Les cases s’accroupissent entre les langues vertes des bananiers. Des
palmes allongent leur reflet sur l’eau d’un canal. La route serpente au
bord d’un torrent enfoui sous les bambous et les lianes. La sueur baigne
nos fronts. L’air est moite.
Des rues criardes de rires et de disputes. Une humanité violente
fermente dans cette touffeur. Des relents de graisse rance et de musc...
Deux petites courtisanes, l’une noire, l’autre mulâtresse, se dandinent
dans leurs loques de coton blanc. Elles m’ont dit: «Viens dans notre
maison». Je les ai suivies. C’était une case sur pilotis au fond d’une
cour boueuse. Elle mesurait tout au plus trois mètres et n’avait pas de
porte. Un rideau haillonneux divisait l’intérieur. Il y avait tout juste
la place de s’asseoir sur une caisse. Je ne savais que dire. Elles
souriaient. Je leur ai donné des cigarettes et un shilling. Puis j’ai
articulé: «Il est tard. Le paquebot va partir. Il faut que je m’en
aille». La mulâtresse secoua la tête, et me prenant par la main,
m’entraîna derrière le rideau. Sur une paillasse, un enfant, roulé dans
un drap troué, dormait. La femme, sans mot dire, se coucha près du petit
être, relevant sa robe... Mais je détournai la tête et repoussai sa main
qui m’appelait. Sur le seuil, sa sœur noire guettait, silencieuse, et ne
chercha pas à me retenir.