Sans date[155].
[Note 155: Cette lettre doit être de 1639 ou de 1640.]
Je suis ravy que vous preniés goust à mes nouvelles, et qu'une haute
sagesse comme la vostre, qui regarde d'un oeil de mépris les
bagatelles, se plaise à les recevoir de ma part... On ne parle ici que
du ballet de monsieur le cardinal, qui fait grand bruit à cause de la
grande dépense qu'il fera dans les machines; l'on ne sçait pas bien
tous ceux qui en seront[156].... Le roy et M. Le Grand sont plus mal
que jamais sur le sujet de Marion[157], et leur rupture s'est faite
avec plus d'éclat que les autres fois, donnant mesme à craindre
qu'elle ne se puisse pas si tost raccommoder[158]. La reine doit
venir demeurer au Luxembourg pour trois semaines, qu'elle a obtenues
par le moyen de monsieur le cardinal, avec qui elle est mieux que par
le passé[159]... La maladie du temps est une madame de Saint-Thomas[160],
dont l'histoire est pleine d'aventures honnestes et non honnestes, qui
chante si bien les airs italiens qu'elle en fait pleurer Son Eminence,
qui lui a fait avoir une pension de huit cents escus, et l'a mise en
tel crédit, que c'est à l'envi qui lui fera caresse et honneur.
[Note 156: Le cardinal se mettoit alors en dépense de
spectacles. Sa _Mirame_, pour laquelle il fit construire la
magnifique salle du Palais-Royal, où Molière joua plus tard,
fut représentée en 1639. Le ballet dont on parle ici doit
être du même temps.]
[Note 157: Les amours de Cinq-Mars et de Marion Delorme, qui
donnaient tant de jalousie à Louis XIII, à cause du favori,
qu'il vouloit sans partage, étoient, en 1639, plus forts que
jamais. On alloit jusqu'à craindre que le grand-écuyer
n'épousât secrètement la courtisane. Tallemant assure que
Mme d'Effiat, sa mère, obtint pour cela des défenses du
Parlement, et comme Louis XIII avoit aussi ses raisons de
s'opposer à cette union, il paroît que la déclaration du 26
novembre 1639, contre les mariages clandestins, ne fut
rendue que pour empêcher celui-là. (Dreux du Radier,
_Tablettes historiques des rois de France_, t. 2, p. 195,
note.)]
[Note 158: Quand il survenoit de ces brouilles entre
Cinq-Mars et Louis XIII, celui-ci s'en confioit à Richelieu
et lui contoit amèrement ses peines. Parmi les lettres de
Louis XIII qui sont à la Bibliothèque impériale dans les
_Mss. de Béthune_, n{os} 9333 et 9334, il s'en trouve une
adressée au cardinal, où le roi se plaint aussi de
Cinq-Mars. Il reproduit jusqu'aux termes d'une conversation
qu'ils ont eue ensemble, et dans laquelle il lui a reproché
sa paresse, «vice, dit-il, qui n'étoit bon que pour ceux du
Marais». Il y a là encore une allusion à Marion Delorme, la
reine de ce quartier galant.]
[Note 159: Vineuil pense, en disant cela, aux grandes
brouilles qui, les années précédentes, avoient eu lieu entre
la reine et le cardinal, au sujet d'une correspondance, dont
celui ci soupçonnoit l'existence, entre Anne d'Autriche et
le roi d'Espagne. Il avait raison: les preuves de ces
intelligences ont été retrouvées dans des papiers longtemps
en la possession de M. le marquis de Bruyère-Chalabre,
achetés par la _Société des bibliophiles_, et revendus le 29
avril 1847. On peut lire les notes qui accompagnent le
_Catalogue_ de ces documents et la préface dont M. L. de
Lincy l'a fait précéder.]
[Note 160: Nous ne savons qu'elle est cette Mme de
Saint-Thomas. C'étoit sans doute quelque virtuose
intrigante, comme cette Mlle Saint-Christophe, aussi grande
chanteuse et fort galante, dont Pavillon parle dans ses
Lettres (_Oeuvres_, t. 1, p. 80).]