14 juin 1642[161].

[Note 161: Vineuil étoit loin de savoir ce qui se passoit à

Narbonne pendant qu'il écrivoit à Paris. A cette date même

du 14 juin 1642, Cinq-Mars, qu'il croyoit triomphant, étoit

arrêté, et Richelieu, qu'il croyoit perdu, triomphoit à son

tour, et plus sûrement. Cette lettre n'est pas curieuse à ce

point de vue seulement; elle contient des faits qui, bien

examinés, font prévoir des volte-face de fortune, et qui

éclairent, comme on le verra, sur la personne longtemps

cherchée de qui vint ce dénouement inattendu: la découverte

du complot du favori et le salut du ministre.]

Depuis le départ de M. de Miniers, il est arrivé un courrier à la

reine qui porte ordre à Sa Majesté, de la part du roi, de demeurer à

Saint-Germain et de veiller à la conservation d'elle et de

messeigneurs ses enfans. Aussy il y a une lettre à madame Lansac, par

laquelle il lui ordonne de porter plus de respect à la reine qu'elle

n'a coutume[162], et une autre à M. de Montigny, qui lui commande de

ne recevoir ordre de personne que de la reine[163]. Ces lettres ont

été présentées à Sa Majesté par messieurs le surintendant Bressac et

Le Gras, ce qui met en doute l'opinion que chacun a que ce dernier

ordre part du conseil de M. Le Gras, qui a voulu détruire le

commandement qui avoit été fait à la reine d'aller à Fontainebleau,

comme venant de M. le cardinal; en même temps, le maréchal de

Saint-Luc[164] a eu exprès commandement de partir en diligence pour

s'en aller en Guienne exercer sa charge de lieutenant du roi en cette

province, et d'obéir aux ordres qu'il recevra de la cour. Il semble

que ces dépêches nous donnent plus de lumières qu'auparavant aux

brouilleries de la cour, et que M. Le Grand ait mis l'esprit du roi en

deffiance de la conduite de Son Eminence, que l'on pense devoir se

retirer à Brouage[165], et nullement attendre la présence du roi en

Avignon ou Lyon, et que, pour y remédier, on y envoie ce maréchal, qui

a créance en ce pays.

[Note 162: Mme de Lansac étoit gouvernante du dauphin et

hostile à la reine jusqu'à la grossièreté. Tallemant en

donne des preuves (édit. in-12, t. 2, p. 223). Après la mort

du roi, ses manières n'ayant pas changé, elle fut renvoyée

(_Mémoires_ de Motteville, coll. Petitot, 2e série, t. 37,

p. 27.)]

[Note 163: Le maréchal de Montigny étoit, au contraire, tout

dévoué à Anne d'Autriche. C'est lui qui avoit obtenu qu'on

lui laissât toujours la garde de ses enfants. (_Mémoires_ de

Brienne, coll. Petitot, 2e série, t. 36, p. 72.) L'ordre

qu'on donnoit ici étoit donc de ceux auxquels le maréchal

devoit obéir avec le plus d'empressement. Mais pourquoi ce

retour de bienveillance pour la reine, après la rigueur dont

elle avoit été l'objet depuis longtemps? Ne seroit-ce pas

qu'elle avoit fait des révélations touchant le complot dont

on lui avoit fait confidence? Tallemant est d'avis que c'est

par elle que tout fut connu, et, comme nous, il pense

qu'elle dut à ces révélations le relâchement de rigueurs

constaté ici: «Et pour preuve de cela, dit-il, on remarquoit

qu'après avoir longtemps parlé de lui enlever ses enfants,

on cessa tout à coup d'en parler.» (Edit. in-12, t. 2, p.

223.)]

[Note 164: François d'Epinay Saint Luc.]

[Note 165: Le cardinal, en effet, se cherchant un asile

contre les dangers dont il se sentoit environné, songeoit à

gagner Brouage, qui lui appartenoit, ou bien à se réfugier

en Provence, près de son ami le comte d'Alais, qui y

commandoit. Il n'eut pas besoin d'aller jusque là; les

preuves du complot, sut lesquelles il comptoit toujours un

peu, lui parvinrent auparavant et le sauvèrent.]

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 11 / 60 题