Barbarie par l'excès de l'individualisme et le délire de la science.
Trois hypothèses: 1º le radicalisme panthéiste rompra tout lien avec
le passé, et un despotisme inhumain s'ensuivra; 2º si l'absolutisme
théiste triomphe, le libéralisme dont l'humanité s'est pénétrée
depuis la Réforme succombe, tout est renversé; 3º si les convulsions
qui existent depuis 89 continuent, sans fin entre deux issues, ces
oscillations nous emporteront par leurs propres forces. Il n'y aura
plus d'idéal, de religion, de moralité.
L'Amérique aura conquis la terre.
Avenir de la littérature.
Pignouflisme universel. Tout ne sera plus qu'une vaste ribote
d'ouvriers.
Fin du monde par la cessation du calorique.
Bouvard voit l'avenir de l'humanité en beau. L'homme moderne est en
progrès.
L'Europe sera régénérée par l'Asie. La loi historique étant que la
civilisation aille d'Orient en Occident,--rôle de la Chine,--les deux
humanités enfin seront fondues.
Inventions futures: manières de voyager.--Ballon.--Bateaux sous-marins
avec vitres, par un calme constant, l'agitation de la mer n'étant qu'à
la surface.--On verra passer les poissons et les paysages au fond de
l'Océan.--Animaux domptés.--Toutes les cultures.
Avenir de la littérature (contre-partie de littérature
industrielle).--Sciences futures.--Régler la force magnétique.
Paris deviendra un jardin d'hiver;--espaliers à fruits sur le
boulevard.--La Seine filtrée et chaude,--abondance de pierres
précieuses factices,--prodigalité de la dorure,--éclairage des
maisons,--on emmagasinera la lumière, car il y a des corps qui ont
cette propriété, comme le sucre, la chair de certains mollusques et le
phosphore de Bologne. On sera tenu de faire badigeonner les façades des
maisons avec la substance phosphorescente, et leur radiation éclairera
les rues.
Disparition du mal par la disparition du besoin. La philosophie sera
une religion.
Communion de tous les peuples. Fêtes publiques.
On lira dans les astres,--et quand la terre sera usée, l'humanité
déménagera vers les étoiles.
A peine a-t-il fini, que les gendarmes apparaissent.--Entrée des
gendarmes.
A leur vue, effroi des enfants, par l'effet de leurs vagues souvenirs.
Désolation de Marcel.
Émoi de Bouvard et Pécuchet.--Veut-on arrêter Victor?
Les gendarmes exhibent un mandat d'amener.
C'est la conférence qui en est cause. On les accuse d'avoir attenté à
la religion, à l'ordre, excité à la révolte, etc.
Arrivée soudaine de M. et Mme Dumouchel avec leurs bagages; ils
viennent prendre les bains de mer. Dumouchel n'est pas changé, Madame
porte des lunettes et compose des fables.--Leur ahurissement.
Le maire, sachant que les gendarmes sont chez Bouvard et Pécuchet,
arrive, encouragé par leur présence.
Gorju, voyant que l'autorité et l'opinion publique sont contre eux, a
voulu en profiter et escorte Foureau. Supposant Bouvard le plus riche
des deux, il l'accuse d'avoir autrefois débauché Mélie.
«Moi, jamais!»
Et Pécuchet tremble.
«Et même de lui avoir donné du mal.»
Bouvard se récrie.
«Au moins qu'il lui fasse une pension pour l'enfant qui va naître, car
elle est enceinte.»
Cette seconde accusation est basée sur la privauté de Bouvard au café.
Le public envahit peu à peu la maison.
Barberou, appelé dans le pays par une affaire de son commerce, tout à
l'heure a appris à l'auberge ce qui se passe et survient.
Il croit Bouvard coupable, le prend à l'écart, et l'engage à céder, à
faire une pension.
Arrivent le médecin, le comte, Reine, Mme Bordin, Mme Marescot sous son
ombrelle, et d'autres notables. Les gamins du village, en dehors de la
grille, crient, jettent des pierres dans le jardin. (Il est maintenant
bien tenu, et la population en est jalouse.)
Foureau veut traîner Bouvard et Pécuchet en prison.
Barberou s'interpose, et, comme lui, s'interposent Marescot, le médecin
et le comte, avec une pitié insultante.
Expliquer le mandat d'amener. Le sous-préfet, au reçu de la lettre de
Foureau, leur a expédié un mandat d'amener pour leur faire peur, avec
une lettre à Marescot et à Faverges, disant de les laisser tranquilles
s'ils témoignaient du repentir.
Vaucorbeil cherche également à les défendre.
«C'est plutôt dans une maison de fous qu'il faudrait les mener; ce sont
des maniaques.--J'en écrirai au préfet.»
Tout s'apaise.
Bouvard fera une pension à Mélie.
On ne peut leur laisser la direction des enfants.--Ils se rebiffent;
mais comme ils n'ont pas adopté légalement les orphelins, le maire les
reprend.
Ils montrent une insensibilité révoltante.--Bouvard et Pécuchet en
pleurent.