De son amant la face regardoit
Et lui a dit: mon amy et seigneur
Comme estes vous ozé venir cy droit
En tel danger et peril comme on voit
Que diray je? a ceste heure apperçoy
Que je vous suis treschere quoy que soit
De ce danger suis cause bien le voy
Sed neque tu me aliam invenies
Certes autre tu ne me trouveras
En tous dangers me bouteré pour toy
De ton costé les dieux tu requerras
Et moy du mien qui nous facent otroy
De leur faveur a nostre bonne foy
Et vray amour veulent donner bon vent
Car soyes seure que autre que toy de moy
Tant que vivre n'aura jouyssement
Nec maritus quidem si rite maritum & cetera
Pas mon mary: se mary je le doy
Deuement nommer: car contre mon vouloir
Me l'ont donné mes parens & quant a moy
Jamés ne fus consentant de l'avoir
C'est mal party de faire a fille avoir
Contre son gré vieillart en mariage
Laissons cela plus il n'en fault chaloir
Mon bien/ m'amour des amans le plus sage
Sed age mea voluptas & cetera
Mais or avant ma volupté/ ma joye
Ostés ce sac monstrés vous clerement
Despouillés vous faictes tant que vous voie
Hors cest habit de porteur vitement
Deceignés vous de cordes promptement
Ottroiés moy que je vous puisse voir
Quant despouillé se fut legierement
Riens plus plaisant jamés ne fut a voir
Comment eurialus se despouilla du roquet et des cordes et apparurent ses
beaulx vestemens et comment sur ce point sozie leur vint dire que
menelaus venoit en hault
Jam ille depositis sordiltis ostro fulgebat et auro
Quant ses habis de vil pris eut hors mis
En pourpre et or reluisoit le mignon
Se fortune eust a l'eure permis
A ses amours eust donné guerison
Mais sozie si tost qu'en fut saison
A la porte frappa tressagement
En leur disant gardés vous de trahison
Menelaus vient cy legierement
Tegite furta vestra dolisque vitam fallite &c.
Je ne sçay pas qu'il vient icy querant
Secretement couvrés vostre larcin
Chascun de vous soit subtil et savant
De ce mary tromper c'est vostre fin
Ne pensés point qu'il soit homme si fin
Qui de ceans sceust maintenant sortir
Pourvoiés y bien sagement affin
Que vos amours ne faille departir
Comment lucresse fist musser eurialus dedens une muce qui estoit en la
chambre ou l'en mettoit les choses secretes de la maison
Tum lucretia latibulum parvum inquit substracto
Lors lucresse dist a eurialus
Dessoubz ce lit une muce a secrete
La sont plusieurs choses bien cher tenus
Et de ce t'ay pieça mencion faicte
Par mes lettres si par quelque deffaicte
Menelaus nous surprenoit ensemble
Tu te mettrois ens en celle muete
Ainsi se doit faire comme il me semble
Ingredere huc tutus tenebris eris
Entre dedans par l'obscurté du lieu
Et tenebres tu seras seurement
Mais quant dedans seras ne tant ne peu
Ne remueras: ne crache aucunement
Eurialus doubta se entierement
Acompliroit ce que on lui conseilloit
Puis proposa que le commandement
Et le conseil de sa dame suyvroit
Comment menelaus entra tout suant en la chambre lui & son homme pour
avoir certaines lettres qu'il charchoit
Illa foribus patefactis &c.
Aprés ouvrit de sa chambre la porte
Et retourna tixtre comme par devant
A son mestier & tantost se transporte
Menelaus son mary tout suant
Avecques lui bertus l'accompaignant
Quelque lettre de la chose publique
Estoit alors menelaus querant
A les chercher entierement s'applique
Que postquam nullis inventa sunt
Quant es escrins chose ne peut trouver
De ce que avoit presentement a faire
Dist que dedans la muce recouvrer
On les pourroit ainsi qu'il povoit croire
A lucresse dist qu'il avoit a faire
De chandelle pour dedens regarder
Euriale fut point ne le fault taire
Pres de la mort quant ce ouyt demander
Comment eurialus se deffia de lucresse qu'elle le voulsist trahir & des
parolles qu'il disoit lui estant en la muce
Janque lucretiam odisse incipit
Il commença lors a hayr lucresse
Et dedens soy fol il se reputoit
Ha disoit il qui m'a fors ma jeunesse
Et legierté fait venir cy endroit
Je suis happé et prins et a bon droit
Infamie: j'ay la grace perdue
De l'empereur combien que ce peu soit
Il me suffist se la vie m'est rendue
Quis me hinc vivum eripiet
Qui me pourra de ce lieu vif tirer
Il est certain qu'il est fait de ma vie
O vain et sot de tous folx le premier
Le plus meschant de tous en vraie folie
J'ay ma propre voulenté ensuyvie
Par moy je suis tumbé en ce danger
Telles joyes prouffiter ne voy mie
Puis que acheter les me convient si cher
L'acteur parle des voluptés en les blasmant en la personne de eurialus
Brevis est illa voluptas dolores longissimi
La volupté des plaisirs amoureulx
Est bien courte: et longue la douleur
O voulsissons pour le royaulme des cieulx
Autant prendre de peine et de labeur
Merveilleuse est la folie et l'erreur
De nous povres miserables humains
Qui cours travaulx & bien peu de sueur
Pas n'endurons pour les biens souverains
Amoris causa cuius leticia fumo comparari potest infinitis nos
objectamus angustiis
Et pour cause de vain et fol amour
Que a fumee on peut bien comparer
Nous nous offrons tant de nuyt que de jour
A molesties et peines sans finer
A ceste heure je puis bien aviser
Que je seré de tous exemple & fable
Las je ne sçay comme en pourra aler
N'a quelle fin viendra le miserable
Comment eurialus voue que s'il peut eschapper jamais n'y retournera
Hinc si me deorum quisquam traxerit nusquam me rursus labor
illaqueabit
Se aucun dieu par sa doulce clemence
De ce peril me povoit delivrer
Tant que vivrois par mon insipience
En tel danger ne me viendrois gluer
O dieu du ciel vueillés moy delivrer
Et pardonnés a ma fole jeunesse
Mes grans faultes me vueillés remembrer
A l'ignorant faictes grace et largesse
Reserva me ut horum delictorum penitentiam agam
Je te supply plaise toy me garder
De ce peril pour que je puisse faire
Penitence des pechés sans tarder
Que j'ay commis las il est bien notoire
Que lucresse m'a cy pour me defaire
Mis en ses las: jamés el ne m'ama
Voicy mon jour ma fin dont nul retraire
Ne me pourroit se dieu pitié n'en n'a
Audieram ego sepe mulierum fallacias nec declinare scivi
J'avois assés autres fois des fallaces
Et malices des femmes ouy bruyt
Et icelles en plusieurs lieux & places
Ouy narrer & ne me suis conduit
Si sagement que aye peu jour ne nuit
Leurs cautelles eviter mais se puis
De ce peril par quelque saufconduit
Me bouter hors: aux femmes a dieu dis
Comment lucresse avoit soing & crainte tant pour elle que pour eurialus
et comment soudainement elle trouva remede contre le dangier
Sed nec lucretia minoribus urgebatur molestiis
Lucresse lors moins de crainte n'avoit
De son salut et curieusement
De euriale doubte et soing avoit
Si grant que on peut avoir aucunement
Mais tout ainsi que peril eminent
Des femmes est plus que de hommes l'engin
Soudain/ subtil pour trouver promptement
Remede acoup lucresse y trouva fin
Age inquit vir cistella illic super fenestra est ubi te memini
&c
Sa mon mary dist lucresse soudain
Une archete sur celle fenestre a
Je memoire que de ta propre main
As dedens mis les lettres qui sont la
Peut bien estre que la se trouvera
Tout ce que cy longuement tu as quis
Legierement le coffret empoigna
Et puis dessus la fenestre l'a mis
Tanquam vellet aperire cistellam latenter eam deorsum impulit
Puis fist semblant que ouvrir elle vouloit
La petite liete et en l'ouvrant
Secretement tant que on ne l'apperçoit
L'archete fist en bas tumber courant
A son mary dist: ne soiés tardant
Que ne perdons et n'ayons grant dommage
Car l'archete que tenoie cy devant
Est tumbee qui n'est pas avantage
Perge ocius ne jocalta vel scripture &c
Courés bien tost recouvrés mes joyaulx
Et mes bagues et les lettres aussi
Alés vite car la sont mes plus beaux
Et plus riches joyaulx je vous affy
Despeschés vous estes encores cy
Alés je fais le guet qu'on ne les robe
Quelque larron tant que seray icy
N'y mettra pas la main mais que ne hobe
L'acteur par forme de yronie parle de l'engin subit des femmes & de leur
grande hardiesse
Vide audatiam mulieris &c.
Regarde cy la grande hardiesse
D'une femme & cauteleux ouvrage
A ceste heure dois croire sans paresse
A leur parler il n'est homme si sage
Si cler voyant qui puisse l'avantage
D'elles avoir tant soit il cler voiant
Et que tromper ne puissent c'est l'usage
Chascun le sçait le cas est apparant
Is duntaxat non fuit illusus quem conjunx fallere non tantavit
Celluy pour vray de malice de dame
Est et sera exempt je vous affi
Le quel sans plus la seule et propre femme
N'a point voulu decevoir ce vous dy
Par fortune je le vous certiffy
On est trop plus eureux que par engin
Menelaus et bertus avec luy
Descendirent par le vouloir divin
Comment lucresse mist eurialus en autre lieu tant comme son mary alla
querir ses bagues
Domus etrusco more altior fuit
Ceste maison de lucresse moult haulte
A la mode des etrusquins estoit
Plusieurs degrés avoit sans quelque faulte
Par ou monter et descendre failloit
Eurialus ce temps pendant avoit
De lieu changer faculté ce qu'il fist
Car lucresse ainsi qu'elle entendoit
En quelque autre neufve muce le mist
Illi collectis jocalibus atque scripturis &c
Quant ilz eurent tout prins et recueilli
Bagues joyaulx lettres et autres biens
Pource que n'ont ce qu'ilz charchoient parmy
Trouvé tantost vindrent sans dire riens
En la chambre monterent & puis liens
Au pres du lieu du quel party estoit
Eurialus charcherent lors je tiens
Ce dist bertus tout ce qu'il nous failloit
Comment le mary de lucresse et son homme s'en allerent quant ilz eurent
les lettres qu'ilz queroient
Voti compotes facti consalutata lucressia &c.
Puis par aprés lucresse saluerent
En luy disant adieu jusques au retour
En sa chambre seulete la laisserent
Se leur sembloit tantost sans long sejour
Elle appelle son amy par amour
Quant l'uis fermé et barré fut apoint
En luy disant mon amy mon seignour
Sortés dehors acoup ne tardés point
Comment lucresse parle a eurialus aprés qu'il fut hors de danger
Veni gaudiorum summa meorum &c
Ma pensee mon cueur toute ma joye
La fortune de toute ma plaisance
Et la source de mon bien ou que soye
Plus doulx que ray de miel sans doubtance
Vien ma doulceur/ m'amour ma soustenance
Toutes choses sont present a seurté
Parler povons seurement sans instance
Du chemin est hors mise la durté
Jam locus est amplexibus tutus
Nous povons bien embrasser seurement
L'un l'autre sans que fortune nous nuise
Combien qu'elle c'est portee rudement
Vers nous rompant la premiere entreprinse
De nos baisers les dieux par bonne guise
Et façon ont regardé nostre amour
De si loyaulx amans ont veu l'emprinse
Ne les voulans habandonner nul jour
Veni jam meas in ulnas nichil est quod jam amplius vereare &c
Entre mes bras vien t'en mon doulx amy
Chose craindre maintenant tu ne dois
Plus que roses ne fleur de lis aussi
Donnant odeur mon amy a fin chois
Que tardes tu que crains tu ceste fois
T'amye suis que veulx tu delaier
A me embrasser ne tarde deux ne trois
Plus ne nous fault du danger effraier
Comment eurialus ne se povoit asseurer et aprés qu'il fut asseuré acolla
lucresse et baisa & de ce qu'il dist
Eurialus vix tandem formidine posita &c
A peine peut ses esperitz asseurer
Eurialus touteffois quant il eut
Toute crainte hors mise acoler
Lucresse vint disant que jamés n'eut
Si grant fraieur mais que pour elle veult
Avoir soufert et enduré tourment
Qu'elle est digne que on face ce que on peut
Pour son amour desservir loyaulment
Nec istec oscula et tam dulces amplexus &c
Telz doulx baisiers & doulx embrassemens
Ne peut avoir homme sans peine avoir
Car il les doit par craintes & tormens
Loyaulment deservir main et soir
Iceulx gangner par travaulx c'est le voir
Se aprés ma mort ressuciter povoie
Et les peusse par telz travaulx avoir
Par mille fois pour eulx morir vouldroie
O mea felicitas o mea beatitudo
O ma tresgrant et vraye felicité
Mon bien parfait & ma beatitude
Te voys je cy ou ce c'est vanité
Te tienge ou non ou ta similitude
Suis je de engin si rebouqué et rude
Que par songes soye deceu vainement
Certes sés tu: bien le sçay plus ne cude
Je te tiens cy je le sçay fermement
Comment lucresse estoit lors vestue & de sa grant beaulté
Erat lucretia levi vestita palla
Lucresse estoit d'un fin roquet vestue
Assés legier qui au corps la prenoit
Si justement que tout d'une venue
Les membres telz qu'ilz estoient demonstroit
Plus que naige la bouche blanche avoit
Et de ses yeulx la clarté et lumiere
Comme celle du soleil reluisoit
Regard plaisant Joyeuse avoit la chere
Geme veluti lilia purpureis immixta rosis
Les joes avoit d'une couleur vermeille
Blanches parmy comme vermeilles roses
Avec le lis meslees c'est couleur belle
Et si avoit aussi entre autres choses
En la bouche parolles gracieuses
Ris avenant modeste et temperé
C'estoient choses a veoir delicieuses
Nature avoit en ce bien operé
Pectus amplum papilie quasi duo punica poma &c.
Lucresse avoit poictrine ample et belle
Et de chascun costé rebondissoit
Une ronde ferme et plaisant mamelle
Comme pommes rondes elle les avoit
Le mouvement d'icelles excitoit
Tous vrays amans ao jeu d'amours parfaire
Pourtant ne peut eurialus quant voit
Biens si parfaictz soy refraindre ou retraire
Oblitus timoris modestiam quoque ab se repulit
Il oublia lors toute modestie
Toute crainte hors mist d'avecques luy
Lucresse print et lui dist je vous prie
Le fruict d'amours recevons sans ennuy
Es parolles le fait fust ensuivy
Mais lucresse pas ne voulut souffrir
En luy disant qu'elle a cure et soucy
De honnesteté et bon nom obtenir
Comment lucresse faignit ne vouloir habiter avecques eurialus disant que
on ne aymoit pas pourcela et la responce qu'elle fist
Nec aliud eius amorem quam verba exposcere &c
Euriale dist elle mon amy
Je n'entens point que nostre amour requiere
Autre chose que diviser ainsi
Honnestement sans autre chose faire
Eurialus a lors ne se peut taire
A sa dame dist que quelque ung saura
Qu'il est venu leans pour son plaisir faire
Ou que de ce aucun riens ne saura
Si scitum est ait nemo est qui non cetera suspicetur
Se aucun dit il a de ce congnoissance
Que nous soions icy secretement
Ne pretendra ja cause d'ignorance
Que nous façons d'amours l'esbatement
Infamye vouloir apertement
Estre entourné atort et sans rien faire
Folie seroit selon mon sentement
Pour quoy conclus que tout devons parfaire
Sin vero nescitum est & hoc quoque sciet nullus
Et suppose que aucun n'en sache rien
Plus tost devons le jeu d'amours parfaire
Puis que parler ny en mal ny en bien
On n'en pourra le jeu nous devra plaire
C'est tout le fruict d'amours que de ce faire
Mourir me fault plus tost que ne le face
Je vous supplie ne me soyez contraire
Puis que avons temps lieu convenable & place
Comment lucresse replique disant que ne devoient habiter mais elle fut
finablement vaincue
Ha scelus est inquit lucretia
Lucresse dist certes qui parferoit
Le demourant ce seroit un grant vice
Eurialus dist cil qui ne useroit
Des biens iceulx appliquant a l'office
Esquelz ilz sont ordonnés seroit nice
Et feroit mal quant ilz les peut avoir
Laisser chose qui est a soy propice
Ne seroit sens mais lascheté pour voir
An ego occasionem michi concessam tum quesitam tum optatam
miterem
Et cuidés vous que voulsisse laisser
L'occasion qui present m'est donnee
Que ay tant quise par venir et aller
Et par long temps grandement desiree
Par la robe a lucresse empongnee
Qui resistoit mais elle fut vaincue
Et ne fut pas leur volupté saoulee
Com de hamon quant thamar eut congneue
Comment aprés le fait d'amours acomply Il aymerent plus que devant et
comment eurialus print congié
Memet tamen discriminis eurialus postquam vini cibique paulisper
hausit
Plus grande soif de loyaulment aymer
Leur engendra ce qu'ilz avoient parfait
Eurialus se sceut bien remembrer
Du grant peril que evité il avoit
De pain et vin quant un peu fut refait
Son congié print lucresse repugnoit
On n'eut oncques suspection du fait
Pour qu'en forme d'ung porteurs s'en aloit
Comment eurialus en alant remembroit le danger ou il avoit esté et les
parolles qu'il disoit a soy mesmes
Admirabatur seipsum eurialus
Eurialus en alant par la voye
En soy mesmes se donne grant merveille
Disant o dieu se present rencontroye
Cesar certes je l'auroye fort belle
Se apercevoit ce vestement de toille
Suspicion tresgrande il auroit
Fable seroys a tous pour l'amour d'elle
Et grandement de moy on se riroit
Nunquam me missum faceret donec sciret omnia
Jamais en paix il ne me laisseroit
Jusques ad ce que eust congneu tout le voir
Et bien acoup il me demanderoit
De cest habit car tout voudroit savoir
Se luy disoie que venisse de veoir
Quelque femme en lucresse taisant
Et que fiesse par tout mon plain povoir
Pour l'excuser rien n'en seroit croiant
Nam et ipse hanc amat &c.
Je sçay assés que cesar loyaulment
Tresvoulentiers lucresse aymeroit
Pas mon prouffit ne seroit seurement
Moy descouvrir car mal fait se seroit
De reveler ce que celer on doit
Trahir ne doy celle qui saulvé m'a
Certes plus tost vif on m'escorcheroit
Que voulsisse condescendre a cela
Comment eurialus en alant avisa deux de ses loyaulx compaignons nisus et
achates & ne se monstra point a eulx ainsi guetré
Dum sic loquitur nisum/ achatem/ pliniumque cernit
Tandis que ainsi aloit a soy parlant
Nise/ achates et pline il avisa
A son povoir les ala devançant
Tant que nul d'eulx congnoissance n'en a
Ains a l'ostel cautement arriva
Ses sacs osta et sa robe a reprinse
A son amy l'aventure conta
La maniere du fait & l'entreprinse
Comment eurialus conta son aventure a son feal amy achates et des
paroles qu'il disoit considerant le dangier ou il avoit esté
Dumque quis timor quod gaudium &c
Tresbien recors de tout il recitoit
Les crainte et joye a lui entrevenus
Et semblable a l'une fois estoit
A cil qui craint aussi comme confus
Puis a l'autre joyeux se monstroit plus
Disant ainsi constitué en crainte
Par femmes suis ung vray fol devenus
Et mis mon chief en peine & douleur mainte
Non sic me pater ammonuit dum me nullius femine fidem sequi
debere dicebat
Mon pere pas ainsi ne conseilloit
Quant il disoit qu'en femme qui fust nee
Fidelité ne loyaulté n'avoit
Que evitasse eulx et leur destinee
Car il disoit femme est beste indomtee
Infidele/ cruelle aussi muable
Et a mille passions inclinee
De ce povois bien estre remembrable
Ego paterne immemor discipline
Mais je ne eu de ce quelque memoire
Abandonné ay mon ame et mon corps
Le principal et aussi l'accessoire
Entre les mains d'une femme si lors
Que de fourment estois chargé la hors
On m'eust congneu quel honte & infamie
A mes parens fust avenu des lors
Consequamment a toute ma lignie
Alienum me cesar fecisset &c.
Cesar eust eu de moy abandonner
Matere assés car il eust bien peu dire
On doit comme vil et fol contemner
Homme qu'on voit ainsi mal se conduire
Se le mary de lucresse a voir dire
M'eust empoigné quant les lettres cerchoit
Il n'y eut eu matere de quoy rire
Bien entendre chascun le peut et doit
Seva est lex julia mechis &c
La loy julie que on dit des adulteres
Est cruele pour eulx selon les drois
Mais du mary sont peines plus austeres
Que de la loy car tout a une fois
La loy punist par glayve com je croys
Et le mary par divers batemens
Occist & bat sans regarder les loix
Ne si frappe de bois ou ferremens
Sed putemus virum pepercisse vite
Mais supposons que le mary m'eust fait
Grace du corps et m'eust donné ma vie
Si m'eust il mis pour mon cas et forfait
En ses prisons puis je vous certiffie
M'eust a cesar a ma grant infamie
Baillé/ livré tout ainsi m'en fust prins
Plus doulcement je ne povoie mye
Ce mal passer quant eusse esté surprins
Dicamus & illius me manus effugere &c
Or supposons que povois evader
D'entre ses mains car sans armes estoit
Et que je avois pour moy de lui garder
Mon espee qui au costé pendoit
Certes des gens avecques lui avoit
Ses armeures a la paroy pendoient
Facilement prendre il les povoit
En sa maison mains serviteurs estoient
Clamores mox invaluissent
Clameurs et cris lors faictz eussent esté
Les huis fermés tous eussent prins vengence
De mon meffait ilz n'eussent arresté
Pour soy venger de mon insipience
A ceste heure j'ay clere congnoissance
Que du danger ne m'a pas delivré
Mon beau parler/ mon sens ne ma prudence
Mais fortune qui bien y a ouvré
Quid casus innuo & promptum ingenium lucretie
Qu'esse que dy de fortune qu'el ma
Hors de danger et de peril hors mis
Certes bien scé que rien fait el n'en a
Mais s'a esté lucresse au cler vis
Son prompt engin non tardif ne remis
O loyale & tressage amoureuse
O noble amour auquel me suis submis
Plus que toy n'est chose delicieuse
Cur me tibi non credam cur tuam non sequar fidem
Qui me tiendra que ne aye en toy creance
Et que ta foy ne doie ensuyvir
Se je avoie par divine ordonnance
Cent chiefz a toy oseroie bien venir
Pour qu'en ta foy le voulsisses tenir
Loyale es/ caute/ prudente sage
Bien scés amer: a tes fins parvenir
Et ton amant garder de tout oultrage
Quis tam cito excogitare potuisset
Qui est celui qui eust si tost pourveu
Consideré/ ne le moyen pensé
Soudainement ainsi que l'as preveu
Pour du danger ou m'estoie lancé
Bouter dehors que ne feusse pressé
As la voie promptement avisee
Bien dire puis qu'estois mal agencé
Et ma vie entierement finee
Non meum est sed tuum quod spero
Se j'ay esperit qui encores respire
Je ne tiens ce de quelque ung que de toy
Ne me seroit point fort dur a vray dire
La vie perdre que je retiens par toy
A ton plaisir tu peuz faire de moy
Le povoir as de ma mort & ma vie
A toy me rens & commande en ta foy
A tousjours mais sans faire departie
O candidum pectus o dulcem linguam
O poictrine blanche comme le lis
Doulce langue/ clers yeulx & lumineux
O prompt engin membres plains & polis
Plus que marbre/ souefz & amoureulx
Quant pourray je vous revoir de mes yeulx
Et les levres coralines baiser
En les mordant par plaisir amoureulx
Pour mieulx amours resjouir & aiser
Quando tremulam linguam &c
Quant pourray je en ma bouche sentir
Celle doulce langue murmurative
Et ses dures mamelles a laisir
Taster qui sont de la generative
Excitatif: il n'est contemplative
Vie qui soit si doulce que lucresse
C'est ung tresor/ c'est vie perfective
C'est tout basme/ c'est parfaicte liesse
Comment achates compaignon de eurialus parla a lui et des paroles qu'il
dist
Parum est ait achates quod in hac femina vidisti
Lors achates amy et compaignon
D'eurialus lui dist c'est peu de chose
De la beaulté/ proprieté/ blason
Qu'as allegué estre en lucresse enclose
De tant qu'on voit femme sans estre close
Toute nue elle semble plus belle
Et se monstrer se povoit je suppose
Que plus beaulté se trouveroit en elle
Non candali regis lidia formosa uxor & cetera
Lidia fut du roy candalus femme
Gente/ belle: non pas plus que lucresse
Ne m'esbahis pour monstrer de la dame
La grant beaulté s'il voulut sans peresse
A son amy par ung trait de liesse
Son espouse descouvrir toute nue
Affin qu'il peust par plus grant hardiesse
Les joyes d'amours prendre d'une venue
La response que eurialus fait a achates de lucresse et de sa beaulté
Ego quoque itidem faceram &c.
Semblablement se faculté je avoie
De ce faire: croy que ainsi ce feroit
Toute nue je la te monstreroie
Car ma langue suffire ne sauroit
A descrire bien au long & a droit
La grant beaulté de lucresse indicible
Homme mortel a ce ne suffiroit
Tant est belle qu'a dire est impossible
Nec tu quam solidum quam plenum fuerit meum gaudium potes
considerare
Considerer ne pourrois proprement
La joye plaine qu'ay au jourd'uy receue
Mais avec moy te esjouys plaisamment
De mes amours car la joye que j'ay eue
Est plus grande se bien l'avois perceue
Que parole exprimer ne pourroit
J'ay liesse a grant habundance eue
Autre que moy ce ne conceveroit
Sic eurialus cum achate &c.
Eurialus tout ainsi que dit est
Ne plus ne moins a achates parla
Et lucresse qui seulle en sa chambre est
N'en dist pas moins: mais ce diminua
Sa plaisance car taisible cela
Ce qu'el n'osoit a quelque ung reveler
A sozie quelque peu en parla
Tout ne voulut pour honte declarer
Comme pacorus fut amoureux de lucresse sans partie
Pacorus interea pannonius eques domo nobilis qui cesarem
sequebatur
Ce temps pendant ung homs panonien
Homme noble pacorus eut en nom
Qui de cesar en la grace estoit bien
Homme a cheval et de noble maison
De lucresse fut en celle saison
Fort amoureux en cuidant qu'el aymast
Car il estoit assés beau compaignon
Et ne cuidoit que quelque ung l'empeschast
Illa sicut mos est nostris dominabus