FIZES[184].

[Note 184: On s'étonnera de ce que, dans cette ordonnance pour la

sauvegarde des églises, chapelles et oratoires, il n'est rien dit

contre le vol et la vente des ornements et vases sacrés. Le duc

d'Anjou auroit peut-être craint, en se montrant sévère sous ce

rapport, de donner un démenti indirect aux ordres que, dès le

commencement de la guerre, le roi son frère avoit envoyés à certains

gouverneurs de province, pour qu'ils eussent à s'entendre avec les

évêques et autres gens d'église sur l'argent à tirer de ces saintes

richesses. Mon ami M. Anatole de Montaiglon veut bien me communiquer à

ce sujet une lettre adressée en 1562 par Charles IX à M. de Matignon,

et dont il a pris copie d'après l'original conservé à Rouen, dans la

collection Leber. (V. Catal., nº 5735.)

«Monsieur de Matignon, ce m'a été un grand desplaisir d'entendre

que les choses de la Basse-Normandie commencent à se brouiller si

fort que je l'ay veu par vostre lettre du IXe de ce moys, et

entendu encore plus particulièrement par ce que le porteur m'en a

dict de vostre part, ne faisant point de doubte que le feu qui va

ainsi saultant de lieu en lieu et de ville en ville ne procède de

plus loin, et que ce ne soyt à la suscitation ou par un complot

faict et accordé avec ceux qui ont commencé les premiers. Et pour

ce que je considère bien qu'il ne vous est pas possible de

pourveoir ne pareillement de contenir longtemps les villes de ces

pays-là en mon obéissance sans quelque force, je ne sçauroys que

bien fort louer l'ouverture que vous me faictes d'en faire

fournir la despense sans que je mecte la main à ma bourse,

laquelle, comme vous sçavés, n'est que trop chargée d'ailleurs,

estant bien d'advis, quant à laditte force, que vous la faictes

d'une cornette de cent harquebuziers à cheval, si mieulx vous

n'aymez cc. harquebuziers à pied, dont je vous remet le choix et

l'election. Mais il faut que, au même temps que vous les ferez

lever, vous accordez avec les evesques du pays et aultres gens

d'eglise du paiement de leur solde, pour lequel effect je ne

trouveray poinct mauvais qu'ils s'aydent de l'argenterie des

châsses et reliques qu'ils ont en leurs eglises, actendu qu'il va

en cela de la conservation d'eulx et de leurs biens, aussy bien

que de celle de mon autorité et obeissance, et qu'ils sont touz

les jours en dangiers, parmy tous ces troubles, que aultres s'en

saisissent, pour convertir contre eulx-mêmes ce qu'ils peuvent

aujourd'huy employer à leur entière seureté. Il est vray qu'il

sera bien necessaire d'adviser quel ordre et police ils auront à

tenir en cela pour garder qu'il n'y ait personne qui en abuse et

qui en convertisse chose, quelle qu'elle soyt, à aultre usaige

que au paiement des d. forces, suivant ce que vous en ordonnerez

par chacun moys. Vous en confererez et accorderez avec eulx, et

me ferez service de me tenir ordinairement adverty du progrez que

prendront les choses de la dicte Basse-Normandie, et de la

provision que vous y sçaurez bien donner, selon la necessité du

temps, pour y maintenir mon obeyssance et les pays en repos et

trancquilité. Priant Dieu, mons. de Matignon, qu'il vous ayt en

sa garde.--Escript à Monceaux, le XVIIe jour de may 1562.

Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 37 / 61 题