour... Pourquoi donc est-on si
pressé de le faire cesser?... pour en venir à une fin qui trop souvent
n'amène que l'ennui, l'indifférence et l'inconstance... Ce sont surtout
les dames qui disent cela, en se plaignant de ce que les hommes ne sont
jamais contens, de ce qu'ils sont trop exigeans. Moi, je répondrai à ces
dames: «Convenez que vous éprouveriez au fond du coeur quelque dépit, si
votre amant ne vous demandait jamais à en venir à cette fin, et que vous
prendriez de lui une singulière opinion.»
Après la soirée de loto chez madame Montrésor, Victor brûle de voir
Ernestine, mais de la voir seule, pour lui dire tout l'amour qu'il
ressent pour elle; lors même que cette déclaration devrait fâcher madame
de Noirmont, il est décidé à la lui faire; mais il a bien quelques
motifs pour espérer que du moins on lui pardonnera.
Ce n'est guère qu'au jardin que Victor peut trouver l'occasion, qu'il
cherche aussi, dès le matin, il va parcourir les allées, les bosquets;
il passe là toute la journée, et revient à la maison de fort mauvaise
humeur, parce que madame de Noirmont ne quitte pas sa chambre ou le
salon dans lequel est son mari.
Depuis la soirée chez les Montrésor, Ernestine craint de se trouver
seule avec Victor. Le jeune homme remarque cette conduite; il devient
triste, rêveur. Le soir, quand tout le monde est au salon, il se met
dans un coin d'où il ne bouge pas, et Dufour lui dit: «Victor,
décidément tu veux copier M. Pomard? tu restes des demi-heures les yeux
fixés sur une corniche!... tu n'as jamais posé comme ça quand j'ai fait
ton portrait.»
Madame de Noirmont s'aperçoit de la tristesse de Victor, mais elle n'a
pas l'air de la remarquer. Madeleine, qui croit deviner la cause de la
mélancolie du jeune homme, le regarde souvent avec tendresse; mais
Victor ne voit pas ces regards-là, il ne fait attention ni au trouble,
ni à la rougeur de la jeune fille quand elle est près de lui; il
n'entend jamais ses soupirs, et ne la rencontre point dans les jardins,
parce qu'il n'y cherche qu'Ernestine.
«Madame ne va plus se promener au jardin?» dit un soir Victor en
s'approchant d'Ernestine.--«Mais... pardonnez-moi... n'y allons-nous pas
tous les soirs?...--Ah! oui... avec tout le monde... comme c'est
amusant! et vous n'y venez plus le matin?--Je n'ai guère le
temps...--Vous l'aviez autrefois?...»
Ernestine ne répond pas; elle tient toujours ses yeux sur son ouvrage.
«--Cet ouvrage vous occupe donc bien, madame, que vous ne puissiez pas
regarder un moment ailleurs....--Mais, monsieur, si je regardais
ailleurs... je ne pourrais conduire mon aiguille.--Ah! c'est juste,
madame, et puis je ne vaux certainement pas la peine que vous leviez
les yeux.»
Victor s'éloigne en froissant dans ses mains un journal qu'il avait eu
l'air de lire. Et M. de Noirmont s'écrie: «Eh bien! M. Dalmer...
qu'est-ce que vous faites donc? vous déchirez mon
_Constitutionnel_.--Ah! pardon, monsieur, c'est que je pensais...
»--Quand je vous le disais! s'écrie Dufour, il est devenu le second
volume de M. Pomard.»
Le peintre ajoute à l'oreille de son ami: «Je sais bien à qui tu
penses... Et cette pauvre Madeleine qui ne fait que soupirer, parce
qu'Armand ne revient pas... Hein!... qu'est-ce que je t'avais
dit?--C'est possible.--Je vais toujours faire le portrait de M. de
Noirmont en chasseur, et, pendant les séances, je me ferai donner des
renseignemens sur mademoiselle Clara Pomard... Je n'ai pas encore
d'intentions... mais on ne sait pas.»
M. de Noirmont a consenti à se laisser peindre en pied et revêtu de son
équipement de chasse; Dufour veut mettre tous ses soins à ce portrait,
d'abord pour sa gloire, ensuite parce qu'on est bien aise de faire
quelque chose d'agréable pour des personnes chez qui l'on demeure.
Les séances commencent après le déjeuner; Dufour les prolonge
quelquefois jusqu'au dîner, dans le but de rendre son ouvrage plus
parfait, et parce qu'il bavarde la moitié du temps au lieu de s'occuper
de son modèle. Pendant que M. de Noirmont pose et cause avec Dufour, on
aurait bien tout le temps de reprendre ces jolies promenades dans la
campagne qui plaisaient tant à Madeleine; mais Ernestine n'en parle pas,
et Victor ne le propose plus. La jeune fille se désole et ne conçoit
rien à la conduite de madame de Noirmont et à l'humeur de Victor.
Il en coûtait pourtant beaucoup à Ernestine pour agir ainsi; la soirée
du loto n'était pas oubliée: c'est parce qu'elle avait eu trop de
charmes, que la jeune femme avait ouvert les yeux sur d'autres dangers,
et sentit qu'il était temps de les éviter.
Mais on ne peut pas toujours être sur ses gardes, et puis il y a des
momens où l'on se croit bien forte, où l'on rit d'un danger que l'on se
dit n'être peut-être qu'imaginaire, et puis.... et c'est là
ordinairement le motif déterminant. M. Dalmer n'est plus aussi triste;
il a l'air d'avoir pris son parti, de ne plus chercher à se rapprocher
d'Ernestine, enfin de ne plus s'occuper d'elle, et une femme ne veut pas
que l'on se dérobe à son empire; car la plus sage est bien aise qu'on
soupire pour elle, alors même qu'elle ne veut pas répondre à ces
soupirs-là.
Toutes ces raisons déterminent un matin Ernestine à quitter le salon et
à s'enfoncer dans les belles allées du jardin. Elle s'y promène depuis
quelque temps, et ne rencontre personne; elle s'étonne, se dépite de
cette solitude: elle a emporté son ouvrage, elle s'assied sous un
bosquet et veut travailler; mais au moindre bruit des feuilles, elle
lève la tête et regarde autour d'elle; enfin Victor paraît; alors on
reporte bien vite les yeux sur son aiguille, et l'on feint d'être
très-occupée de ce qu'on fait, si bien que Victor s'assied près
d'Ernestine avant qu'on ait eu l'air de l'apercevoir.
«--Comment! c'est vous, madame!... vous, qui travaillez dans le
jardin!--Sans doute, monsieur; pourquoi pas?--C'est si extraordinaire de
vous voir quitter le salon... à moins d'être bien
accompagnée!...--J'avais mal à la tête ce matin... J'ai voulu prendre
l'air.--Voilà un mal de tête qui est bien heureux pour moi, puisqu'il me
procure l'occasion de vous voir un moment sans que des yeux importuns
soient braqués sur nous.--Je ne vois pas en quoi ces yeux-là peuvent
vous gêner...--Vous ne voyez rien, vous, madame!--Est-ce un compliment
cela, monsieur?--Je ne sais pas faire de complimens... je ne sais que
dire ce que j'éprouve.--Et peut-être aussi ce que vous n'éprouvez
pas.--Eh! mon Dieu!... pourquoi donc mentir quand on n'y est pas
obligé!... Par exemple, madame, si je vous disais que je vous aime, que
je vous adore, que je ne pense qu'à vous, certainement je ne mentirais
pas.»
Victor a dit tout cela avec tant de feu qu'il n'y a pas eu moyen de
l'arrêter. Ernestine regarde encore plus attentivement son ouvrage, afin
de cacher son émotion. Elle se contente de répondre d'un ton qu'elle
croit rendre sévère: «Mais, monsieur, est-ce qu'on doit dire de ces
choses-là à quelqu'un qui n'est pas libre?.... c'est très-mal ce que
vous faites là!--Eh! madame, fait-on toujours ce qu'on-devrait!... Le
monde serait trop parfait si l'on n'agissait que d'après son devoir....
Pourquoi avons-nous des passions qui parlent plus haut que notre
raison?.... pourquoi rencontrons-nous, quelqu'un qui nous inspire un
sentiment invincible.... insurmontable?...--Oh! oui, comme tous ceux que
les hommes éprouvent!...--Non, madame, c'est de l'amour que vous
inspirez,... ce n'est point un sentiment frivole, léger... Ah! je
n'avais jamais ressenti tout ce que j'éprouve près de vous!...--Combien
de fois avez-vous déjà dit cela à d'autres, monsieur?--Que vous êtes
cruelle!.... je n'ai jamais dit cela à d'autres, parce que je ne l'avais
pas encore éprouvé.... Cela vous fait rire?... vous êtes bien heureuse
de rire des tourmens que vous causez!...--Je crois qu'ils seront vite
guéris.--Mais enfin, madame, si je ne vous aimais pas, qui me forcerait
à vous dire que je vous aime,... lorsque je vois bien que vous ne pensez
pas à moi! que vous ne pouvez pas me souffrir!... car, Dieu merci! vous
me le faites assez voir. Depuis notre soirée chez madame Montrésor,...
où je me suis permis de vous serrer la main, vous ne sortez plus de
votre salon,... vous ne m'accordez pas un instant de tête-à-tête.--A
quoi cela vous avancerait-il?... vous ne pensez pas sans doute,
monsieur, que j'oublierai mes devoirs,... que je vous donnerai des
espérances?--Mon Dieu, madame, je ne pense rien! je n'espère rien! mais
je vous aime parce que... je vous aime; je ne crois pas que ce sentiment
puisse se commander ni finir à volonté... Est-ce donc ma faute si vous
m'inspirez de l'amour? A coup sûr je ne me suis pas dit: je veux aimer
cette dame-là,... cela est venu.... sans que je sache comment.... et
pourtant il me semble que je vous ai aimée du premier moment où je vous
ai vue,... du moins vous m'avez plu sur-le-champ... Je crois qu'il y a
quelque chose qui nous entraîne vers les personnes auxquelles nous
devons offrir notre coeur.--Vous avez dû éprouver souvent cet
entraînement?... je sais,... par mon frère, qu'à Paris vous n'étiez pas
cité pour votre sagesse.--Oh! je ne veux pas me faire meilleur que je ne
suis:... d'abord je suis très-franc!... oui, madame, très-franc! même
avec les dames auxquelles je fais la cour. Je n'ai jamais pu dire: je
vous aime, à une femme pour qui je n'éprouvais qu'une caprice, ni fait
serment d'être fidèle pour la vie, lorsque j'avais affaire à une
coquette. Mais vous, madame, vous,... ah! quelle différence!... j'aurais
été si heureux si vous m'aviez seulement aimé... un peu!...
»--Quand une femme, trop faible, ne peut résister à une passion qu'elle
devrait combattre, je crois qu'elle n'est pas maîtresse de n'aimer
qu'_un peu_; elle doit aimer beaucoup au contraire... et c'est sa
punition.--Sa punition!.... pourquoi?--Parce que bientôt elle aime
seule..... Alors que lui reste-t-il? un amour qui fait son supplice, et
des remords que rien ne peut adoucir.--Ah! madame, pouvez-vous penser
qu'on cesserait de vous aimer...--Pourquoi serais-je privilégiée; je
n'ai pas assez d'amour-propre pour le croire; je me connais et je ne me
trouve pas assez jolie pour inspirer une passion éternelle... Je ne vois
même rien en moi qui doive charmer quelqu'un habitué à n'offrir ses
hommages qu'à la beauté. Aussi, quand on me fait une déclaration
d'amour, je suis toujours tentée de croire que l'on se moque de
moi.--Vous vous jugez bien mal, madame.--Non je ne me trouve nullement
belle.--Croyez-vous donc que pour plaire il faille avoir des traits bien
réguliers et dignes de servir de modèle. C'est la physionomie qui fait
tout... du moins à mon goût. Sans doute il ne faut pas que cette
physionomie s'allie à des traits désagréables; mais, lorsqu'on trouve
dans l'ensemble, dans les yeux de quelqu'un ce je ne sais quoi qui nous
plaît, qui nous captive, ah! madame, on ne s'occupe pas alors à
détailler tous ses traits pour voir ce qu'il peut y manquer. On aime
déjà, et la personne qui nous plaît est pour nous la plus
jolie....--C'est possible,... mais....--Mais....--Une femme honnête ne
doit aimer que son mari.--Je sais qu'on doit aimer son mari....
Certainement je trouve cela très-bien!... mais quelquefois,... quand il
y a une différence d'âge,... d'humeur.... On ne se marie pas toujours
par amour.--Ce ne serait pas encore une raison pour manquer à ses
devoirs....»
Victor ne répond rien. Il se contente de soupirer; puis avec une petite
baguette, de tracer des ronds sur le sable. Ernestine travaille avec
beaucoup d'ardeur et sans lever les yeux. Ils gardent long-temps le
silence, ne se regardant ni l'un ni l'autre; c'est Ernestine qui le
rompt la première:
«Je crois qu'il est temps que mon frère revienne.--Pourquoi cela,
madame? Parce que la société de mon mari et la mienne ne doivent pas
suffire pour vous retenir ici; et je conviens que nos voisins ne sont
pas non plus bien récréatifs.--Moi, madame, je crois plutôt que vous me
dites cela parce que mon séjour ici vous ennuie, et que vous désirez que
je parte. Eh bien, vous serez satisfaite.... Je n'ai pas même besoin
d'attendre Dufour, je le laisserai faire le portrait de M. de Noirmont,
je partirai demain, je vous débarrasserai de ma présence....
«--En vérité, monsieur, vous avez l'esprit bien mal fait,... vous prenez
de travers tout ce qu'on vous dit.... Si je suppose que vous pouvez vous
ennuyer avec nous, c'est parce que je le crains.... Vous ai-je jamais
témoigné que votre présence ne me fût pas agréable....
«--Mais aussi, madame, comment pouvez-vous supposer que je m'ennuie avec
vous... avec vous!... que je voudrais ne pas quitter un moment, car je
n'ose penser qu'il faudra vous quitter,... ne plus vous voir.... Non, je
ne puis me faire à cette idée; il me semble que maintenant nous devons
toujours être ensemble:... on est si bien près de vous....»
Et Victor s'est rapproché d'Ernestine, et il a doucement passé son bras
sous le sien.
«--Prenez garde, monsieur,... vous allez me faire piquer....--Mon Dieu!
madame, cet ouvrage est donc bien pressé que vous ne pouvez pas le
laisser.--Quelle nécessité de le quitter;... on peut bien causer en
travaillant.--Mais on ne peut pas seulement apercevoir vos yeux... vos
yeux... que j'aime tant;... vous seriez donc bien fâchée de les lever un
moment....»
Ernestine ne répond pas, mais elle cesse de regarder son aiguille, car
enfin ce n'est pas un grand mal de laisser voir ses yeux. Cependant ceux
de Victor ont une expression si tendre qu'elle en est toute troublée;
elle roule son ouvrage en disant: «Je vais rentrer.--Quoi!
déjà?...--Mais il y a long-temps que je suis là.--Vous trouvez qu'il y a
long-temps, et moi il me semble qu'il n'y a qu'une minute....--J'aurais
peut-être mieux fait de ne pas y venir du tout.--Vous avez même du
regret de m'avoir procuré ce moment de bonheur.... Vous êtes fâchée de
ce que j'ai osé vous dire!...--A quoi tout cela vous avancera-t-il?...
Si votre amour était vrai, il ne vous causerait que des peines; vous
voyez bien qu'il vaut mieux que tout cela ne soit qu'une
plaisanterie.--Ah! madame!... si vous ressentiez l'amour comme moi, vous
ne diriez pas cela. Je trouve que l'état le plus triste au monde est
l'indifférence.... Quand le coeur n'a aucun attachement bien vif, rien ne
nous occupe, ne nous émeut,... tout nous ennuie, tout nous est égal;
qu'on nous propose une promenade, une partie de plaisir, nous acceptons
tout avec le même calme!... Nous n'avons rien à y chercher, rien à y
désirer; nous aurons les mêmes sensations aujourd'hui que demain, nous
vivrons le lendemain comme la veille;... mais est-ce là vivre!... est-ce
là exister!... Que l'amour s'empare de notre coeur, et tout change autour
de nous; tout prend à nos yeux un nouvel intérêt; dans les occupations
les plus ordinaires de la vie, nous trouvons du plaisir, parce que nous
pouvons y mêler la pensée de notre amour, l'image de l'objet adoré. S'il
est avec nous, le temps s'écoulera plus vite; si nous l'attendons, nous
comptons les minutes; s'il est absent nous pensons à lui, nous voulons
deviner ce qu'il fait. L'ennui n'atteint jamais un coeur bien épris.
Enfin, si notre amour nous cause des peines, eh bien! ces peines même
ont un charme qu'on ne voudrait pas changer contre l'indifférence; non,
madame, quand on aime bien et qu'on est aimé, on n'est jamais
entièrement malheureux. Ah! vous ne comprenez pas cela, vous, parce que
vous avez une ame froide, insensible....»
Ernestine ne paraissait cependant ni froide, ni insensible en ce moment;
elle était émue, oppressée; elle avait de la peine à cacher son trouble.
Victor le voyait bien, mais il était trop adroit pour avoir l'air de
s'en apercevoir. Enfin madame de Noirmont fait un mouvement pour se
lever, Victor la retient:
«--De grâce, encore un instant!... j'ai si rarement le bonheur d'être
seul avec vous....--Non, j'ai déjà eu tort de vous écouter.--Comment!
je ne pourrai pas même vous parler de mes peines... à vous qui les
causez.--Vous me dites des choses que je ne devrais pas entendre. Encore
une fois, monsieur, si j'avais la faiblesse de vous croire,... de vous
aimer,... à quoi cela nous mènerait-il?--Mais à tout, si vous
vouliez.--Non, monsieur,.... lors même que je... que j'aurais de
l'amitié pour vous,... je n'oublierais jamais ce que je me dois,... non,
jamais!...»
En disant ces mots, Ernestine dégage sa main de celle de Victor, et
s'éloigne précipitamment en le laissant sous le bosquet.
«Elle a dit: _Jamais!_» murmure Victor en regardant la jeune femme
s'enfuir du côté de la maison.
Et cependant Victor ne semble pas mécontent de l'entretien qu'il vient
d'avoir; il regagne le salon d'un air plus satisfait: c'est que
probablement il avait vu _le Trésor supposé_, et se rappelait cette
phrase de M. Géronte: _Il ne faut jamais dire jamais: qui est-ce qui
peut répondre de l'avenir?_