Vat'en d'icy: pars bien legierement

Vielle infecte venefique et mauldicte

Et tes lettres emporte vitement

Avecques toy pour que n'ayes poursuyte

Baille les moy et tantost d'une suyte

Les desrompre ou feu seront boutees

Trop as esté abusee et seduite

Telz folies seront bien reboutees

Comme lucresse print les lettres et les rompit faignant estre couroussee

puis les foulla aux piés Et des parolles qu'elle dist a la macrelle et

la response d'icelle

Arripiensque papyrum & cetera

Lucresse print le papier contenant

De eurialus le cordial amour

Elle rompit en iceluy foulant

Avec les piés puis cracha tout autour

En la cendre jetta tout sans sejour

A la vieille dist on deust ainsi faire

De toy qui es de feu digne en ce jour

Plus que de vin boire pour ton salaire

Sed abi ocius ne te vir inveniat meus

Mais neantmoins vat'en legierement

Que mon mary ne te treuve en cest lieu

Qui te feroit souffrir estroictement

Le suplice du mal que t'ay acreu

Garde toy bien que jamais apperceu

Ton corps ne soit devant moy ceste part

Car si ce fait de aucun estoit congneu

Tu seroies deffaicte tost ou tart

Timuisse talia mulier & cetera

La macrelle eust eu peur com je croy

Mais des femmes mariés sceust la guise

Et commença lors dire a par soy

Tresgrandement desires com je avise

Euriale puis que ainsi m'as reprise

Et que tu dis que de ce tu n'as cure

Je apperçoy bien que ce n'est que faintise

Tel voulsist bien qui dit je n'en ay cure

Moxque ad illam parce inquit

La vieille dist a lucresse pour dieu

Pardonnés moy ma dame je vous prie

Point ne cuidois que ce vous eust despleu

Ains pensoie je le vous certiffie

Tresbien faire: se ay failly par folie

Je vous supply supportés l'imprudence

Et me donnés par vostre courtoisie

Grace et pardon en lieu de penitence

Si non vis redeam parebo

Se ne voulés que retourne vers vous

Preste je suis de vostre plaisir faire

Mais avisés sagement a par vous

Quel amoureux des autres l'exemplaire

Vous refusés. ce disant part de l'aire

Et lucresse toute seule laissa

Vers l'amoureux pensa de soy retraire

Ou cueur du quel grande joye amassa

Comment la vieille macrelle raporte responce des lettres a eurialus et

faint avoir bien fait la besongne et de la joye de eurialus

Eurialo invento respira inquit

Quant l'eut trouvé lui dist respirer fault

Vray amoureux des autres plus eureux

De lucresse le cueur tremble & tressault

Plus est de toy que n'es d'elle amoureux

Si n'a elle eu espace ne lieux

De rescrire/ triste je l'ay trouvee

Mais quant ton non ouyt ainsi m'aist dieux

Elle devint joyeuse et bien haitee

At ubi litteras &c.

Quant tes lettres elle tint entre ses mains

Par mille fois le pappier en baisa

Sans doubtance/ laisse douleurs & plains

Car en brief temps nouvelles t'envoiera

Lors la vieille qui de son cas peur a

Doubtant estre bastue et fustigee

Pour fallaces desquelles elle usa

S'est tout acoup partie et absentee

Comment lucresse aprés que la macrelle fut partie assembla les pieces

des lettres de eurialus que elle avoit rompues & de ce qu'elle fist &

dist

Lucretia postquam anus evasit &c

Quant lucresse vit la vieille partie

Et que seule demouree estoit

Elle chercha partie aprés partie

Ce que rompu et deciré avoit

Car les pieces en leur lieu remettoit

Les parolles froissees elle reunit

Si gentement que lire on povoit

Le contenu qui moult la resjouyt

Quod post milies legit &c.

Aprés qu'elle eut ce par mille fois leu

Par mille fois le baisa sans doubtance

En ung tresfin syndone fut receu

Mis et posé a grande diligence

En son coffre ou estoit sa chevance

Riches joyaulx le pappier rompu mist

En repetant mot a mot la substance

Dont amours beut qui moult languir la fist

Comment lucresse delibere rescrire a eurialus et la teneur des lettres

qu'elle fist

Eurialo rescribere statuit

Elle ordonna que lettres envoieroit

A euriale ainsi que aprés s'ensuit

Ne desire car folie ce seroit

Ce que ne puis avoir soit jour ou nuyt

De tes lettres et messages le bruit

Faces cesser que plus n'en soys vexee

Et ne croy point que soye de ceulx que on dit

Qui se vendent ne de leur assemblee

Non sum quam putas &c.

Je ne suis point de celles que ymagines

Ne telle a qui doies macerelle envoier

Autre charche pour les faiz libidines

Car chaste amour vueil suivir et aimer

Avecques autres que moy pourras parler

Et faire ainsi que bon te semblera

Mais de cecy ne vien plus sermonner

Tu n'es digne de moy saiches cela

Comment euriale fut ung peu troublé des lettres dessusdictes touteffois

il eut bon espoir

Hec epistola quamvis durior & cetera.

Combien que les lettres dessus escriptes

A euriale/ dures ung peu semblassent

Et contraires aux parolles ja dictes

Par la vieille et ne le consolassent

Se la voie et chemin ne montrassent

De bien povoir l'ung a l'autre rescrire

Il ne doubta pour que affin il menassent

Mieux leur amour par lettres son cas dire

Sed angebatur quia sermonis ytalici &c.

Mais il estoit grandement desplaisant

Qu'il ne povoit italien parler

Par estude curieux fut soignant

Et le langaige aprint au paraler

Amours le fist diligent escolier

Puis aperçoy epistoles compose

En langage qu'il souloit mendier

Et respondit ce que ensuit par sa prose

Comment eurialus respond aux lettres de lucresse et la teneur des ses

lettres

Nil succendendum esse sibi & cetera.

Ne vous coursés a moy se j'ay transmis

Femme qui soit ville ou mal renommee

Comme estranger et ignorant le fis

Qui ne sçavois celle estoit mal famee

Plus honneste je n'eusse point trouvee

Amours/ de ce faire me contraignoit

Honneste fust infame ou diffamee

Amours sur ce certes lors n'avisoit

Credere se fore pudicam &c.

Dame je croy que estes chaste et pudique

Par ces moyens de plus grant amour digne

Femme qui est insolente inpudique

Je repute de amant avoir indigne

Femme d'honneur prodigue donne signe

D'aistre haye aymer ne la vouldroye

Car aussy tost que vergongne resine

Elle pert d'honneur la louenge et la joye

Formam esse delectabile bonum &c.

Fourme et beaulté sont delectable chose

Mais caduque et de trespetit pris

Se vergongne n'est parmy eulx enclose

Ne proffitent ains engendrent despris

Quant vergongne et beaulté sont comprins

Mis et posés ou cueur de quelque dame

On ne seroit de telle amer reprins

Car c'est chose divine et sans blasme

Ipsam utraque dote pollentem

Je sçay assés qu'estes riches et douee

De tous les deux pour ce vous ayme & prise

Et ne vouldrois soyés toute asseuree

Faire chose qui a vostre honneur nuyse

Quant vo renon et fame bien je avise

Ne les vouldroye blesser je vous asseure

Je ne requiers fors que puisse a ma guise

A vous parler quelque petit quart d'heure

Optare se tantum alloqui &c.

Mon couraige je vous vueil descouvrir

Et ce dire que je n'ose rescrire

Eurialus pour a ses fins venir

Dons et presens envoya pour vray dire

Que on povoit veoir trop plus par art reluire

Et ouvrage que par matere d'eux

Donner convient pour amours mieux conduire

On apaise par leur donner les dieux

Comment lucresse respondit aux lettres dessusdictes par les siennes

desquelles la teneur ensuit

Accepi litteras tuas &c.

Lucresse print la plume pour escrire

Responce ad ce que dessus est escript

Puis commença en ses termes rescrire

J'ay tes lettres receues sans faire bruit

Croy complaindre ne me vueil par edit

De la vieille qui tes lettres porta

Que tu me aymes joye n'en ay ne despit

Tu n'es premier ne seul que ce fait a

Multi et amaverunt & amant me alii &c.

Ma beaulté a autres que toy deceu

Plusieurs pieça m'ont aymee mais present

Autres m'ayment desquelz ne sera sceu

Dit ne prouvé qu'ilz ayent jouyssement

Frustrés seront leur labour vainement

Ilz employeront ainsi que tu feras

Avecques toy parler aucunement

Ne puys ne vueil pour tant a dieu yras

Invenire me solam nisi fias yrundo & cetera.

Si yrondelle tu ne veulx devenir

Seule trouver pour vray ne me pourrois

La maison est si haulte que venir

On n'y pourroit et les portes et voyes

Tousjours closes de gardes affin chois

Tes dons ay prins pour que d'eux l'artifice

M'a tresfort pleu point ne les te renvois

L'ouvrage en est gent honneste & propice

Munera tua suscepi &c.

Mais touteffois ne croy point que vers moy

Ce retienne pour estre d'amours targe

Par le porteur ung aneau te renvoy

Qui autreffois fut donné par usage

Par mon mary a ma mere tressage

Pour tes joyaulx le t'envoye comme pris

Car la gemme precieuse du gage

Que t'envoye est de trop plus grant pris

Comment eurialus repliqua et le contenu de ses lettres qu'il envoye a

lucresse

Magno michi gaudio &c.

Eurialus repliqua sur ce point

En la forme qui cy aprés s'ensuyt

Vostre espitre m'a aporté joy moint

Puis qu'il vous plaist ne faire plus de bruit

De la vieille mais desplaisir me suyt

De ce que mon amour vous desprisés

Car par amour nul plus ne vous poursuyt

Que moy aymant de amours tresfort exquises

Nam & si te plures

Plusieurs ayment mais un tout seul n'y a

Qui soit digne d'estre a moy comparé

Ce ne croyés une raison y a

Car de avec vous suis tousjours separé

Se de parler estoye auctorisé

Aymé seroys de vous sans contredire

A mon desir fusse ores commué

En yrunde pour mes desirs vous dire

Libentius transformari in pulicem vellem &c

Plus voulentiers puce je deviendroye

Lors fenestre ne pourriés fermer

Sy ne povés a mon cueur donner joye

Ne me desplaist mais me fait souspirer

Que ne voulés je ne vueil regarder

Autre chose que vostre bon vouloir

Las lucresse trop me faictes yrer

Quant ne voulés m'ouyr parler ne voir

An fieri possis me vobis alloqui

Comment se peut faire que ne voulés

Celuy qui est le tout vostre escouter

Et qui ne quiert fors ce que desirés

Le quel pour vous se yroit ou feu bouter

S'il vous plaisoit ad ce luy commander

Plustost seroit obey que commandé

Ne vueillés plus ce mot la reciter

Se ne povés ayés la voulenté

Me ne verbis eneca qui vitam oculis michi prebes

De parolle ne me vueillés tuer

Qui par ung seul regard me donnés vie

S'il ne vous plaist mon parler escouter

Et que impetrer puisse ce dont je prie

Je obeyray: mais du cueur vous supplie

Qu'il vous plaise vostre propos muer

Et ne dire que soit a moy folye

Ou temps perdu de a vous vouloir parler

Absit hec crudelitas &c.

Chassés dehors si grant crudelité

Soyés un peu plus doulce a vostre amant

Car si ainsi est que en ceste austerité

Perseverés n'en soyés point doubtant

Vous occirés cil qui vous ayme tant

Vostre parler trop plus tost me occiroit

Que ne feroit ung glayve fort tranchant

Plus contraire chose ne me seroit

Desino jam plura postere &c.

Je ne requiers chose pour le present

Fors ma dame que vous me vueillés amer

Tous vos objectz n'y font aucunement

On ne vous peut de ce vouloir garder

Dictes sans plus que m'aymez sans tarder

Et tout acop je seray beneuré

Et se mes dons vous pevent soulas donner

En ce me tiens pour joyeux et euré

Illa te aliquando mei &c.

De mon amour memoire donneront

Les petis dons/ autres je vous envoye

Qui sont moindres point ne vous desplairont

Car comme amant les transmés par la voie

Plus precieux valans plus de monnoye

De nostre pays apportés me seront

Quant les auray je vous en feray joye

Car aussy tost par devers vous yront

Anulus tuus nunquam ex digito meo recedet &c.

Soyés seure dame que vostre aneau

Jamais du doy ne me departira

Et tous les jours n'en doubtés bien & beau

Ou lieu de vous souvent baisé sera

Et de larmes mon oeil l'arousera

A dieu soiés tout mon bien et desir

Je vous requiers ce pou vous coustera

Que me donnés soulas/ joye et plaisir

Comment lucresse respondit aux dessusdictes lettres de eurialus. Et par

ses lettres lui fait savoir que voulentiers l'aymeroit en faisant

argumens pro et contra

Sic cum frequenter replicatum &c

Quant ilz eurent longuement repliqué

Ainsi que avons recité cy devant

Lucresse a bien son engin appliqué

Pour escrire lettres a son amant

Telz motz escript: euriale doubtant

Tu ne soies que je te complairoie

Tresvoulentiers aussi participant

De mon amour voulentiers te feroie

Nam id tua nobilitas & cetera

Ta noblesse & grant honneur bien vault

Aussi tes meurs que point ne ames en vain

Dire ne vueil signantement en hault

Combien me plaist ta beaulté soir & main

Ton visage de benignité plain

Mais de te aymer difficulté je fois

Aussi d'amours prendre la voie et train

Pour que mes meurs & nature congnois

Si amare incipiam & cetera

Se commence une fois a amer

Je ne tiendré ne rigle ne maniere

Tu ne peulx pas cy longuement arter

Et se une fois j'entre soubz la baniere

Du jeu d'amours n'est porte ne barriere

Qui de jouer me sceust contretenir

De toy suyvir n'est pas chose legiere

Tu ne vouldrois & je vouldrois suyvir

Movent me multarum exempla

Et touteffois puis je estre assés demeue

Par exemples de plusieurs nobles dames

Qui ont amé c'est chose bien congneue

Les estrangiers & perdu los et fames

Pour les amer ont souffert mains diffames

Car ilz les ont treslaschement laissees

Aprés qu'elles leurs avoient corps et ames

Saulvez & puis leurs corps abandonnés

Jason medeam cujus auxilio vigilem interemit drachonem &c

Jason occist le dragon sans doubtance

Par le moyen de la belle medee

Et par son art dont eut experiance

La toison d'or si lui fut delivree

Medee laissa qu'il avoit accordee

Lui promettant avec lui l'emmener

Trop laschement fut la foy discordee

Quant sans elle s'en voulut retourner

Theseus minothauro in escam

Minothaure eut thesee pour viande

Mors et glouty rungé et devoré

S'il n'eust tenu d'adriane la bande

Il estoit mort/ transsi et expiré

Adriane qui l'avoit remiré

Pour son amant le print & amoureux

En une isle par ung fait conjuré

L'abandonna comme fallacieux

Quid dido infelix

Dame dido qui royne de carthage

Fut en son temps receut en sa maison

Le duc enee qui lui sembloit si sage

Et qui subtif estoit comme lison

Quant el lui eut de corps & biens fait don

Il la laissa seulete et esgueree

Dont elle print de se occire achaison

Car el mourut doulente et esplouree

Scio quanti periculi est & cetera.

Je congnois bien quel peril et danger

C'est que d'aymer estrangiers incongneuz

Je ne me vueil en tel ordre renger

N'en telz perilz mettre c'est pour le mieulx

Les hommes sont fermes & courageux

Et bien sçavent de amour fureur refraindre

Mais quant femme est du dart amoureux

Frappee au vif le feu ne peut destaindre

Sola potest morte assequi terminum

Car elle ne peut que par mort fin bouter

A son amour: femmes pas proprement

N'ayment: ains plus affolent sans doubter

En leur amour n'a quelque attrempement

Et s'il avient que amour egalement

A leur fureur ne soit correspondant

Il n'est chose qui si cruellement

Se contienne ne si mal concordant

Postea quam receptus est ignis &c.

Quant une fois du feu d'amours ardons

Nous ne doubtons perdre vie ne renom

Et remede aucun ne regardons

Fors que jouyr de ce que nous amon

Car de tant plus que ce moins nous avon

De tant est il par nous plus atiré

Aucun peril ou dangier ne craignon

Mais que puisson jouyr du desiré

Michi ergo nupte nobili diviti

Et pourtant je qui noble et riche suis

Et mesmement suis femme mariee

Vueil a amours la porte clorre & l'uys

Sur tout au tien qui point longue duree

Ne peut avoir affin que rhodopee

Philis ne soys ou autre sapho dicte

Par toy me soit ceste chose accordee

Ne me fay plus de amours quelque poursuite

Et tuum ut paulatim comprimas

Que tu vueilles destaindre te supply

La grant amour qu'as envers moy conceu

Car es hommes n'est point si acomply

Amours qu'il est quant en femme est receu

Si tu me aymes comme j'ay par toy sceu

De ce ne dois pour voir me requerir

Qui plus de mort que de vie me soit veu

Donner cause ce ne dois tu querir

Pro tuis donis remitto &c.

Une croix d'or te renvoie pour tes dons

De tresbelles marguerites ornee

Et ja soit ce se bien la regardons

Que petite et courte soit trouvee

El ne sera ja pour ce moins prisee

Prix et bonté en soy beaucop contient

Ce congnoistras quant bien l'auras visee

A dieu soies qui tout en sa main tient

Non tacuit eurialus & cetera

Point ne se teut euriale courtois

Quant les lettres de sa dame eut receu

Mais embrasé d'amours comme autre fois

Epistole escrire lui a pleu

Pour nouvelles lettres qui lui ont pleu

La plume print & se mist a escrire

Comme il sera cy aprés veu et leu

Formelement telz motz ou peu a dire

Comment eurialus respond aux lettres de lucresse et lui soult tous les

objectz qu'elle a faitz

Salve anime mi lucretia

Mon cueur m'amour lucresse dieu vous gard

Par vos escriptz qui tout sain me rendés

Combien que vous meslés en quelque part

De vos lettres du fiel et mordés

Mais s'il avient que vous vous accordés

A moy parler: tout aigreur mise arriere

Je suis bien seur sans que plus vous tardés

Que me ferés voulentiers bonne chiere

Venit meas in manus & cetera.

Entre mes mains sont vos lettres venues

Tresbien sellees de vostre aneau & signe

Par plusieurs fois les ay baisees & leues

Mais peut sembler que la lettre designe

Aautre chose que ce la ou s'encline

Vo courage qui me vient requerir

Qu'en vostre amour mette fin & termine

Pour que estrangier ne vouldriés suyvir

Et ponis exempla deceptarum

Et des dames qui ont esté deceues

Les exemples bien au long avés mis

Si ornement quant bien elles seroient veues

Que je devrois ainsi qu'est mon advis

Et vostre engin aussi vos faitz & dis

Esmerveiller & louer sans doubtance

Plus que oublier a ce ne contredis

Ains plus ayme vo savoir et prudence

Quis est ille qui tunc amare desinat & cetera.

Qui est celui qui a aymer lerroit

Une dame quant la verroit si sage

Se vouliés mon amour cy endroit

Diminuer vostre plaisant language

De doctrine plain & non en usage

Ne deviés en vos lettres coucher

Car ce m'a plus abstraint en vo servage

Et causé soif que je ne puis estancher

Ignem maximum ex parva conflare favilla &c.

Ung bien grant feu causé d'une estincelle

Petite assés avés fait et causé

Car quant j'ay leu et veu vostre epistelle

Amours m'ont plus que devant embrasé

Si tost que j'ay apperceu et visé

A vo beaulté doctrine estre conjoincte

Il n'est homme tant soit bien avisé

Qui ne sentist de vostre amour la pointe

Verba sunt tamen quibus rogas

Les paroles de vos lettres requerent

Que desiste de vous suivre & amer

Mais requerés ains que telz choses viennent

Que montaignes puissent en plaine aler

Des fontaines les ruisseaulx reculer

En leurs sources & obscure carriere

Tant me pourrois de vous amer passer

Com le soleil peut reculer arriere

Si possent carere nivibus

De sithie quant sans naige seront

Les montaignes & sans poissons la mer

Et que haultz bois & forestz demourront

Sans les bestes sauvages: lors prier

Me deverés que je vueil oublier

Vostre plaisant et delectable amour

Que les hommes puissent si de legier

Leurs vrays amours oublier c'est erreur

Nam quod tu nostro sexui ascribis plerique vestro assignant

Ce que aux hommes de aymer legierement

Attribués: aucuns dient le contraire

Et des femmes dient veritablement

Ce estre entendu: de cela me vueil taire

Mais bien je vueil a ce response faire

Quant vous dictes que ne voulés aymer

Pour estrangiers qui ont voulu desplaire

A leurs amours & les abandonner

Exempla ponis sed possem ego plura referre

Des exemples vous avés assés mis

Mais je pourrois des amans assigner

Qui des dames ont esté relenquis

Crisis je vueil pour exemple amener

Qui troilus bien sceut abandonner

Filz de priam helaine si deceut

D'eiphebus: & circés sceut muer

Ses amoureux en pourceaux quant lui pleut

Sed iniquum est ex paucorum consuetudine totum vulgus censere

Par ses herbes et faulx enchantemens

Ses amoureux en bestes transformoit

Mais c'est chose inique com je sens

Et qui pas bien en raison ne seroit

Se pour vices de aucuns on arbitroit

Tout le monde pareil & vicieux

En personne fiance on ne auroit

Trop ravalés seroient les vertueux

Nam si sim peregrinus &c.

Et supposé que je soye estranger

Et que pour cinq ou dix hommes pervers

Vous me vueillés a eulx comparager

Hayr/ blasmer a tort et a travers

Pareillement soit a droit ou envers

Toutes dames je pourrois accuser

Pour les autres qui par ars tresdivers

Les hommes ont prins pour les cabuser

Quin potius alia sumamus exempla

Mais je vous pry autre exemple prenon

Et regardons de quel amour aymerent

Marc anthoine/ cleopatre et voyon

Que l'un l'autre oncques n'abandonnerent

Assés d'autres les acteurs en referent

Que pour cause de brefveté je passe

Car mes lettres sommerement requierent

Que des mauvais exemples soiés lasse

Ovidium legisti &c

Vous avés leu ovide com je croy

Et avés bien memoire & souvenance

Que plusieurs grecz en retournant chiés soy

Ont recouvert amours et aliance

De leurs dames tant aymé la plaisance

Qu'en leur pays jamais n'ont retourné

Plus ont aymé avoir peine et souffrance

Que leurs dames avoir abandonné

Domo regnis et aliis que sunt

Ils ont esleu laisser royaulmes/ pays

Et les choses qu'ilz avoient trescheres

Com s'ils feussent de leur maison banis

En soustenant plusieurs douleurs ameres

Pour resider et faire leurs repaires

Avec celles que avoient pour dames prinses

Ont enduré toutes choses contraires

Jusques a la mort sans aucunes reprinses

Hec te rogo mi lucretia & cetera.

Je vous supply ma dame que pensés

Au bon vouloir que j'ay de vous servir

Le contraire je vous prie delaissés

Ne vous vueille des mauvais souvenir

Car je vous vueil de tel vouloir suivir

Que a tousjours mais loyaument aymeré

Pour vostre honneur & bon non soustenir

Vostre je suis ay esté et seré

Nec te me pegrinum & cetera

Ne dictes point que estranger je soye

Citoien suis mieulx que cil qui est né

De ce lieu cy/ car pour plaisir & joye

Election m'a pour tel ordonné

L'autre si est citoien destiné

Par fortune et je n'ay pays quelquonques

Fors cil ou est vo gent corps aourné

De tout honneur cytoien suis je doncques

Et quamvis aliquando & cetera.

Et ja soit ce que quelque fois departe

De ce lieu cy bien tost je reviendré

En alemaigne soit a gaing ou a perte

Ne retonray si non que je prendré

Temps pour aller ou quel je contendré

De mes choses ordonner pardela

Puis tout soudain devers vous m'en viendré

Assés moyens trouveray de cela

Multa his in partibus cesaris negotia sunt

Car l'empereur a tousjours des affaires

En ce pays pour lesquelz exploiter

Il envoye par deça commissaires

Pour les choses faire et executer

Je trouveray façon sans arrester

Que je obtendray quelque commission

De ce ne fault aucunement doubter

Que ne aye assés charge et legation

Nec dubita suavum meum lucretia &c.

Ma joye m'amour lucresse ma doulceur

Tout mon espoir et mon seul souvenir

Se possible est que je vive sans cueur

Lors vous pourray seulete relenquir

A vostre amant vueillés donc subvenir

Car tout ainsi comme la nege font

Par le soleil vous me voirrés finir

Se vos graces imparties ne me sont

Considera meos labores &c.

Dame pour dieu regardez les labours

Que j'ay souffers pour vostre amour acquerre

Et vous plaise mettre dedans briefz jours

Fin a mon dur martire qui me serre

Si fort le cueur pour quoy menés tel guerre

A vostre amant et tant le cruciés

Je me esmerveil que je suis vif sur terre

Veu que si peu de moy vous souciés

Comme ay je peu tant de maulx endurer

Et tant passer nuitz et jours sans dormir

Tant de jusnes sans boire ne menger

Je suis maigre on me voit bien blesmir

Pallir le vis ce qui peut retenir

L'ame dedans mon corps est peu de chose

Se vostre amour ne me veult subvenir

Mourir me fault mon ame ne repose

Si tibi aut parentes aut filios

Si voz parens pere mere & enfans

Avoye mis a mort plus grief torment

Je ne pourrois endurer que je sens

Doncques se ainsi suis puny griefvement

Qui vous ayme de cueur parfaictement

Que pourrés vous a vos ennemis faire

Ilz ne sauroyent mourir plus griefvement

Qu'il me convient se me estes si contraire

Ha mea lucretia mea hora mea salus & cetera

Ha lucresse mon salut et ma dame

Mon refuge recepvez moy en grace

Rescrivés moy que vous me amés sans blasme

En tout honneur sans ce que mal vous face

Et que vous suys/ en chascun lieu & place

Amé chery loyal et bien voulu

Dire puisse sans aucune fallace

De lucresse suis servant retenu

Nil aliud volo

Autre chose ne vueil pour le present

Les empereurs ont aymé leurs servans

Quant ont congneu leur bon gouvernement

Et que loyaux estoient et bien veillans

Et de ce amer n'ont esté desdaignans

Qu'ont aperceu leurs serviteurs amer

Mon seul espoir que tant suis redoubtans

Adieu soyés tant en terre qu'en mer

Comme lucresse fut vaincue par les lettres de eurialus

Ut turris que fracta & cetera

Comme une tour qui est dedens froissee

Et par dehors semble estre invincible

Par la paroy dont elle est apuyee

Qui la sentoient mais tantost deffectible

Est rendue froissee et vincible

Quant la paroy et soubstenement fault

Lucresse ainsi fut vaincue et ductible

Par le parler ingenieux et cault

Postquam enim sedulitatem & cetera

L'Ystoire de Eurialus et Lucresse, vrays amoureux, selon pape Pie · 第 2 / 8 段