FIN.

* * * * *

_Discours veritable[95] de l'armée du très vertueux et illustre

Charles, duc de Savoye[96] et prince de Piedmont, contre la ville

de Genève. Ensemble la prise des chasteaux que tenoyent les

habitans de la dite ville, avec tout ce qui s'y est passé depuis

le premier jour de juin dernier jusques à présent, par I. D. S.,

sieur de la Chapelle._

_A Paris, pour Anthoine le Riche, rue S. Jacques, près les

Trois-Mores. 1589._

_Avec permission._ In-8º.

[Note 95: Ce _Discours véritable_ n'est qu'un pamphlet catholique

qui prouve jusqu'où pouvoit aller, au temps de la Ligue, la

violence des écrits contre les protestants.]

[Note 96: Charles-Emmanuel Ier, dit le Grand, mort le 26 juillet

1630, après s'être vu dépouillé non seulement de ses conquêtes,

mais d'une partie de ses états, par l'armée de Louis XIII. C'est

de lui qu'on a écrit: «Prince trop inquiet pour être pleuré de

ses sujets, trop infidèle pour être regretté de ses alliés, il

étoit si dissimulé qu'on disoit que son coeur étoit inaccessible

comme son pays.»]

Il n'y a rien plus vray que ce proverbe doré, et souvent recité par la

bouche des hommes lettrez, par lequel il est dit que la conscience est

plus que mille tesmoings, chose indubitablement aperte et manifeste en

celuy qui se sent coulpable en soi-mesme, et qui a quelque ordure en sa

fluste, comme l'on dit, lequel est tellement bourrellé en sa conscience

cauterisée et vitieuse et esprouve jour et nuit de telle sorte les

furieux assaux des soeurs Eumenides, qu'il luy est presque impossible de

reposer asseurement sur l'une et l'autre oreille, estimant, par une

deffiance trop demesurée, qu'à chaque bout de champ on tient propos de

luy, et que tout ce qui se faict et passe est fait à son prejudice,

confusion et desavantage, ce qui a esté pour vray remarqué et practiqué

depuis deux ou trois moys en çà à l'endroit, je ne diray plus des

politiques protestans pretendus et reformez de la ville de Genève, mais

je diray pour adroit et useray du mot plus usité des huguenots, auxquels

il faut imposer un nom nouveau, les appellant Henrions, diction insigne

et memorable, à raison de son etymologie; et si quelqu'un demandoit:

Pourquoy sont-ils dignes de telle appellation? il faudroit dire: Pour

l'intelligence qu'ils ont toujours eüe avec les Henrys[97], ennemis de

l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Or, pour reiterer nostre

propos, ce que dessus a esté merveilleusement bien experimenté en ces

crapaux immondes et sales animaux nourris et alimentez des eaux infectes

et puantes du lac de Genève: car, si tost que le roy catholique eut

conjoinct sa fille du lien stable et indissoluble de mariage avec le

genereux et bien zelé prince de Savoye[98], alors ils commencèrent

d'entrer en je ne sçay quelle deffiance et soupçon d'esprouver bien tost

combien est valeureux en faict de guerre un tel prince et combien poise

son bras fort et belliqueux; et, pour se delivrer de telle crainte, ils

firent quelque levée, et, par certaine surprise et subtil stratagème,

saisirent le fort de Ripaille[99], appartenant au magnanime duc de

Savoye, auquel lieu ils trouvèrent assez bonne quantité de vivres et

force munitions de guerre, et, outre plus, s'emparèrent de quelques

vaisseaux jà appareillez et flottans sur l'eschine du lac spatieux de

Genève. Mais telle surprise et ruse bellique de peu d'importance

n'empescha point que le prince debonnaire ne soit enfin venu à bout de

ses justes et heureux desseins[100].

[Note 97: Henri de Navarre et Henri III. C'est en effet celui-ci qui,

menacé sur ses frontières par Charles-Emmanuel, déjà maître du

marquisat de Saluces, avoit poussé les Genevois à lui faire la

guerre.]

[Note 98: Charles-Emmanuel avoit épousé l'infante dona Catherine,

fille de Philippe II.]

[Note 99: Bourg du Chablais, en Savoie, situé sur le lac de Genève,

entre Thonon et Evian. La vie voluptueuse qu'y avoit menée Amédée

VIII, duc de Savoie, et plus tard pape sous le nom de Félix V, a fait

croire que le nom de ce bourg étoit pour quelque chose dans

l'étymologie de notre locution _faire ripaille_ (Spon, _Histoire de

Genève_, 2e édit., tom. 1, pag. 107-108). Il faut plutôt croire, avec

Le Duchat, que c'est une contraction du mot _repaissaille_, employé

par Rabelais (_Ducatiana_, tom. 1, pag. 76).]

[Note 100: Cette prise de Ripaille eut lieu le 1er mai 1589. Spon,

_Hist. de Genève_, Lyon, 1680, in-12, tom. 2, pag. 74-75.]

Car tout incontinent que Son Altesse eut esté advertie de la prise du

dit chasteau et fort de Ripaille, à l'heure mesme se delibera de

dresser ses forces, et manda Monsieur le grand lieutenant general de

son armée, lequel s'achemina à grande diligence, accompagné et assisté

de quatre mille Piedmontois, deux mille de la val d'Oste et de trois

mille Espaignols, soustenus de deux mille cavaliers italiens, joint un

regiment de Bourguignons: de sorte que le tout se pouvoit bien monter

jusques à dix-huict mille hommes.

Et s'estant, par le vouloir du bon Dieu, le prince zelé et magnanime

en peu de jours joint à son lieutenant general, sans aucun sejour

s'achemina droit au chasteau de Terny[101] (qui est distant de la

ville de Genève d'une lieue ou environ), lequel fort ayant

industrieusement assiegé, le fit sommer environ le quatorziesme jour

de juin; mais, nonobstant ceste première sommation, les assiegez ne

firent aucun estat d'obtemperer aux volontez du dict prince.

[Note 101: «Le duc mesme vint en personne, avec deux gros canons et

quatre pièces de campagne, devant le chasteau de Terny, qui n'estoit

qu'une tour antique non flanquée, et seulement avec une muraille fort

épaisse..... Les assiegez se rendirent, sur la promesse qu'on leur fit

de leur laisser la vie sauve; mais, nonobstant cela, estant sortis,

ils furent garottez et penduz par ordre du duc, quoy que ceux de sa

suite lui en representassent la consequence.» _Id._, pag. 77-78.]

Après l'advertissement fait à Son Altesse de la contumacité, refus et

rebellion des luteriens, se delibera et fut d'advis d'y envoyer

nombre suffisant de canon, ce qu'il fit, et de rechef les fit sommer,

qui estoit jà pour la seconde fois.

A quoy ne voulans entendre en façon quelconque, mais demeurans resolus

et constans en leur perverse et maudite volonté, trouva le prince de

Savoye juste et legitime argument de reprimer leur audace, commandant

de les battre à coups de canons, et leur disant: Jusques à quand,

paillards de Genève, abuserez-vous de nostre faveur et patience?

Les assiegez furent chargez de telle sorte par la main forte du

Tout-Puissant, qu'ils furent enfin contrains, considerant que leurs

forces n'estoient bastantes pour resister après avoir receu tant de

canonades, finalement se soumettre à la mercy et devotion de Son

Altesse.

Laquelle, après qu'elle eut cogneu par tant de fois l'opiniastreté et

resistance de son ennemy, jaçoit qu'il se voulut rendre par

composition et se ranger au vouloir de sa susdicte Majesté, si est-ce

que toutesfois, eu esgard au refus et bravades faictes assez

obstinement par deux fois, telle fut sa volonté, et tel son plaisir,

en faire mourir en l'air une grande partie, de manière que ilz furent

pendus et estranglez jusques au nombre de quarante neuf à cinquante

des plus signalez et remarquables du chasteau, affin puis après de

servir d'exemple aux aultres, qui, se mirant desormais sur telles

canailles, se vouldroient ingerer d'algarader les princes chrestiens

et catholiques fidelles serviteurs de Dieu, qui, comme fermes colonnes

de sa vraie et antique religion, ne feroient difficulté par cy après,

si le cas le requeroit, d'emploier leurs biens, voire leur propre vie,

pour telz louables exploits et dignes entreprises.

Le reste fut taillé en pièces, après avoir faict mille resistances sur

l'esperance vaine et inutile d'avoir quelque secours de leurs

confederez, complices et coadjuteurs de la ville de Genève, sur

lesquels ils avoient plus d'esperance que non pas sur la bonté infinie

et indicible de nostre bon Dieu, doux, benin et misericordieux, lequel

pouvoit bien lire dans leurs consciences perverses et malefices, les

salaria du guerdon dignes de telles pestes, et tous leurs vains

efforts n'ont en rien empesché que nostre bon Duc ne les ait gouvernez

ne la verge de fer et qu'il ne les ait plus facilement fracassez que

le vaisseau du potier.

Peu de temps auparavant, les crapaux enflez du lac de Genève avoient

fait demolir et raser à fleur de terre toutes les maisons situées sur

le pont d'Erve[102], qui peut estre distant de la ville environ deux

fois la portée d'un mousquet, et ce à telle fin et intention d'y faire

dresser un fort que l'on dit estre desjà edifié, et outre plus estre

totallement inaccessible, qui occasiona le prince, suyvant le rapport

qu'on luy en avoit faict, de se resouldre à l'instant de l'aller

saluer de ses trouppes; et pour ce faire il envoya les regiments du

seigneur de Disimieux et du seigneur de La Grange, gentils hommes

notables, et non moins experimentez en l'art militaire que bien zelez

au faict de la religion, lesquels avoient chacun un des beaux regimens

qu'on puisse jamais avoir veu depuis la memoire des hommes, et

estoient naguères arrivez du Lyonnois pour aller recognoistre la

place. Le vingt et deuxiesme du dit mois, ils commencèrent la première

escarmouche, qui dura l'espace de cinq grosses heures, et nos ennemis

furent chargez de telle furie, par l'aide de Dieu, qu'enfin ils ne

trouvèrent rien plus commode pour leur advantage, sinon de se mettre à

couvert dans leur fort, où, pour obvier à la perilleuse gresle qui

menaçoit leurs oreilles empoisonnez, se retirèrent au petit pas; mais

au preallable de ce faire, on trouve qu'ils avoient bien perdu de

leurs gens pour le moins deux cens hommes de guerre.

[Note 102: Il s'agit du fort d'Arve, où, dit Spon, Son Altesse «eut du

pire, quoy que son armée fust de sept à huit mille hommes.»]

Le lendemain, qui estoit le 23 du mois, nos gens retournèrent de

rechef pour leur faire quitter leur fort, et lors ils cogneurent que

c'est une chose merveilleusement dure, pierreuse et ferme en la faulse

opinion que le coeur de l'heretique, accompagné et aveuglé tousjours

d'une temerité outrecuidée, de sorte que ce n'est pas sans juste

occasion que sainct Augustin dit ces mots en son 22e livre contre

Fauste. Car il faut entendre que les canonnades envoyées de la part

des nostres ne les esmouvoient non plus qu'une pierre, tant y a qu'ils

receurent une seconde charge quatre heures durant; mais par ce que les

deux susdits regimens n'avoient bastante quantité de canon, ils ne

peurent passer plus outre[103].

[Note 103: Il est curieux de voir ici comment l'écrivain catholique

pallie la défaite du duc; mais il est plus intéressant encore de lui

opposer le récit de Spon, l'écrivain huguenot. (V. _Hist. de Genève_,

II, 78-79.)]

De façon qu'ayant rebrousé chemin vers le village de Coulonge, il

arriva, par cas fortuit, que ceux du chasteau de la Pierre firent une

sortie sur nos gens avec les paysans du dit lieu, qu'il fault quilz

confessent qu'ilz furent maniez furieusement; toutes fois que, si

n'eussent tourné le doz, difficilement eussent-ilz peu aller dire des

nouvelles de tout ce qui s'est passé en ce lieu aux Genevois.

D'abondant on a remarqué que, par la violence des harquebousades

tirées de part et d'autre, le feu se mit dans les villages de

Coulonge, par permission divine, chose, à la verité, terrible et

espouvantable à voir, où il y eut plus de deux centz maisons bruslées;

et tout esprit conduict de pieté n'estimera jamais autrement que ce ne

fust une punition envoyée d'en haut pour les pechez enormes de telle

raquaille de Genève; que si l'on vouloit s'amuser à faire une

narration de tous les vices auxquelz ilz se veaultrent journellement

comme pourceaux, certainement ce ne seroit jamais faict, et enfin on

ne trouveroit autre chose, sinon un progrès. Toutefois, on remarque

principalement un vice leur estre entre autres fort commun, sçavoir

est la paillardise; et toute leur intention et desseins tendent

signamment à pouvoir entretenir leurs appetiz charnelz et desordonnez,

et ne me peux persuader qu'il y ait peuple soubs la voulte du ciel

encore plus addonné aux incestes que ce peuple de Genève, comme de

faict il est appert par leurs loix et coustumes, qui portent que le

cousin germain peut avoir affaire à sa cousine germaine, le frère à

sa soeur, et (s'il faut ainsi parler) le père à sa propre fille,

disans que l'inceste n'est pas defendu de Dieu, mais de l'Eglise

seulement, et mesme que c'est mesme chose d'abuser d'une seculière ou

d'une sacrée fille de religion, d'une qui ne nous est parente ou d'une

de nostre sang, en quelque degré que ce soit.

Et je donne à penser, suyvant ceste malheureuse et meschante coustume,

combien de mariages illicites se traitent journellement entre gens de

semblable farine. Que si quelque jeune femme mariée, aiant un mary de

bonne foy, est une fois ensorcelée et tant soit peu encharmée des

enchantemens de leur doctrine, si faire se peut ils la seduisent, luy

preschant si dextrement à leur mode la voye de salut, qu'ils la

retirent de la compagnie de son vray mary, de sa puissance et de son

authorité, et la mainent à l'infame bordeau de Genève, où, par une

devote charité, ils paillardent ensemblement, couvrant toutesfois leur

mal-heureux adultère d'un faux et simulé mariage. Je laisse une si

longue diggression, appartenant plustost à l'orateur qu'à

l'historiographe, pour revenir à mon propos et à la vehemence du feu

eslancé par le vouloir de Dieu sur le village de Coulonge, et, bien

que ce ne soit une chose non encore veue que de voir embraser les

villes et villages, si est-ce que toutesfois je veux bien advertir

cette pernicieuse ville de Genève qu'elle prenne garde à elle, à

laquelle il pourroit bien arriver semblable inconvenient, comme il

arriva à Sodome et Gomorre; et faut estimer que le feu de Coulonge

n'est qu'un commencement et rien plus qu'une menace ou un signe

evident de la perte et ruine totale d'un tel bordeau. Partant, je luy

mettray ce vers en avant comme en façon d'advertissement:

Tunc tua res agitur, paries cui proximus ardet.

D'avantage l'experience, maistresse des choses, nous fait sage et nous

apprend journellement que nostre Dieu a de coustume de punir

griefvement les pecheurs et delinquans par les mesmes choses contre

lesquelles le peché est commis; comme, pour exemple, nous avons veu

depuis quelque temps en çà que le plus inique tyran que la terre

jamais porta, pour s'estre attaqué trop irraisonnablement à l'Eglise,

faisant malheureusement assassiner les princes debonnaires et chefs de

la religion, enfin luy-mesme a perdu la vie par le moyen du plus

humble et plus simple serviteur de l'Eglise de Dieu. N'est-ce pas donc

chose raisonnable, et voire plus que raisonnable, puisqu'il est ainsi

que ce peuple malheureux de Genève ne cesse journellement de

blasphemer contre le sainct feu, qui est le purgatoire, voulant tollir

et du tout abolir son estre, soit aussi griefvement puny par le feu

mesme, et voire en ce monde present aussi bien comme en l'autre?

Or, pour reprendre le fil de nostre discours, le premier jour du

moys[104] en suivant l'on retourna assieger le dit chasteau de la

Pierre, et après que nos gens eurent bien descouvert jusques à seize

enseignes que ceux de Genève y avoient envoyez pour la defense et

tutèle de la place, nostre bon et magnanime duc de Savoye en ayant eu

advertissement, aydé du Tout-Puissant, les approche, et avecques ses

forces donna si vivement dessus qu'il y eut perte pour eux bien de

quatre à cinq cens hommes, le reste se retirans dans la ville de

Genève avec ung regret et remors de conscience d'avoir perdu une si

forte place par le sainct vouloir de Dieu, se servant de la vaillance

d'un si vertueux et fidelle prince, à la devotion duquel le chasteau

fut remis.

[Note 104: Notre auteur omet à dessein les entreprises malheureuses

tentées par les troupes du duc, à la fin de juin, contre Bonne. Spon,

au contraire, n'a garde de les oublier. «La garnison, dit-il, n'étoit

que d'environ cent cinquante hommes, et ceux-là, croyant déjà les

tenir, leur crioient, en les raillant, qu'ils leur apprêtassent à

dîner; mais ils ne furent servis que de prunes bien dures et de

mortelle digestion, qui les contraignirent de sonner la retraite après

y avoir perdu quelques uns des leurs.» _Id._, pag. 32.]

Ces choses ainsi considerées, Son Altesse, voyant que Dieu,

premierement la fortune de toutes les aultres choses, favorisoit ses

entreprises, fait faire un fort[105] distant de la ville de Genève

environ une lieüe françoise, pour empescher qu'il ne puisse y aller ny

venir chose quelconque, tant à l'advantage de ceux de la ville que au

detriment et prejudice de nos gens, tellement que il nous fault entrer

en ceste bonne et saincte esperance que le vertueux duc de Savoye,

moyennant l'ayde de Dieu, pourra, par trait de temps, venir à bout de

ses très heureux desseins à son advantage et au dam des Genevois,

lesquelz veritablement semblent presque vouloir declarer la guerre au

Dieu vivant, non plus ny moins que jadis les enfans de la terre

taschèrent par trop temerairement d'extorquer le sceptre des mains de

Jupiter, amasser montagnes sur montagnes, et tout ce que nous esperons

de ce vertueux prince, nous le devons par mesme moyen esperer des

autres princes catholiques et zelez, lesquels nostre Dieu a choisis

pour la defense de la saincte religion, sur la fidelité desquels

reposons, nous disans avec David: Il est bien vray que nos ennemis

pourront faire quelques bresches aux murailles de nostre fort, et que

nous y aurons des assaux terribles; mais ils ne le pourront forcer,

car avec nous defendra la brèche l'ange invincible, lequel eut

victoire sur les Assyriens et les mit en route (2, _Paralipo._, 32),

lequel pareillement seul mit à mort cent quatre vingts et cinq mille

hommes de l'armée du roy Sennacherib (_des Rois_, 19), et se faut

attendre que le vaillant capitaine lequel deffit la superbe et

espouvantable armée en la mer Rouge y combattra avec nous (_Exod._,

14). C'est le tout-puissant capitaine, lequel, d'un seul coup de

langue qu'il donna contre une cohorte de juifs tous armez, les rua par

terre et les renversa du son seulement de ces deux mots: _Quem

quæritis_; de façon que, estans ainsi bien accompagnez, nous n'avons

occasion de craindre; mais avec une telle asseurance nous ne devons

laisser de nous adresser à la divine Majesté, laquelle nous prions

tous unanimement qu'il luy plaise, par sa bonté infinie et

misericorde, garder et maintenir ce preux et vaillant chef de guerre,

monseigneur le prince de Piedmont, lequel, comme nous sommes bien

asseurez, ose bien exposer sa vie pour la querelle de Jesus-Christ et

pour la manutention de l'Eglise catholique, et avec luy tous les

autres princes catholiques, lesquels journellement se hazardent pour

la mesme fin, postposant leurs biens et leur vie à la defense et

protection de la très juste querelle de Dieu et soulagement du pauvre

peuple.

[Note 105: Le duc étoit las de cette guerre avec Genève, et, d'un

autre côté, la mort de Henri III et la prévision des troubles qui en

résulteroient et qui affaibliroient la France venoient ranimer ses

anciennes idées de conquête sur la Provence. C'est donc vers ce point

que, laissant le territoire genevois, il tourna ses espérances et

dirigea son armée. Auparavant, il bâtit le fort dont il est parlé ici.

«Pour les brider, écrit Spon, il fit tracer un fort nommé

Saint-Maurice, à Versoy, et dressa une plate-forme sur le bord du lac,

pour battre avec de grandes pièces d'artillerie toutes les barques qui

se hasarderoient sur le lac de Genève. Il y laissa pour gouverneur le

baron de la Serra, s'étant retiré lui-même avec son armée delà les

mnts,» _Id._, pag. 84-85.]

Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 30 / 61 题