--Ah!... vos paroles me font du bien, monsieur le baron, dit-il,
maintenant je suis content d'avoir agi comme je l'ai fait.
La baronne d'Escorval se leva, trop femme pour savoir résister aux
généreuses inspirations de son cœur.
--Moi aussi, monsieur Lacheneur, prononça-t-elle, je veux vous serrer
la main. Je veux vous dire que je vous estime autant que je méprise
les tristes ingrats qui ont essayé de vous humilier alors qu'ils
devaient tomber à vos pieds... Vous avez rencontré des monstres sans
cœur, tels qu'on ne trouverait sans doute pas leurs semblables.
--Hélas! soupira le baron, les alliés nous en ont ramené comme cela
quelques-uns qui pensent que le monde a été créé pour eux.
--Et ces gens-là, gronda Lacheneur, voudraient être nos maîtres!...
La fatalité voulut que personne n'entendît M. Lacheneur. Questionné
sur le sens de sa phrase, il eût sans doute laissé deviner quelque
chose des projets dont le germe existait déjà dans son esprit... Et
alors, que de catastrophes évitées!...
Cependant M. d'Escorval reprenait peu à peu son sang-froid.
--Maintenant, mon cher ami, demanda-t-il, quelle conduite vous
proposez-vous de tenir avec les messieurs de Sairmeuse?
--Ils n'entendront plus parler de moi... d'ici quelque temps du moins.
--Quoi!... vous ne réclamerez pas les dix mille francs qu'ils vous
doivent?...
--Je ne demanderai rien...
--Il le faut pourtant, malheureux. Puisque vous avez parlé du legs de
dix mille francs de votre marraine, votre honneur exige que vous en
poursuiviez par tous les moyens légaux la restitution... Il y a encore
des juges en France...